La France lance un plan national pour les métaux critiques. Le lithium, le cobalt et les terres rares, des matériaux stratégiques indispensables à nos téléphones et véhicules électriques, sont au cœur d'une bataille géopolitique mondiale pour la souveraineté industrielle.

La dépendance de la France, et plus largement de l'Europe, aux métaux critiques n'est plus un sujet de spécialistes. Qu'il s'agisse du lithium, du cobalt ou du néodyme, ces minerais essentiels à la transition écologique et à la fabrication d'appareils numériques divers du quotidien, sont produits et raffinés dans un petit nombre de pays, dont la Chine concentre une part écrasante. Pour mieux appréhender les risques tout à fait sérieux d'approvisionnement, Paris présente un plan national, alors que le sujet s'impose comme priorité du prochain G7 à Évian.
La crise des métaux critiques est réelle, la France réfléchit à des solutions
Lithium et cobalt pour les batteries de nos smartphones et voitures électriques, cuivre omniprésent dans les câbles et circuits, néodyme pour les aimants d'éoliennes et de moteurs, sans oublier la santé ou la défense. Les métaux « critiques » irriguent l'ensemble de nos technologies. En 2024, l'Union européenne en avait d'ailleurs officiellement dressé la liste, avec un total de 34 minerais et métaux, des terres rares au titane, en passant par le nickel.
Pour décrocher l'étiquette « critique », un métal doit réunir deux conditions. Il doit être stratégiquement essentiel pour l'économie, et présenter un risque élevé de rupture d'approvisionnement. Les terres rares en font partie, non pas un seul matériau, mais une famille de 17 métaux aux propriétés bien distinctes. Le cobalt, lui, est le symbole cette double criticité en ce qu'il est indispensable aux batteries, et en ce que son approvisionnement suscite de vives inquiétudes.
Le problème est avant tout géographique, car la production est concentrée dans un nombre très limité de pays. Imaginez que la Chine fournit 97 % des besoins européens en magnésium et raffine 90 % des terres rares destinées aux aimants permanents dans le monde. L'Afrique du Sud assure 71 % des besoins en métaux du groupe du platine, et la république démocratique du Congo produit à elle seule 63 % du cobalt mondial. Une dépendance structurelle, franchement préoccupante.
Une France qui prend le problème à bras-le-corps, enfin
Pour essayer de se relancer sur la question, et peut-être d'avoir son destin tech entre ses mains, la France a présenté son plan national pour les métaux critiques, en misant sur trois acteurs publics complémentaires. La Délégation interministérirelle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS) doit piloter la sécurisation des approvisionnements. Le Bureau de recherches géologiques et minière (BRGM) cartographie ce que recèle le sous-sol français, et l'Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi) analyse les filières concernées, en lien avec les acteurs privés. Trois missions distinctes, donc, coordonnées, pour anticiper une pression qui ne fera que croître dans les mois et les années à venir, à n'en pas douter.
Il n'est pas question d'être alarmiste, mais on comprend bien que l'urgence est réelle. D'ici à 2030, les Européens auront besoin de douze fois plus de batteries au lithium qu'aujourd'hui. Cette progression, les mines et usines actuelles sont incapables de l'absorber. Le fossé entre l'offre et la demande est tel que le sujet s'est naturellement imposé à l'agenda du G7, qui aura lieu à Évian en juin prochain, dans la continuité des sommets précédents.
Plusieurs pistes sont en tout cas envisagées aujourd'hui. Les autorités pensent par exemple à rouvrir ou développer des sites d'extraction et de raffinage en Europe. Elles réfléchissent aussi à mieux recycler les métaux déjà en circulation, et à tisser des alliances avec des pays producteurs pour ne plus dépendre d'une source unique. Mais ces solutions ne pourront pas faire l'impasse sur les réalités du terrain, on pense notamment aux conditions de travail difficiles dans les mines, et aux procédés d'extraction souvent polluants. Décarboner l'économie ne devra pas se faire au détriment d'autres équilibres.