Des criminels se font passer pour des courtiers immobiliers avec une maîtrise troublante du métier. Leurs victimes, les emprunteurs, perdent des dizaines de milliers d'euros dans cette escroquerie hélas en pleine expansion.

Cette arnaque aux faux courtiers immobiliers a coûté 73 400 euros à une emprunteuse © Pla2na / Shutterstock
Cette arnaque aux faux courtiers immobiliers a coûté 73 400 euros à une emprunteuse © Pla2na / Shutterstock

Une adhérente de l'UFC-Que Choisir a perdu 73 400 euros, ses économies de toute une vie, après avoir été dupée par de faux courtiers immobiliers, en ayant cru simplement financer son futur logement. Les criminels, qui maîtrisent les codes du métier à la perfection, entretiennent des échanges professionnels pendant des semaines pour mieux endormir leurs victimes. Cette fraude, qui explose depuis avril 2024, inquiète les professionnels du secteur par son niveau de sophistication.

Une emprunteuse perd ses économies à cause d'un faux courtier qui la manipulait depuis des jours

L'histoire de Madame S., adhérente de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir en Essonne, ressemble à un mauvais film. Fin mai, elle cherche un financement immobilier et laisse ses coordonnées sur un site web apparemment sérieux. Un certain Michaël Brizard la rappelle rapidement, se présente comme courtier chez HelloPrêt, avec dossiers officiels et procédures irréprochables pendant trois longues semaines. Jusqu'ici tout va bien.

Tout bascule quand ce faux professionnel lui demande de verser son apport personnel directement sur un compte bancaire. Il s'agit d'un compte CaixaBank, un établissement espagnol absent du territoire français, censé servir de compte de dépôt pour débloquer les fonds. Or, cette manipulation n'a rien de normal, car dans le vrai courtage, c'est toujours le notaire qui gère l'apport lors de la signature définitive.

Confiante après des semaines d'échanges rassurants, la victime effectue trois virements. Un premier de 500 euros, un second de 49 000 euros, et enfin un dernier de 23 900 euros, soit un butin total de 74 300 euros. Quand Boursorama l'alerte sur la nature frauduleuse du compte destinataire, il est déjà trop tard. Sa banque refuse tout remboursement, arguant que les virements ont été validés par la cliente elle-même avec ses codes personnels, comme le relate l'UFC-Que Choisir.

Les vrais courtiers victimes d'usurpation d'identité

Le véritable Michaël Brizard, courtier senior chez HelloPrêt depuis dix ans, découvre avec stupeur l'usurpation de son identité. Dans son témoignage, il révèle que l'intégralité de ses collègues subissent le même sort depuis le printemps 2024. L'un d'eux a même été violemment pris à partie par une victime persuadée d'avoir enfin retrouvé son escroc.

Les criminels excellent dans leur mise en scène macabre. Ils fabriquent des sites internet trompeurs, très bien positionnés sur Google avec des mots-clés comme « courtier économique » ou « prêt rapide ». Ils ont une maîtrise totale de la chaîne de l'arnaque. Des termes techniques aux documents officiels, en passant par le mécanisme des délais bancaires, ils semblent incollables et désarçonnent même les emprunteurs méfiants. Michaël Brizard parle d'un « aplomb diabolique » et d'une « volumétrie colossale ». Oui, cette arnaque toucherait toute la France.

Le piège peut pourtant être évité. Vérifiez toujours l'inscription de votre interlocuteur sur le registre Orias, le site officiel des intermédiaires financiers. Sachez qu'un vrai courtage coûte entre 1 500 et 10 000 euros selon le dossier, jamais gratuit. Et retenez cette règle absolue : seul un notaire peut recevoir votre apport, jamais un courtier, même le plus sympathique du monde.