Ça y est, Apple a donc mis fin aux rumeurs et confirmé l'arrivée de Gemini au sein de Siri. Il s'agit d'une étape majeure ; plutôt que de substituer le moteur, la firme de Cupertino déploie une architecture sophistiquée où trois intelligences artificielles distinctes collaborent pour traiter vos demandes.

Après avoir intégré ChatGPT en décembre 2024, Apple finalise son dispositif avec l'ajout des modèles Google prévu pour le printemps 2026. Cette cohabitation transforme l'iPhone en un véritable routeur d'IA, capable d'aiguiller chaque requête vers le modèle le plus compétent.
Un routage dynamique basé sur l'index sémantique
Le système, baptisé Apple Intelligence, repose sur une hiérarchie de traitement précise. En première ligne, le processeur de votre iPhone gère les interactions courantes grâce à un modèle local d'environ 3 milliards de paramètres. Celui-ci s'appuie sur un index sémantique personnel, une base de données chiffrée qui cartographie vos e-mails, photos, rendez-vous et notes pour comprendre le contexte sans connexion Internet. Si la puissance de la puce A18 (ou ultérieure) ne suffit pas, le relais est passé au cloud.
C'est là qu'intervient Gemini. Selon Bloomberg, le modèle de Google utilisé pour Siri compterait environ 1200 milliards de paramètres, bien plus volumineux que l'IA maison d'Apple. Il devient le cerveau principal pour le raisonnement complexe et la "Visual Intelligence" via le bouton Camera Control. Il ne se contente pas de répondre : il analyse votre demande et aide Siri à identifier quel App Intent déclencher. Par exemple, quand un utilisateur demande "commande-moi un taxi", Gemini comprend l'intention et active directement l'API Uber plutôt que de simuler des clics.
ChatGPT, quant à lui, conserve son rôle de spécialiste créatif avec la rédaction d'emails, la génération d'images, ou l'analyse de fichiers PDF. Contrairement à Gemini qui opère en transparence dans l'infrastructure Apple, l'activation du modèle d'OpenAI requiert toujours une permission explicite de l'utilisateur. Apple continue donc de marquer une distinction nette entre le moteur "système" (boosté par Gemini) et le plugin "expert" (via ChatGPT…
La répartition entre local et cloud n'est pas figée. Selon la complexité de la requête, sa longueur ou sa nature, Apple décide au cas par cas d'une exécution locale ou serveur. Un iPhone 15 Pro et un MacBook Pro M4 Max peuvent même traiter différemment une requête identique, en fonction de la RAM disponible ou des ressources du moment. Siri pourra par exemple extraire des informations sur vos vols depuis un e-mail, consulter le trafic dans Maps, programmer des rappels de voyage et orchestrer tout cela en une seule demande vocale.
Private Cloud Compute, contre la collecte de Google
Reste que l'intégration de technologies concurrentes au cœur d'iOS soulève quand même la question de la confidentialité. On le sait, pour verrouiller l'accès aux données, Apple impose son infrastructure Private Cloud Compute comme intermédiaire obligatoire. Concrètement, lorsque Siri interroge Gemini, les données transitent exclusivement par des serveurs équipés de puces Apple Silicon. D'après la firme de Cupertino, cela garantit que Google fournit uniquement la capacité de calcul brute sans jamais accéder à l'identité de l'utilisateur.
Mais oui, le fonctionnement mérite clarification. Votre iPhone n'envoie pas l'intégralité de vos données au cloud. Il sélectionne d'abord les informations contextuelles strictement nécessaires depuis l'index sémantique, puis les transmet de manière chiffrée vers les serveurs Apple. Ces serveurs traitent la demande et suppriment immédiatement la moindre trace de l'opération en mémoire. C'est un point crucial : il n'existe aucun journal serveur, aucun historique conservé.
Pour assurer cette transparence, Apple utilise une architecture de sécurité matérielle appelée Secure Enclave et Secure Boot. Le Secure Enclave est une zone de la puce Apple Silicon inaccessible de l'extérieur, disposant d'une clé cryptographique unique gravée en usine. Cette clé permet de générer des signatures numériques impossibles à contrefaire. À chaque redémarrage, Secure Boot vérifie la signature de chaque composant critique du système ; si le code n'est pas signé par Apple, le démarrage est bloqué. Dans Private Cloud Compute, ce mécanisme garantit que seuls les logiciels approuvés traitent les requêtes d'IA. Apple ajoute que des chercheurs indépendants peuvent auditer ce code pour vérifier qu'aucune couche cachée ne stocke ou ne détourne les données.
Cette nouvelle architecture est attendue au printemps. Reste maintenant à savoir si les pays au sein de l'UE pourront aussi en profiter.