Un brevet, des capteurs optiques, une promesse séduisante pour des centaines de millions de diabétiques. Garmin entre dans la course à la mesure de glycémie sans piqûre, mais la ligne d'arrivée ressemble encore à un horizon.

Le suivi non invasif de la glycémie est la quête la plus convoitée du secteur des objets connectés santé. Apple et Samsung s'y battent depuis des années sans avoir encore livré de produit abouti au grand public. Garmin a déposé un brevet pour estimer l'HbA1c via les capteurs optiques de ses montres. Ce marqueur clinique permet aux médecins d'évaluer le taux moyen de sucre dans le sang sur trois mois.
Ce que le brevet de Garmin décrit vraiment
Repéré par le site spécialisé Wareable, le document détaille un système optique conçu pour détecter des variations subtiles dans le sang sous la peau. Au fil du temps, le système analyse comment la lumière traverse les tissus biologiques. Un modèle algorithmique traduit ensuite ces variations en une valeur estimée d'HbA1c. La montre n'est pas un glucomètre : c'est un décodeur de signaux lumineux qui tente de reconstituer un indicateur sanguin à partir de données indirectes.
Ce positionnement diffère des moniteurs de glucose en continu, comme le Dexcom G7 ou l'Abbott Libre, qui délivrent des relevés heure par heure. Garmin vise une lecture tendancielle du métabolisme, plus proche du bilan trimestriel chez le médecin que de l'alerte en temps réel. Pour des centaines de millions de diabétiques et de prédiabétiques dans le monde, cette distinction entre estimation et mesure reste fondamentale.
Huawei propose déjà une évaluation du risque diabétique sur certaines de ses montres, mais cet outil classe les utilisateurs selon des catégories générales. Le brevet Garmin, lui, cible un marqueur clinique précis : l'HbA1c. La nuance n'est pas anodine.
Un brevet ne fait pas une montre médicale
C'est ici que le scepticisme s'impose. Comme nous le rapportions, Samsung travaille depuis plusieurs années sur un capteur optique couplé à l'intelligence artificielle pour ses Galaxy Watch. Aucune Galaxy Watch n'a pourtant livré cette fonctionnalité à ce jour. Apple, de son côté, repousse l'échéance : son capteur laser dit « E5 » butte sur des problèmes de miniaturisation depuis des années.

La trajectoire d'Apple est, à cet égard, instructive. La firme de Cupertino travaille sur ce projet depuis plus d'une décennie. Résultat actuel : des délais repoussés et toujours pas de produit en vente. Garmin part de beaucoup moins loin, ce qui n'est pas forcément un avantage.
Les obstacles sont bien documentés. La précision clinique exige des validations réglementaires longues et coûteuses. La FDA américaine est particulièrement exigeante pour les dispositifs médicaux portables. Un brevet ne contourne aucune de ces étapes, et Garmin n'a pas communiqué officiellement sur une éventuelle commercialisation.
Pour Garmin, l'enjeu commercial n'en est pas moins réel. La marque est solidement installée chez les sportifs et les amateurs d'activités de plein air. Ajouter un outil de suivi métabolique pour les diabétiques ouvrirait la porte à un marché médical porteur. Mais le chemin entre un document de propriété intellectuelle et une montre vendue en pharmacie reste semé d'embûches techniques et réglementaires.