Avec le phishing, les faux conseillers et les comptes piratés, les arnaques bancaires explosent. Mais grâce aux nouvelles réglementations, à l'authentification forte et au fichier antifraude, il devient possible de protéger ses opérations bancaires à distance en 2026.

Pendant que les escrocs multiplient les stratégies pour vider les comptes de leurs victimes, le gouvernement a intensifié la lutte contre les fraudes bancaires. Les banques déploient de nouveaux dispositifs de sécurité comme le fichier national des comptes signalés (FNC-RF), qui sera opérationnel en mai 2026. La première ligne de défense reste l'utilisateur. Clubic décrypte les pièges à éviter et les outils à maîtriser absolument.
Des mots de passe robustes, première ligne de défense pour se protéger de la fraude bancaire
Votre accès bancaire en ligne mérite un traitement de faveur. Comprenez ici un mot de passe long, complexe, et surtout dédié exclusivement à cet usage. Pas question de recycler celui de votre boîte mail, de vos réseaux sociaux ou de vos achats en ligne. Chaque service doit avoir son propre sésame.
Côté stockage, bannissez les supports non sécurisés. Le post-it collé sur l'écran, les notes dans le téléphone, et l'e-mail non protégé sont autant de portes ouvertes pour les pirates. Si votre mémoire vous joue des tours, optez pour un gestionnaire de mots de passe reconnu qui chiffrera l'ensemble de vos identifiants.
Règle absolue à graver dans le marbre, ne communiquez jamais vos codes d'accès ou de validation. Même chose pour votre identifiant de banque à distance, votre mot de passe, le code confidentiel de votre carte, le cryptogramme au dos, et les codes reçus par SMS ou affichés dans l'application. Même si la personne au téléphone se présente comme votre conseiller ou le service de sécurité de votre banque, car les deepfakes vocaux pullulent désormais. N'oubliez pas que votre vraie banque ne vous demandera jamais ces informations complètes.
L'authentification forte, ce mécanisme qui vous veut du bien
Vous croisez régulièrement cette demande de validation supplémentaire lors d'une connexion, d'un virement ou d'un ajout de bénéficiaire. Elle peut prendre la forme d'un code envoyé par SMS, d'une notification dans votre application, d'une reconnaissance faciale ou d'une empreinte digitale, ou encore d'une validation sur un appareil de sécurité dédié. C'est l'authentification forte, votre garde-fou contre les tentatives d'intrusion.
Son rôle est de confirmer que vous êtes bien à l'origine de l'opération et que vous l'autorisez. Point crucial à comprendre : ce mécanisme ne peut jamais annuler un paiement déjà réalisé ou bloquer une fraude en cours. Si quelqu'un au téléphone vous demande de « confirmer pour annuler », raccrochez immédiatement et contactez votre banque par vos canaux habituels.
Faites preuve de vigilance également si vous recevez une demande d'authentification alors que vous n'êtes pas en train de réaliser d'opération. Ne validez surtout pas, car quelqu'un tente probablement d'accéder à votre compte. Autre nouveauté protectrice, déjà évoquée sur notre site : depuis le 9 octobre 2025, votre banque vérifie gratuitement la concordance entre l'IBAN saisi et le nom du bénéficiaire pour tout virement SEPA en ligne. Le système vous rappelle le nom exact ou vous alerte en cas de non-correspondance.

Phishing et faux conseillers, ou comment démasquer les imposteurs
L'hameçonnage, ou phishing, reste l'arme favorite des fraudeurs. Ces faux e-mails ou SMS imitent à la perfection votre banque, une administration ou un commerçant connu. Le scénario est généralement le même, avec un message urgent qui vous demande de « sécuriser votre compte », « confirmer un paiement » ou « mettre à jour vos informations ». Ne cliquez jamais sur ces liens pour accéder à votre banque.
La parade consiste à saisir vous-même l'adresse du site dans votre navigateur ou à utiliser uniquement l'application officielle. Vérifiez aussi que l'adresse commence bien par « https », avec un cadenas dans la barre d'adresse. Ne téléchargez pas de pièce jointe d'origine douteuse, ne scannez pas de QR code reçu dans un message suspect. En cas d'hésitation, ne répondez pas et contactez votre banque via les coordonnées dont vous disposez déjà.
Les appels frauduleux se sont également professionnalisés. Les escrocs se font passer pour votre conseiller bancaire ou un service technique, avec un numéro qui peut ressembler à celui de votre agence. Leurs techniques ? Vous alerter sur des opérations suspectes en urgence, vous demander de valider des tests de sécurité, de communiquer des codes ou de faire des virements vers un « compte sécurisé ». Certains prétendent même envoyer un coursier récupérer votre carte à domicile ou proposent de prendre la main à distance sur votre ordinateur.
Depuis fin 2024, le mécanisme d'authentification des numéros (MAN) bloque de nombreux appels usurpés avant qu'ils n'atteignent votre téléphone. Mais restez vigilant et ne communiquez jamais d'information ni votre carte à un tiers et, comme pour tous les autres pièges que vous pourriez flairer, ne contactez votre banque que par ses voies habituelles, autrement dit le numéro figurant sur vos relevés, au dos de la carte ou dans l'application.
Ne négligez pas les fondamentaux et protégez vos équipements
Le hardware, c'est aussi très important. Un équipement informatique bien protégé réduit considérablement les risques de piratage. Mettez donc régulièrement à jour vos ordinateurs, smartphones, tablettes, box internet et logiciels, sans oublier vos systèmes d'exploitation et navigateur. Utilisez un antivirus et un pare-feu à jour, y compris sur vos appareils mobiles. Protégez l'accès à tous vos appareils par mot de passe ou biométrie et verrouillez-les systématiquement en cas d'absence.
Votre téléphone mobile occupe désormais une place centrale dans la banque à distance. Il reçoit les codes de validation, les notifications d'authentification forte et peut servir d'accès direct à votre espace client, sans oublier qu'il peut même aider à payer. Cette centralité en fait une cible prioritaire. Soyez particulièrement attentif si vous recevez un SMS de sécurité alors que vous ne faites aucune opération : ne le validez pas et contactez votre banque.
Autre signal d'alerte, si votre ligne cesse soudainement de fonctionner (plus de réseau ; SMS ou appels qui n'arrivent plus) sans raison apparente, contactez immédiatement votre opérateur. Car vous êtes peut-être victime du détournement de votre numéro, par exemple une nouvelle carte SIM activée à votre insu. Dans ce cas, prévenez aussi rapidement votre banque pour vérifier vos comptes et bloquer si besoin les accès à la banque en ligne.
Pour vos connexions, évitez de consulter vos comptes depuis un ordinateur public ou partagé. Ne réalisez pas d'opérations sensibles comme des virements, ajouts de bénéficiaires ou modifications de plafonds, sur un réseau Wi-Fi public non sécurisé. Préférez votre réseau domestique ou le partage de connexion de votre téléphone. Et si vous téléchargez des relevés ou documents bancaires sur un appareil partagé, supprimez-les après usage et videz la corbeille.
Surveiller, réagir vite et connaître vos droits
Pour détecter une anomalie le plus rapidement possible, pensez à vérifier vos comptes au moins une fois par semaine. La bonne nouvelle, c'est que grâce à la loi du 6 novembre 2025, le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude (FNC-RF) devrait être opérationnel en mai 2026. Ce dispositif permettra à votre banque de bloquer en amont les virements ou prélèvements vers des IBAN suspects, pour renforcer votre protection.
Si vous remarquez une opération inconnue ou un prélèvement inhabituel, contactez immédiatement votre banque pour signaler l'anomalie et demander les mesures à prendre, c'est-à-dire l'opposition carte et ou le blocage de l'accès en ligne. Suivez les instructions de votre établissement pour déposer une contestation formelle, en fournissant les éléments disponibles (messages, captures d'écran, relevés) et, le cas échéant, déposer plainte. Plus vous réagissez tôt, plus il sera possible de limiter le préjudice et parfois de bloquer une partie des flux.
Concernant vos droits au remboursement, sachez qu'en cas d'opération de paiement non autorisée (utilisation frauduleuse de carte, virement non initié, prélèvement abusif), votre banque analyse la situation à partir des éléments techniques (mode d'authentification, appareil utilisé, localisation) et des circonstances que vous décrivez. Sauf fraude de votre part ou négligence grave (communication volontaire de vos codes de sécurité à un tiers), la banque doit en principe rembourser une opération non autorisée et remettre votre compte dans la situation où il se serait trouvé.
Des délais de contestation existent selon le type de paiement et la zone géographique. Pour la plupart des paiements en Europe, cela peut être jusqu'à 13 mois. Votre contrat de carte et la documentation de votre banque précisent ces délais et les éventuelles franchises applicables en cas de perte ou vol avant opposition. En cas de désaccord sur la décision de la banque, utilisez les voies de recours prévues. Contactez ainsi le service réclamation, puis le médiateur bancaire si nécessaire.
Les bons réflexes complémentaires et liens utiles
Au-delà de votre démarche auprès de la banque, plusieurs plateformes publiques peuvent vous accompagner. Perceval (service-public.gouv.fr) permet de signaler les fraudes à la carte bancaire lorsque vous avez encore votre carte, dans le cas d'achats frauduleux en ligne notamment. Vous obtenez alors un récépissé pour appuyer votre demande de remboursement. Thésée (masecurite.interieur.gouv.fr) vous permet de déclarer les escroqueries en ligne, si vous êtes victime de phishing, faux sites, faux conseillers, et de déposer plainte sans vous déplacer.
Le dépôt de plainte peut aussi se faire auprès de la police ou de la gendarmerie, y compris via les services en ligne. Les dispositifs nationaux d'aide aux victimes de cybermalveillance (17Cyber) mettent à disposition des conseils pratiques et une orientation. Ces signalements contribuent à identifier les réseaux de fraudeurs et à améliorer la prévention collective.
Autre source utile à connaître, le site lesclesdelabanque.com, porté par la Fédération bancaire française (FBF). Ce dernier propose des fiches pratiques, guides et vidéos pour comprendre le fonctionnement de vos moyens de paiement, prévenir la fraude et savoir comment réagir si vous en êtes victime. En combinant la vigilance, le dialogue avec votre banque et la connaissance de vos droits, vous maximisez vos chances de déjouer les pièges et de faire valoir vos droits en cas d'escroquerie.