Les forfaits RED by SFR se vantaient de prix stables « à vie ». Sous l'impulsion de l'UFC-Que Choisir, la justice vient de condamner l'opérateur à 10 millions d'euros d'amende pour pratiques commerciales trompeuses.

L'UFC-Que Choisir a obtenu la condamnation de SFR pour ses forfaits RED à prix garantis. © Alexandre Boero / Clubic
L'UFC-Que Choisir a obtenu la condamnation de SFR pour ses forfaits RED à prix garantis. © Alexandre Boero / Clubic

Promis « sans condition de durée » et même parfois « à vie », les forfaits mobiles RED by SFR ont pourtant vu leurs tarifs augmenter de façon unilatérale dès 2019, deux ans seulement après leur lancement. Saisie par l'UFC-Que Choisir en 2021, la justice a enfin tranché, nous apprend l'association de consommateurs aujourd'hui, dans un jugement du 19 mars 2026. L'opérateur SFR a été reconnu coupable de pratiques commerciales trompeuses, et écope d'une condamnation lourde, avec 10 millions d'euros d'amende.

RED by SFR et la promesse sanctionnée par la justice d'un prix garanti à vie qui n'a pas tenu très longtemps

Pour attirer de nouveaux clients, RED by SFR, la marque à bas prix de l'opérateur au carré rouge, lance dès 2017 une campagne marketing d'envergure sur tous les fronts, aussi bien sur le web qu'à la télévision, mais aussi sur les réseaux sociaux et dans la presse. Cette dernière est bâtie autour d'un argument solide : des forfaits mobiles à prix stables. Les slogans « sans prix qui double au bout d'un an », « pendant un an et après aussi », et même, noir sur blanc, « à vie » font mouche.

Sauf qu'en 2019, deux ans à peine après le lancement, SFR relève ses prix sans demander l'avis de personne. Ses abonnés RED n'ont alors que deux options. Soit ils acceptent de payer plus cher, soit ils résilient leur contrat. Il est impossible de rester aux tarifs d'origine. Un comble, pour tous ceux qui avaient précisément choisi RED by SFR pour cette promesse de stabilité. Car dans un secteur mobile alors ultra-concurrentiel, c'était souvent l'argument qui avait fait la différence.

Si tout cela est certes discutable sur le plan de la morale, est-ce illégal pour autant ? L'UFC-Que Choisir a décidé d'agir. L'association de défense des consommateurs a déposé une première plainte auprès du procureur de Paris en 2021, puis une seconde en juin 2022 pour déclencher une enquête judiciaire approfondie. SFR s'est retrouvé officiellement mis en examen pour pratiques commerciales trompeuses. La DGCCRF, le gendarme français de la consommation et de la concurrence, a mené l'enquête et confirme la gravité des faits et l'ampleur des signalements.

SFR condamné à 10 millions d'euros, l'UFC-Que Choisir savoure son succès

L'audience s'est tenue le 19 février 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, instance pénale compétente pour juger ce type d'infraction. Et le verdict est tombé le 19 mars. Pour les juges SFR a sciemment joué sur l'ambiguïté de ses messages publicitaires pour faire croire à ses clients que leurs tarifs ne bougeraient pas. Des centaines de milliers de consommateurs ont donc été trompés sur un point pourtant fondamental, à savoir le prix qu'ils allaient réellement payer chaque mois.

Le tribunal souligne également que la mention « à vie » a circulé bien au-delà du seul site de SFR, puisque des sites partenaires et revendeurs affiliés l'ont reprise et diffusée massivement, sans que l'opérateur n'intervienne jamais pour corriger le tir. Pour la justice, ce silence n'est pas un oubli. Laisser prospérer une promesse aussi forte sans jamais la démentir, c'est en avoir délibérément profité.

La page d'accueil du site de SFR, où apparaît le texte lié au jugement du 19 mars, comme ce dernier l'exige. © Alexandre Boero / Clubic
La page d'accueil du site de SFR, où apparaît le texte lié au jugement du 19 mars, comme ce dernier l'exige. © Alexandre Boero / Clubic

La sanction est lourde donc, avec 10 millions d'euros d'amende, dont 5 millions que SFR devra effectivement payer, les 5 autres millions étant suspendus, à condition que l'opérateur ne récidive pas. L'UFC-Que Choisir reçoit par ailleurs 50 000 euros en réparation du préjudice causé à l'ensemble des consommateurs. Et cerise sur le gâteau, SFR doit publier le jugement sur son propre site et sur les réseaux sociaux de RED by SFR pendant 30 jours, ce que l'opérateur, qui n'a pas fait appel, a accepté, que nous avons ou le constater.