Test de Cloudpunk : une aventure narrative qui vaut le détour ?

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Cloudpunk fait partie de ces petites curiosités indés dont les différentes bandes-annonces ont suscité notre intérêt ces derniers mois. Mais au-delà de son univers cyberpunk prometteur et de sa bande-son toute en volutes synthétiques hypnotisantes, que vaut réellement le titre développé par le studio berlinois d'Ion Lands ?

La période actuelle aura au moins certainement profité aux petits studios indépendants. Les sorties de beaucoup de mastodontes ayant été repoussées et l'espace médiatique s'en trouvant ainsi moins engorgé de nouvelles à leur sujet, la situation s'avère donc propice pour attirer les regards des joueurs, moins sollicités qu'à l'accoutumée. Cloudpunk est, pourrait-on dire, sorti au meilleur moment, sans cynisme aucun. D'autant que l'univers qu'il dépeint et qui égrène assez scolairement tous les poncifs du genre cyberpunk, a une résonance toute particulière en ces temps troublés que nous traversons.


Quand on arrive en ville

Le titre d'Ion Lands nous propose de présider à la destinée de Rania, nom de code 14FC, jeune femme fraîchement débarquée dans la mystérieuse et monstrueuse cité de Novalis. Sans que l'on saches d'ailleurs exactement quels tristes évènements l'ont poussé à laisser sa contrée natale derrière elle pour se perdre dans l'anonymat et la froideur de l'écrasante mégalopole.

Toujours est-il qu'il lui faut désormais gagner sa croûte et, pour cela, elle n'a d'autre choix que de rejoindre la société de livraison peu scrupuleuse Cloudpunk. Accompagnée de la conscience de son chien décédé, Camus, téléchargée dans son véhicule, Rania est bringuebalée aux quatre coins de la ville par Contrôle, personnage désabusé lui assignant chacune de ses missions de livraison. Avec un impératif qui en dit long sur la nature des transactions acceptées par la compagnie : ne jamais poser de questions sur le contenu des livraisons.

Inutile de faire durer le suspense plus longtemps : oui, Cloudpunk est bien un jeu dont la structure repose exclusivement sur des missions de livraison et à peu près rien d'autre. Si vous espériez un peu d'action, voire même des courses poursuites haletantes dans la jungle urbaine de Novalis, calmez tout de suite vos ardeurs, car Cloudpunk n'a rien de tout ça à vous proposer.

On sort d'ailleurs très rarement de la succession ininterrompue des missions qui nous sont assignées, parfois le temps d'améliorer son véhicule, de suivre une interminable quête annexe de collecte de cartes perforées pour le compte d'une androïde ou de personnaliser son logement, sans que cela n'ait d'ailleurs la moindre conséquence sur celui-ci, autant donc dire que l'intérêt du cocooning est ici totalement nul. Le titre de Ion Lands est en réalité une aventure essentiellement narrative et contemplative s'appuyant sur le prétexte commode de ce job alimentaire de livreuse auquel Rania doit se résoudre pour survivre.

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Narration plutôt qu'action

Son intérêt ne repose donc pas sur des mécaniques de jeu inventives et grisantes, loin s'en faut, mais plutôt sur la somme des destins tantôt tragiques, tantôt drôles, tantôt absurdes des habitants de Novalis que notre héroïne rencontre au fil de ses pérégrinations dans la ville. Cloudpunk a donc quantité de petites histoires à nous raconter, mais, malheureusement, il ne le fait pas toujours avec brio. En particulier durant la première heure de jeu, pour le moins confuse et assez laborieuse. Les incessantes interventions de Camus et de Contrôle ont ainsi la fâcheuse conséquence de contrarier et retarder l'implication du joueur dans l'univers dépeint par le jeu.

Mais passée cette prise d'élan cahoteuse, le titre trouve progressivement sa vitesse de croisière et nous emmène à la rencontre de protagonistes aux histoires toutes différentes et souvent intéressantes à suivre. Bien qu'il n'évite pas quelques lieux communs du genre vus et revus et en dépit d'un acting très inégal des comédiens de doublage et de dialogues parfois un peu trop bavards, il y a tout de même du plaisir à faire ces sauts de puce entre les vies des différents habitants rencontrés au fil des missions.

Le jeu ne manque pas d'humour et l'on sent que les développeurs ont pris plaisir à glisser un grand nombre de références amusantes et à dessiner un sous texte politique nous renvoyant au monde dans lequel nous vivons. Et certains personnages récurrents, Camus et le détective Huxley en particulier, gagnent progressivement en épaisseur et parviennent à s'attirer notre sympathie au fil des conversations émaillant notre découverte de la ville.

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L'exploration de Novalis, entre grandeur et lourdeurs

Une vile qui, d'ailleurs, est peut-être la plus grande réussite à mettre au crédit d'Ion Lands. Toute en verticalité, construite en différents quartiers communiquant entre eux par des tunnels, parcourue de voies de circulation rapide engorgées par un trafic incessant, Novalis est un espace ouvert et vivant où flâner entre ses interminables building est un plaisir de chaque instant.

D'autant que le parti pris visuel du jeu, tout en voxel, fonctionne à merveille. Il va sans dire qu'une affinité avec la vision noire, désespérée et pluvieuse propre au genre dans lequel le titre s'inscrit est un pré-requis absolument nécessaire pour apprécier son séjour à Novalis.

On regrette néanmoins que le plaisir d'explorer cette dernière soit contrarié par une accumulation de petites lourdeurs un poil agaçantes. En premier lieu, la manoeuvrabilité du HOVA, le véhicule piloté par Rania, laisse franchement à désirer. Et cela est d'autant plus un problème que la circulation est souvent très dense et que les autres véhicules engagés sur les voies rapides se fichent éperdument de nous éviter. Les accrochages sont donc très fréquents et, en conséquence, les visites chez le garagiste également.

Une fois sorti de notre véhicule, là encore tout n'est pas parfait. Les déplacements de Rania sont malheureusement assez lents et les brusques changements de perspectives à chaque coin de rue n'aident pas à appréhender l'espace. Dommage, car là encore la construction horizontale comme verticale des différents quartiers de la ville et leur représentation formelle donnent furieusement envie d'en explorer les moindres recoins.

On parvient néanmoins à passer outre ces petits désagréments tant l'ambiance dans laquelle le titre parvient à nous immerger est réussie. Et ce aussi en partie grâce à l'excellente bande-son accompagnant nos virées dans Novalis, mariant les sonorités dures et sombres de la synthwave à des compositions aériennes et lancinantes inspirées par Vangelis.

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Cloudpunk, l'avis de Clubic

Très imparfait et parfois même un peu crispant, Cloudpunk n'en demeure pas moins un jeu attachant. Rania n'est pas Corben Dallas, et ses allées et venues entre les différents quartiers de la sinistre et majestueuse Novalis sont avant tout rythmées par les rencontres plutôt que par les courses poursuites et l'action trépidante. Cloudpunk fait la part belle aux petites histoires et nous raconte son univers au travers des tranches de vie de ses habitants. Il y a donc un réel plaisir à mener ces banales missions de livraison et à creuser les différentes strates qui composent la société dépeinte par le jeu. Bien sûr, toutes ne sont pas follement passionnantes et certains dialogues traînent parfois en longueur ou sont interprétés sans grande conviction, parfois même les deux. Mais pour l'essentiel, la dizaine d'heures de jeu que propose Cloudpunk compte son lot d'interactions savoureuses, souvent servies par une bonne dose d'humour. Malheureusement desservie par une manoeuvrabilité un poil laborieuse du HOVA et des phases à pied un peu traînantes, l'exploration de Novalis n'en demeure pas moins plaisante pour qui a l'âme contemplative. Le décor majestueux imaginé par Ion Lands, servi par un parti pris visuel très réussi et une excellente bande-son, mérite que l'on s'y attarde. Cloudpunk se destine donc aux amateurs de flâneries et d'aventures narratives à qui nous ne saurions trop conseiller de lui donner sa chance.

Cloudpunk

6

Les plus

  • Novalis, une superbe aire de jeu
  • Une foule de rencontres intéressantes
  • Une narration pleine d'humour et de références
  • Excellente bande-don
  • Quelques personnages attachants

Les moins

  • Certains dialogues traînent en longueur
  • Le pilotage parfois laborieux du HOVA
  • Les changements de perspectives et la lenteur des déplacements au sol
  • Des comédiens qui manquent parfois de conviction
  • Une linéarité qui ne sera pas du goût de tout le monde

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