Exiger 200 000 dollars à Rockstar, balancer les données volées, et regarder l'action Take-Two s'envoler. Le pire retour sur investissement cyber de l'année tient en trois étapes, et ses auteurs n'avaient rien prévu de tel.

Et ce n'est pas la première fois que ça arrive © Naïm Bada pour Clubic
Et ce n'est pas la première fois que ça arrive © Naïm Bada pour Clubic

ShinyHunters visaient Rockstar. Le collectif a obtenu l'accès, exigé 200 000 dollars de rançon, puis publié les données volées après le refus du studio. La suite, d'abord confirmée par Rockstar il y a quelques jours, a pris tout le monde de court. Plusieurs médias spécialisés ont documenté le mouvement. Take-Two Interactive, maison mère de Rockstar, a vu son action bondir de 2,5 % à l'ouverture du 15 avril. Un milliard de dollars ajoutés à la capitalisation boursière en une seule séance.

Une rançon ratée qui enrichit sa propre cible

Le scénario tient en quatre étapes. Le 11 avril, ShinyHunters annonce avoir siphonné des données de Rockstar via Anodot, un outil d'analyse branché sur les serveurs Snowflake du studio. Le collectif réclame 200 000 dollars sous peine de publication, deadline fixée au 14 avril. Rockstar refuse et évoque publiquement « un volume limité d'informations non critiques » accédé dans le cadre d'une brèche chez un tiers. Les données sont diffusées le jour même.

Les joueurs espéraient du code source de GTA 6, des images de développement, des indices sur le gameplay. Ils n'ont rien trouvé de tel. Le fichier publié contient des tableaux financiers et des statistiques d'utilisateurs de GTA Online et Red Dead Online. La période couverte s'étend de septembre 2025 à avril 2026.

C'est à l'ouverture des marchés le 15 avril que le paradoxe éclate. Take-Two ouvre à 202 dollars l'action et grimpe rapidement à 207,84 dollars en séance. Le mouvement ajoute environ un milliard de dollars à la capitalisation de l'éditeur, avant un léger repli vers 205,10 dollars en clôture. Pour ShinyHunters, déjà responsables du hack Ticketmaster à 560 millions de comptes et de l'intrusion chez Google en août 2025, c'est un raté spectaculaire. Le collectif espérait humilier Rockstar ou extorquer l'éditeur, il finit par lui offrir l'une des meilleures séances boursières de l'année.

Ce que les données volées racontent vraiment de GTA Online

La vraie information de la fuite se lit dans les tableaux financiers. GTA Online génère environ 9,59 millions de dollars de revenus hebdomadaires et 1,31 million par jour, soit près de 500 millions de dollars annuels. Le cumul sur la décennie dépasse cinq milliards de dollars rien que pour les Shark Cards, la monnaie virtuelle vendue entre 3,99 et 74,99 €. Les détenteurs de consoles Xbox et PlayStation dépensent nettement plus que les joueurs PC, selon la ventilation par plateforme.

Ces chiffres changent la lecture du dossier Take-Two. Jusqu'ici, les analystes estimaient la rente GTA Online sans données officielles. Les informations diffusées ont confirmé que les estimations étaient prudentes. L'éditeur imprime donc un demi-milliard par an sur un jeu sorti en 2013, en attendant que son successeur soit prêt. Rockstar doit se réjouir du contraste avec l'intrusion de 2022. Le groupe Lapsus$ avait alors exfiltré des dizaines de vidéos de développement de GTA 6, mettant à nu des séquences de gameplay précoces. Les médias découvraient le jeu, les investisseurs s'en inquiétaient, le cours décrochait.

Les reports de GTA 6 prolongent le paradoxe. Le jeu a déjà été repoussé deux fois. Prévu à l'origine pour l'automne 2025, il a glissé au 26 mai 2026, puis au 19 novembre 2026. Chaque décalage avait pesé sur le cours de Take-Two, les investisseurs redoutant un trou d'air financier. Les données volées par ShinyHunters viennent précisément répondre à cette inquiétude : GTA 5 finance largement la patience. Wall Street a immédiatement traduit l'information en ordres d'achat.

La prochaine fois, ShinyHunters devraient peut-être prendre une commission sur les gains boursiers qu'ils font gagner à leurs victimes.