Le constructeur qui voulait tout faire en interne vient de décider qu'il ferait mieux de ne rien faire du tout, sauf des voitures.

Il y a trois ans, Porsche rachetait 100 % de Cellforce, sa coentreprise avec Customcells dédiée aux batteries haute performance. L'ambition était claire : maîtriser la chaîne de valeur de l'électrique du sol au plafond, de la cellule au volant. Le constructeur lançait en parallèle Porsche eBike Performance, une division réunissant les acquisitions Fazua et Greyp (la marque de vélos du fondateur de Rimac), avec un moteur maison testé en prototype. Cetitec, filiale logicielle, développait des outils de communication de données pour l'ensemble du groupe Volkswagen. Le 8 mai 2026, les trois ont été fermées d'un même communiqué.
Plus de 500 emplois entre l'Allemagne et la Croatie
Le nouveau patron Michael Leiters (arrivé de McLaren début 2026, un homme qui sait ce que « recentrage » veut dire) n'a pas enrobé la pilule. « Porsche doit se recentrer sur son cœur de métier. C'est le socle indispensable d'un réalignement stratégique réussi. Cela nous oblige à des coupes douloureuses, y compris dans nos filiales. » Cellforce comptait encore une cinquantaine de salariés à Kirchentellinsfurt. eBike Performance employait 360 personnes entre Ottobrunn et Zagreb. Cetitec alignait 60 postes en Allemagne et 30 en Croatie. Total : plus de 500 emplois supprimés, tous en Union européenne.
La chronologie de Cellforce résume à elle seule la valse-hésitation de Porsche sur l'électrique. Coentreprise en 2021, rachat complet en 2023, virage à 180 degrés en avril 2025 (abandon des ambitions de production propre), quasi-fermeture en août 2025 avec 200 des 290 salariés licenciés, et maintenant, le coup de grâce pour les 50 restants. Le tout pour un constructeur qui avait annoncé vouloir réaliser 80 % de ses ventes en électrique d'ici 2030. Le terme officiel pour cette révision : « stratégie ouverte sur les motorisations ».
Le signal qui dépasse Porsche
En avril 2026, le constructeur avait déjà cédé ses participations dans Bugatti Rimac et Rimac Group au fonds HOF Capital. La fermeture d'eBike Performance (qui avait intégré Greyp, la marque de Mate Rimac) achève de couper le dernier lien avec l'univers Rimac.

Porsche n'est pas seul dans ce mouvement de repli. Mercedes a repoussé son objectif de 50 % de ventes électriques de 2025 à 2030. Renault a abandonné l'introduction en Bourse d'Ampere, sa division EV. Stellantis a mis en pause des projets de gigafactory chez ACC. En toile de fond, la formule « technology-open powertrain strategy », qu'on pourrait traduire par « stratégie ouverte sur les motorisations » (ou « on garde le thermique, mais en anglais des affaires ça passe mieux ») est exactement celle que les constructeurs allemands et le PPE utilisent pour pousser à la révision de l'interdiction de vente des véhicules thermiques en 2035, en y intégrant les carburants de synthèse.
Les résultats de Porsche AG au premier trimestre 2026 confirment la pression : le constructeur rapporte une érosion de ses profits liée aux tarifs douaniers et aux trous dans sa gamme.
La fermeture de Cetitec mérite qu'on s'y arrête. Cette filiale ne développait pas seulement du logiciel pour Porsche. Ses outils de communication de données servaient à l'ensemble du groupe Volkswagen. Or, trois jours plus tôt, des documents SEC révélaient que Volkswagen était devenu le premier actionnaire de Rivian avec 15,9 % du capital, devant Amazon. La coentreprise formée fin 2024 entre les deux constructeurs pèse 5,8 milliards de dollars. Son objectif : développer l'architecture électronique et le socle logiciel des futurs véhicules du groupe. La première voiture à en bénéficier sera l'ID.Every1, attendue en 2027. La plateforme doit ensuite équiper jusqu'à 30 millions de véhicules, Porsche comprise.
D'un côté, le groupe VW ferme Cetitec. De l'autre, il investit des milliards chez un constructeur américain pour obtenir le logiciel qu'il n'arrive pas à produire en interne (après l'échec cuisant de Cariad, sa propre division software). Le « recentrage sur le cœur de métier » prend un sens différent à cette échelle. Porsche ne renonce pas au logiciel automobile. Elle renonce à le faire elle-même.