En octobre 2025, Sam Altman a signé des accords avec Samsung et SK Hynix pour 900 000 wafers DRAM par mois, soit 40 % de la production mondiale. Des lettres d’intention, pas des commandes fermes. Le marché, lui, n’a pas fait la différence.

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En quelques semaines, un kit DDR5-6000 32 Go est passé de 139 € à plus de 340 € sur LDLC. Le Steam Deck s’est retrouvé en rupture mondiale. Gartner prévoit une chute de 10,4 % des livraisons de PC en 2026, avec une mémoire qui représente désormais 35 % du coût de fabrication d’un ordinateur chez HP, contre 15-18 % auparavant. Tout ça pour des engagements qu’OpenAI n’était peut-être pas en mesure d’honorer.

Comment OpenAI a bloqué 40 % du marché mondial de la RAM DDR5

En octobre 2025, Sam Altman s’est rendu à Séoul et a signé simultanément des accords préliminaires avec Samsung et SK Hynix pour alimenter le projet Stargate en mémoire. Selon Tom’s Hardware, les deux fabricants ont confirmé qu’OpenAI pourrait absorber jusqu’à 900 000 wafers DRAM par mois, un volume représentant environ 40 % de la capacité mondiale estimée à 2,25 millions de wafers. Détail capital : ni Samsung ni SK Hynix ne savaient que l’autre signait un engagement similaire au même moment.

Le problème selon le TimesofIndia, c’est que ces accords étaient des lettres d’intention, pas des bons de commande contraignants. Aucune puce n’a réellement changé de mains. Mais le marché, lui, a réagi comme si c’était du concret : les prix contractuels de la DRAM ont bondi, les distributeurs ont cessé d’afficher leurs tarifs, et la pénurie de DRAM et de NAND s’est accélérée. Le projet Stargate lui-même serait depuis en difficulté, Oracle et les partenaires ne parvenant pas à s’accorder sur le financement.

Une crise qui dépasse largement le cas OpenAI

La spéculation d’OpenAI a mis le feu à une poudrière déjà bien chargée. Samsung, SK Hynix et Micron avaient déjà massivement réorienté leur production vers la HBM et la DRAM serveur, bien plus rentables que la DDR5 grand public. Micron a même décidé de fermer sa marque Crucial, présente depuis 1996, pour concentrer toutes ses capacités sur les hyperscalers IA. Résultat des courses : TrendForce estime que les centres de données absorberont 70 % de toutes les puces mémoire fabriquées en 2026.

L'annonce du projet Stagate en présence de Trump. © Andrew Harnik/Getty Images
L'annonce du projet Stagate en présence de Trump. © Andrew Harnik/Getty Images

L’impact sur les consommateurs est brutal. Un kit Corsair Vengeance 32 Go DDR5-6000 est passé de 314 € en novembre à 407 € début janvier. Valve a confirmé le Steam Deck en rupture mondiale. Framework a augmenté ses prix de RAM de 50 %. La crise de la RAM menace directement les PC entrée de gamme : Gartner prédit la disparition du segment sous 450 € d’ici 2028, et le marché PC dans son ensemble s’annonce catastrophique pour 2026.

TurboQuant : un algorithme fait plus que toute la chaîne d’approvisionnement

Le début de correction des prix ne vient pas d’OpenAI qui reculerait, ni de nouvelles usines qui entreraient en production. Il vient d’un papier de recherche. Google a publié le 24 mars un article de recherche sur son algorithme TurboQuant, une technique de compression du cache KV des modèles d’IA capable de réduire les besoins en mémoire jusqu’à 6 fois, sans perte de performance mesurable. Les actions Samsung et SK Hynix ont chuté respectivement de 5 % et 6 % dans la nuit suivant l’annonce.

Les précieux wafer qui seront découpés puis packagés pour alimenter les serveurs IA ©Shutterstock

La nuance s’impose, cependant. TurboQuant reste pour l’instant un résultat de laboratoire, présenté à la conférence ICLR 2026, bien que des premiers projets semblent d'ores et déjà fonctionnels. Et l’histoire du hardware IA montre que l’optimisation logicielle ne réduit pas la demande : elle permet de faire tourner des modèles plus lourds avec les mêmes ressources. Les prix de la DDR5 ont amorcé un recul de l’ordre de 7 % en mars 2026, mais restent quatre fois supérieurs à leurs niveaux d’avant-crise. Autant dire qu’on est loin du retour à la normale.

La crise de la RAM illustre un mécanisme devenu familier dans l’industrie tech : une annonce spectaculaire suffit à dérégler un marché entier, même sans transaction réelle derrière. La vraie question, c’est de savoir si les fabricants de mémoire, désormais structurellement tournés vers l’IA, ont encore intérêt à revenir vers le grand public, même si la demande des hyperscalers venait à se tasser.