Deux robots humanoïdes auraient été envoyés en Ukraine par une entreprise américaine. Ils savent déjà manier des armes à feu. Si le précédent se confirme, c'est toute la doctrine de défense mondiale qui devra être réécrite.

La frontière entre science-fiction et champ de bataille vient de se réduire d'un cran. Dans une interview accordée à Time, Mike LeBlanc, cofondateur de la société Foundation et vétéran des Marines, affirme avoir envoyé deux robots Phantom Mk-I en Ukraine en février 2026. Leur mission déclarée : la reconnaissance en première ligne. Si cette information se confirme, il s'agirait du premier déploiement d'un robot humanoïde sur un théâtre de combat.
Ce que le Phantom Mk-I sait (et saura) faire
Le Phantom Mk-I est un robot conçu pour des applications industrielles et militaires. Lors d'une visite de Time dans les locaux de Foundation à San Francisco, le robot a été observé maniant revolvers, pistolets semi-automatiques et fusils à pompe. Une réplique de M-16 complétait la panoplie. L'objectif affiché par LeBlanc est clair : créer un robot capable d'utiliser toute arme conçue pour un humain.

En Ukraine, les deux unités auraient été affectées à des missions de reconnaissance, pas de combat direct. Foundation précise que le Phantom ne tire pas de manière autonome et respecte les protocoles du Pentagone, qui exigent une validation humaine avant tout tir. L'entreprise dispose de 24 millions de dollars de contrats de recherche avec l'armée américaine. Des essais avec les Marines sont prévus pour des opérations de brèche.
Le contexte ukrainien n'est pas anodin. Le pays a conduit plus de 7 400 opérations robotiques rien qu'en janvier 2026, selon l'agence d'État United24. La France, de son côté, accélère aussi sur les drones militaires avec 1 000 appareils livrés en un an. Mais les robots humanoïdes armés posent un problème d'une autre nature.
Un précédent que l'Europe ne peut pas ignorer
La question n'est plus de savoir si des robots combattront. Les systèmes automatisés ou contrôlés à distance ont déjà leur place sur le front est et un robot télécommandé a tenu une position pendant 45 jours. La bascule réside dans la forme humanoïde, qui permet d'utiliser l'arsenal existant sans adaptation.
Foundation n'est pas seule. Plusieurs entreprises chinoises et américaines travaillent sur des robots bipèdes à vocation militaire. Le cofondateur de Foundation évoque une course aux armements « déjà en cours ». La question du droit international reste entière. Les accords SAG-AFTRA sur les répliques numériques de personnes montrent que le cadre juridique évolue sur les questions d'identité artificielle. Mais aucune convention internationale ne régit spécifiquement les robots humanoïdes armés.
Pour l'Europe, le sujet est double. D'un côté, la nécessité de ne pas prendre de retard technologique dans un contexte de réarmement continental. De l'autre, l'obligation de poser des limites avant que la norme ne s'établisse par le simple usage du terrain, surtout aussi près de ses frontières. Le Phantom Mk-I est encore fragile : ses 20 moteurs peuvent tomber en panne, il craint la boue et la pluie. Mais la version Mk-2 est attendue dès avril pour corriger ces écueils.
Le premier robot humanoïde n'a peut-être pas encore tiré un coup de feu au combat, mais la ligne rouge s'efface déjà sous les chenilles. Et l'actualité sulfureuse autour de l'utilisation de modèles d'IA avancée par le Pentagone amplifie encore la teneur de ces annonces.