Les lunettes connectées s'imposent doucement dans notre quotidien. La CNIL estime que l'intégration de l'intelligence artificielle et la captation invisible justifient désormais une intervention réglementaire, pour protéger la vie privée des Français.

Les lunettes connectées, ici les Ray-Ban Meta, poussent la CNIL à s'interroger. © TannySolt / Shutterstock
Les lunettes connectées, ici les Ray-Ban Meta, poussent la CNIL à s'interroger. © TannySolt / Shutterstock

Avec un ou plusieurs micros intégrés dans la monture, une caméra presque invisible à l'œil nu et de l'intelligence artificielle embarquée, les lunettes connectées ne ressemblent plus vraiment à de simples accessoires de vue. C'est ce qui préoccupe la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés, qui a dévoilé lundi 11 mai son plan d'action assorti de premières recommandations concrètes. Les risques de surveillance généralisée, les atteintes à la vie privée et les enjeux éthiques en font un sujet sérieux pour le gendarme des données.

Des lunettes connectées qui en voient décidément trop et qui inquiètent la CNIL

À première vue, rien ne distingue les lunettes connectées d'une paire de lunettes ordinaires. Pourtant, micro et caméra sont dissimulés dans la monture, connectés à votre smartphone via une application dédiée. Certains modèles intègrent même une intelligence artificielle, avec un porteur qui peut poser des questions vocales sur son environnement, faire traduire une conversation en direct ou demander une description de ce qu'il observe.

Pour tenter de mieux cerner la perception des Français, la CNIL a mené une enquête en ligne du 22 au 29 janvier 2026 auprès de 2 128 personnes représentatives de la population majeure. On apprend ainsi que 67 % des sondés estiment que ces lunettes représentent un risque réel pour la vie privée. Les mots qui reviennent le plus souvent ? « Méfiance », « malaise », « inquiétude », voire « agacement ».

Le problème, c'est que certaines de ces lunettes, comme celles que préparent Google et Gucci, ou encore les Ray-Ban Meta, filment tout ce que leur porteur regarde, sans se distinguer d'une monture classique. Il est souvent impossible, pour les passants, de savoir s'ils sont captés. Contrairement à un smartphone qu'on sort et oriente, dont la position peut donner un indice, les lunettes enregistrent en continu, un peu partout, dans la rue, dans les commerces, au domicile ou sur son lieu de travail, ce qui peut transformer chaque utilisateur en caméra ambulante.

Les lunettes Oakley Meta. © Meta
Les lunettes Oakley Meta. © Meta

Le spectre d’une surveillance généralisée et invisible dans l’espace public

La CNIL ne fait pas que constater une situation. Elle en profite pour lancer un plan d'action structuré. L'autorité souhaite engager des discussions avec ses homologues européens au sein du Comité européen de la protection des données (CEPD), autour de ces fameux dispositifs qui prennent chaque année un peu plus d'ampleur. Pour l'autorité administrative indépendance, une réponse coordonnée s'impose, et elle doit être à la hauteur des risques.

En attendant, on se raccroche à ce qu'on peut. La CNIL cite par exemple l'article 9 du Code civil, qui garantit le respect de la vie privée dans tous les lieux, publics ou privés. L'article 226-1 du Code pénal, lui, prévoit jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour quiconque filmerait une personne sans son consentement dans un lieu privé.

En attendant l'édiction de règles peut-être plus précises, la CNIL publie d'ores et déjà six bonnes pratiques pour les utilisateurs. Elle recommande aux porteurs de telles lunettes connectées d'informer les personnes à proximité, de désactiver les capteurs dès qu'ils ne sont plus utiles, d'éviter les lieux sensibles et d'éteindre l'appareil dans les lieux où l'intimité prime, de réfléchir avant de partager, et d'obtenir le consentement avant tout partage sur les réseaux sociaux. Des gestes simples, mais qui engagent une vraie responsabilité.