Le rachat futur de SFR se précise, avec une nouvelle offre d'Orange, Free et Bouygues Telecom qui pourrait être formulée dans les prochaines semaines. Après certains obstacles levés, le prix reste à négocier.

La vente de SFR est encore loin d'être actée, mais les concurrents avancent leurs pions, et s'apprêtent à jouer leur prochain coup. Après un premier refus officiel en octobre dernier, le consortium Orange, Bouygues Telecom et Free finalise une proposition revue à la hausse, qu'il compte soumettre prochainement. Plusieurs nœuds se sont défaits, mais c'est le prix qui continue de faire tiquer tout le monde, comme le révèle ce lundi l'Informé.
Le rachat de SFR reprend de l'élan avec une offre améliorée du trio Orange, Free, Bouygues, mais des détails doivent être réglés
Le trio formé par Orange, Free et Bouygues Telecom se donne quelques semaines pour décider s'il passe à l'acte. Le premier cité, opérateur historique, veut d'abord finaliser le rachat de MasOrange en Espagne avant la fin juin, une opération qui, une fois bouclée, changerait suffisamment la taille du groupe à l'étranger pour que ce soit Bruxelles, et non Paris, qui examine si le rachat de SFR est compatible avec les règles de la concurrence.
Un premier nœud a été dénoué. Il fallait d'abord se demander comment racheter SFR, concrètement ? Fallait-il acquérir l'entreprise d'un seul tenant, ou la débiter en morceaux, chaque opérateur repartant avec les actifs qui l'intéressent, laissant à Patrick Drahi une coquille vide ? La question détermine qui devra assumer les dettes et les procès en cours de SFR une fois l'affaire conclue. Un accord aurait été trouvé sur ce point, d'après nos confrères.
Car l'ardoise est lourde. 1,1 milliard d'euros est réclamé par le fisc français suite à des montages TVA contestés, auxquels s'ajoutent 196 millions d'euros de litiges divers déjà anticipés dans les comptes. Sans oublier l'ombre d'Armando Pereira, le fameux associé historique de Patrick Drahi, mis en examen au Portugal pour blanchiment et corruption, qui planait sur les négociations. Autant de casseroles que Drahi aurait pris soin de régler, au moins en partie, avant de passer la main.
Prix plancher et dette abyssale : SFR ne peut plus se permettre d'attendre
En octobre, le consortium avait proposé 17 milliards d'euros pour l'essentiel des actifs de SFR, Bouygues Telecom portant à lui seul 43 % de la facture, soit une valorisation totale de SFR estimée à 21 milliards. Pas assez pour Patrick Drahi, qui a fixé implicitement son prix minimum à 23,6 milliards. Le tarif a bien été réfléchi, puisqu'au-delà de ce montant, les banques créancières de SFR n'auraient plus leur mot à dire sur la transaction. Le trio prépare donc une nouvelle offre, plus élevée et portant sur un périmètre d'actifs plus large.
Un échec aurait un coût, et pour tout le monde. Orange et Bouygues en paieraient le prix en Bourse, d'autant plus que leurs actions ont grimpé ces derniers mois portées par l'anticipation d'une fusion, et elles redescendraient aussi vite si le deal capote. Patrick Drahi, lui, conserverait des options (vendre SFR par morceaux, ou le céder à un acteur étranger), mais ces alternatives lui rapporteraient nettement moins, faute des économies d'échelle qu'offrirait une fusion entre opérateurs français.
Quant à l'option « ne rien vendre du tout », elle devient de moins en moins crédible, ajoute l'Informé. SFR traîne encore 16 milliards d'euros de dettes, son chiffre d'affaires a reculé de 9,3 % au troisième trimestre et son excédent brut d'exploitation (l'indicateur clé de la rentabilité opérationnelle d'une entreprise) a plongé de 11,4 %. Difficile alors d'envisager une issue positive à terme.