Les assistants IA peuvent désormais préparer nos repas, remplir un calendrier et chercher dans nos documents. Mais mes essais avec Siri AI et Alexa+ montrent que le temps gagné dépend encore beaucoup du travail qu’ils nous laissent après leur réponse.

Un rendez-vous à ajouter au calendrier, avec son adresse et un rappel une heure avant. La demande est ordinaire, et les deux assistants s’acquittent de l’essentiel : l’événement est créé, au bon horaire. En ouvrant le calendrier, je constate pourtant que le rappel manque. Ni Siri ni Alexa ne m’ont prévenu.
Voilà une limite moins spectaculaire qu’une réponse complètement inventée, mais assez gênante pour un outil auquel on veut confier son organisation. Le rendez-vous existe. Il manque simplement ce qui doit m’aider à ne pas l’oublier.
Après mes premières prises en main de Siri AI sur Mac et d’Alexa+, deux assistants vocaux autrefois poussiéreux mais désormais boostés aux LLM, j’ai voulu pousser l’expérience et déléguer des aspects de ma vie quotidienne. Siri sur mon Mac, Alexa+ depuis une Echo Show 11 et son application mobile : les interfaces diffèrent, mais mon attente reste la même. Pour ces petites corvées, j’attends surtout de pouvoir passer à autre chose une fois la demande exécutée. C’est là que les difficultés commencent.
Le rendez-vous est créé, à moi de trouver ce qui manque
Un assistant IA peut rencontrer une limite. Encore faut-il qu’elle soit visible. S’il m’indique qu’il a créé l’événement mais ne peut pas programmer son alerte, je sais quoi terminer. Sans cette précision, je dois ouvrir le résultat et reprendre les consignes une par une.
Le déplacement du rendez-vous illustre cette différence. Siri AI demande une confirmation avant de modifier l’horaire. Cette étape a une utilité : je valide une action sur mon calendrier. Contrôler le rappel répond à un autre problème, puisque je dois découvrir après coup qu’une partie de la demande n’a pas été exécutée.
Avec Alexa, la correction ajoute même une difficulté. Une commande supplémentaire permet de créer un rappel, mais celui-ci est indépendant du rendez-vous. J’ai désormais deux éléments à gérer. L’événement peut être déplacé ; ma tentative de modification du rappel à la voix, elle, n’aboutit pas. Je dois passer par l’application. J’y ai passé cinq minutes pour une modification que j’estime pouvoir faire à la main en quinze secondes.
L’assistant m’a donc aidé à saisir le rendez-vous, sans prendre en charge toute son organisation. Ce résultat ponctuel ne permet pas d’affirmer que ces oublis sont systématiques. Il suffit en revanche à poser un problème pratique : comment décider de passer à autre chose si l’on ne sait pas quelles parties de la consigne ont été suivies ?
Une aide utile se juge aussi à ce qu’elle nous laisse faire
Les repas montrent que la délégation peut pourtant fonctionner jusqu’au bout. J’ai demandé trois dîners pour six personnes, en fournissant les ingrédients déjà présents dans mes placards et une limite de temps de préparation. Puis j’ai remplacé le repas avec du poisson par un deuxième plat végétarien pour pimenter un peu l’essai.
Siri AI propose les recettes, effectue la modification et ajoute la liste de courses actualisée dans Notes. Après vérification, rien à corriger. Deux minutes ont suffi pour donner les commandes et valider la note. L’assistant a regroupé plusieurs opérations et livré un résultat utilisable immédiatement. L'intégration matériel-logiciel d'Apple fonctionne à plein, tout est synchronisé sur tous mes appareils.
Chez Alexa+, les interruptions compliquent déjà la dictée de l’inventaire. L’assistant ne me laisse pas en placer une et a du mal à attendre la fin d’une phrase longue. Il me faut ensuite trois tentatives pour obtenir une liste de courses plutôt qu’une note. Les quantités sont mal renseignées ou absentes. Entre retrouver le résultat dans l’application et les ajouter à la main, j’y consacre près de quinze minutes, après les premiers échanges. En dehors de ce test, je n’aurais pas forcément insisté, sauf à vouloir perdre les derniers cheveux qu’il me reste.
Ces durées ne mesurent pas un gain par rapport à ma méthode habituelle. Elles montrent toutefois pourquoi la rapidité d’une réponse ne suffit pas à juger le service rendu. La recette peut arriver vite ; retrouver et remettre en état la liste demande davantage d’efforts.
L’accès au résultat, son format et sa précision font partie de mes attentes quand il s’agit d’IA. Ce sont eux qui déterminent si je peux partir faire les courses ou si je dois encore m’installer devant l’application pour terminer le travail. Alexa+, un assistant pourtant pensé pour la maison, me ferait presque revenir à la liste de courses papier.
Alexa+ reprend toutefois l’avantage lorsqu’il s’agit de piloter la maison. Dans mes essais, je peux lui demander en une phrase d’éteindre une ampoule et d’en allumer une autre dans une autre pièce, ou de dire « J’ai froid » pour allumer automatiquement le chauffage d’appoint. Siri AI n’a pas réussi à exécuter cette double consigne et n’allume que le premier appareil cité. Il faut trois commandes pour arriver au même résultat.
Chaque assistant IA semble avoir son domaine de compétence. Siri AI est meilleur pour la recherche, Alexa jongle plus facilement avec mes objets connectés. Encore une complexité supplémentaire pour l’utilisateur, qui doit maintenant choisir son assistant en fonction de ses besoins.
Faire confiance, sans signer un chèque en blanc
Ces premiers essais me donnent envie de déléguer certaines corvées d’organisation. Mais je dois encore vérifier que tout ce que j’ai demandé a bien été fait.
Une quantité manquante dans la liste de courses devient vite agaçante une fois dans les allées du supermarché. Un rappel oublié peut passer inaperçu jusqu’au moment où il aurait dû sonner. Je dois donc rester attentif à des détails que j’avais justement confiés à mon IA domestique pour ne plus avoir à m’en occuper. Dans la plupart des cas, j’ai perdu plus de temps à vérifier qu’à agir.
Je n’attends pas de ces assistants qu’ils réussissent absolument tout. Mais s’ils veulent prendre une place dans notre quotidien, annoncer leurs limites fait partie du travail. « Le rendez-vous est créé, mais pas son rappel » me serait déjà bien plus utile qu’une exécution incomplète et silencieuse. S’il y a des ratés, j’aimerais au moins être au courant.