La Banque de France et l'État ont lancé aujourd'hui le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude. Il permet aux banques de partager leurs alertes sur les IBAN suspects en temps réel.

Le ministère de l'Économie et des Finances, ainsi que la Banque de France, opèrent une vraie bascule dans la lutte contre la fraude aux paiements. Depuis ce vendredi 7 mai 2026, le FNC-RF, pour « fichier national des comptes signalés pour risque de fraude », centralise les signalements d'IBAN suspects partagés entre banques et prestataires de paiement. Il s'agit ici d'une mise en réseau nouvelle, encadrée par la loi, qui doit permettre de traquer plus efficacement les comptes utilisés par des fraudeurs. Aucune donnée nominative n'y figurera, et le dispositif est déjà pensé pour s'étendre à l'échelle européenne.

Le FNC-RF, nouveau bouclier anti-fraude de la Banque de France, entre en action

C'est une première en France. Tenu par la Banque de France et alimenté par les prestataires de paiement, le FNC-RF centralise les signalements de comptes soupçonnés d'être utilisés à des fins frauduleuses. Concrètement, un IBAN identifié comme douteux par un établissement peut désormais être partagé avec l'ensemble du secteur, dans une logique de guet collectif, en somme.

Ce dispositif découle de la loi du 6 novembre 2025, d'ailleurs votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale et au Sénat. Un consensus transpartisan salutaire, porté sous l'impulsion décisive du député Daniel Labaronne et de la sénatrice Nathalie Goulet, pour essayer de davantage contrôler des pratiques frauduleuses toujours plus élaborées.

Roland Lescure, le ministre de l'Économie, l'affirme, le FNC-RF sera « une brique essentielle du dispositif national de lutte contre la fraude aux paiements ». François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, juge quant à lui qu'il était « nécessaire d'adopter de nouveaux outils qui puissent faciliter cette coopération entre établissements bancaires ».

La France lance une plateforme nationale pour signaler les IBAN suspects et lutter contre la fraude bancaire. © xsprtd / Shutterstock
La France lance une plateforme nationale pour signaler les IBAN suspects et lutter contre la fraude bancaire. © xsprtd / Shutterstock

Sans données nominatives et avec une ambition européenne, le FNC-RF joue la carte de la confiance

En ce qui concerne la protection de la vie privée, l'État et la Banque de France essaient de rassurer, en affirmant qu'aucune donnée nominative ne sera enregistrée dans le fichier. Les informations qui y figureront seront conservées pour une durée limitée. Le FNC-RF cible avant tout les comportements, et non les individus, une ligne de conduite clairement assumée par Bercy et la Banque de France.

Le FNC-RF fait désormais partie d'un écosystème d'outils promus par l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement. Il rejoint la vérification du bénéficiaire avant un virement (en vigueur depuis octobre dernier et qui fait du bien dans le cadre de la lutte contre l'arnaque au RIB), l'authentification des numéros de téléphone pour contrer l'usurpation d'identité, et les différentes campagnes de sensibilisation du grand public.

Enfin, le FNC-RF a vocation à s'intégrer dans un dispositif d'échange de données à l'échelle européenne, tel que prévu par le futur règlement sur les services de paiement. La France s'inscrit ainsi dans un mouvement de fond qui vise à harmoniser la lutte contre la fraude bancaire à l'échelle du Vieux continent. Gageons que cela fonctionne.