Le constructeur allemand détient désormais 15,9 % du capital de Rivian. Amazon, actionnaire historique depuis 2019, passe au second plan.

Quand Amazon avait misé 700 millions de dollars sur Rivian en 2019, le constructeur américain n'avait encore livré aucun véhicule. Sept ans plus tard, c'est Volkswagen qui tient les rênes. Des documents déposés lundi 5 mai auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, montrent que le groupe allemand détient désormais 209,7 millions d'actions Rivian, soit 15,9 % du capital. Amazon, longtemps premier actionnaire avec une participation qui culminait à 20 % avant l'introduction en Bourse, est retombé à 12,28 %.
De la coentreprise au contrôle capitalistique
Cette montée au capital n'a rien d'un coup de poker ou d'un intérêt nouveau de la part du constructeur allemand. Elle découle mécaniquement d'une coentreprise formée en novembre 2024 entre les deux constructeurs, dotée d'une enveloppe totale de 5,8 milliards de dollars. L'objet : développer une architecture électronique et un socle logiciel communs. VW a débloqué un premier milliard à la signature, puis un deuxième mi-2025 et un troisième en mars 2026, après la validation des tests hivernaux de l'ID. Every1, la citadine à 25 000 euros qui sera le premier véhicule équipé de cette nouvelle plateforme.
Le problème que VW cherche à résoudre est bien connu de ses clients européens : les premières générations d'ID.3 et ID.4 souffraient de lenteurs logicielles, de bugs d'interface et de mises à jour laborieuses. Le constructeur a tiré les leçons de cet échec en externalisant le développement auprès de Rivian. Sa division logicielle interne Cariad avait accumulé les retards. Concrètement, le logiciel Rivian équipera les futures ID. Polo (à partir de 24 995 euros, annoncée début mai), ID. Cross et ID. Every1. Trois modèles destinés avant tout au marché européen.
Côté Rivian, la production du R2, son SUV « accessible » à 45 000 dollars, a démarré en avril dans l'Illinois malgré des dégâts causés par une tornade sur l'usine. Les premières livraisons sont attendues dans les semaines qui viennent. Le R.J. Scaringe, fondateur et PDG, continue de piloter la stratégie avec seulement 1,1 % du capital, un déséquilibre classique des start-ups après leur introduction en bourse qui rend d'autant plus significatif le poids croissant de VW au capital.
Du logiciel américain sur les routes européennes
Pour le marché européen, l'enjeu dépasse la bataille d'actionnaires. Les constructeurs chinois (BYD, MG, Xpeng) proposent déjà des citadines électriques compétitives en prix et en qualité logicielle. Stellantis, de son côté, parie sur des plateformes internes avec des résultats inégaux. En s'adossant à la compétence logicielle de Rivian, VW espère combler un retard que ses clients français ressentaient à chaque interaction avec l'écran de leurs ID.
L'accord exclut toutefois l'intelligence artificielle et la conduite autonome. Ce sont deux domaines dans lesquels Rivian investit 1,7 milliard de dollars par an en R&D, au point de repousser sa rentabilité au-delà de 2027. Cette séparation laisse entrevoir un modèle où VW maîtrise l'habitacle via Rivian, tout en conservant la liberté de nouer d'autres partenariats pour l'autonomie. Un partage des rôles qui, s'il tient la route, pourrait donner aux futures Polo et Cross électriques l'avantage logiciel qui manquait cruellement à leurs aînées.