Dix ans après ses débuts, Narwal fait descendre son lavage en continu sous la barre des 1 000 euros avec le Freo 20. Son fondateur Junbin Zhang, rencontré à Berlin à l’occasion de l’IFA 2026, dessine déjà la suite : des robots à bras, mais sans jambes, et une Europe hissée au rang de marché prioritaire.

Le fondateur de Narwal fête les dix ans de sa marque, et nous parle du futur du robot domestique ©Narwal
Le fondateur de Narwal fête les dix ans de sa marque, et nous parle du futur du robot domestique ©Narwal

C’était jour de fête pour Narwal ce jeudi 3 septembre 2026. À Berlin, le constructeur a profité de la grand messe de l’IFA pour célébrer ses dix ans d’existence et détailler sa nouvelle gamme d’aspirateurs robots, balai et laveurs. La marque y a notamment lancé le Freo 20, un aspirateur robot laveur affiché à 999 euros que nous avons testé. Son intérêt tient en un nom, FlowWash : un rouleau-chenille rincé en continu à l’eau chaude pendant que le robot avance, censé éviter d’étaler la saleté plutôt que de la ramasser. Jusqu’ici, ce système était réservé aux modèles les plus chers du catalogue.

À l’issue de sa conférence, nous avons pu interroger Junbin Zhang, fondateur et CEO de l’entreprise, sur ce choix de faire descendre sa fonction signature en gamme, sur ce qu’il imagine après l’aspirateur robot, sur la place de l’Europe dans ses plans et sur la domination des marques chinoises face aux anciens pionniers américains.

Junbin Zhang revenant sur les dix années d'existence de Narwal lors de l'IFA 2026 ©Mathieu Grumiaux pour Clubic
Junbin Zhang revenant sur les dix années d'existence de Narwal lors de l'IFA 2026 ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Clubic : Pourquoi rendre accessible, sur un appareil vendu moins de 1 000 euros, une technologie jusqu’ici réservée aux modèles phares : la serpillière qui se nettoie en temps réel pendant que le robot se déplace ?

Junbin Zhang : Pour nos produits, le nettoyage est la fonction de base. Si vous disposez des meilleures performances de nettoyage, toutes les gammes de prix doivent en profiter. Certaines fonctionnalités peuvent rester optionnelles, mais le lavage des sols est notre image de marque et notre principal argument. Il doit couvrir toute la gamme, du haut de gamme à l’entrée de gamme, pour offrir à nos clients la meilleure expérience de nettoyage. Nous sommes une entreprise de technologies de nettoyage : nous ne pouvons pas proposer des performances médiocres sur nos modèles d’entrée de gamme. Ce n’est pas un choix que nous pouvons faire.

Concrètement, pour les foyers qui vivent avec un chat ou un chien, qu’est-ce que ce système change par rapport à un robot laveur classique ?

JZ : Avec les animaux, deux problèmes se posent. Le premier, ce sont les poils. Nous avons été les premiers à inventer une brosse anti-enchevêtrement : les poils ne s’enroulent plus autour. Le second, c’est que les animaux sortent et rapportent de la saleté à l’intérieur. Le lavage devient alors essentiel. Notre système à chenille ne se contente pas de venir à bout des taches les plus tenaces, il ramasse aussi les poils les plus fins. Une serpillière rotative en est incapable, elle se contente de déplacer la saleté de l’avant vers l’arrière. La chenille, elle, récupère ces petits poils que la brosse principale ne parvient pas à aspirer. Les systèmes à rouleau peuvent en partie régler ce problème, mais quand vous marchez pieds nus après le passage de certains robots concurrents, vous sentez encore de petites particules sous vos pieds. La chenille les ramasse entièrement.

Le Narwal Freo 20, dernier né de la gamme ©Narwal

Quelle place la France et l’Europe occupent-elles dans votre plan de croissance, alors que vous misez beaucoup sur l’international ?

JZ : C’est un marché de premier rang. En Allemagne comme en France, les consommateurs sont plus matures et prêts à adopter des produits de haute technologie. Il y a aussi davantage de médias pour relayer nos idées et notre histoire, et ce sont de très gros marchés pour les aspirateurs robots comme pour les aspirateurs eau et poussière. Ce sont des pays que j’étudie de très près.

Aujourd'’hui, c’est en Chine que nous réalisons notre plus gros chiffre d’affaires, et nous nous portons bien en Amérique du Nord. L’Europe, je m’en occupe personnellement. Pendant ces dix ans, j’ai consacré énormément de temps à la conception des produits, et très peu aux ventes et au marketing. Récemment, j'ai nommé de nouveaux dirigeants pour les robots incarnés, les aspirateurs robots et les appareils portatifs. Ils peuvent piloter la conception des produits, et je me concentre désormais sur le marketing et les ventes. Cela me permet de mieux comprendre les besoins des clients et l’ensemble de la chaîne commerciale. Nous allons aussi investir davantage en marketing, notamment en Allemagne, en France et aux États-Unis.

Le marché est aujourd’hui dominé par les marques chinoises, dont la vôtre, au détriment d’acteurs comme iRobot. Comment expliquez-vous ce basculement ?

JZ : Tout est une question de produit. Le produit, c’est le un. Le marketing et la distribution, ce sont les zéros. Sans le un, vous pouvez ajouter autant de zéros que vous voulez, le résultat sera toujours zéro. À Shenzhen, nous avons des équipes de R&D et de gestion de produit très solides, capables d’enchaîner les itérations très rapidement.

Ensuite, nous sommes très proches de la chaîne d’approvisionnement. Un exemple : pour faire évoluer le design d’un circuit imprimé, iRobot a besoin de deux mois. Il nous faut une semaine. Je peux concevoir la carte, la recevoir et la tester en une à deux semaines. Quand vous êtes aussi proche de vos fournisseurs, vous obtenez très vite un retour sur vos choix de conception. C'est décisif, et c'est aussi le principal avantage de toute entreprise chinoise.

Le rangement des chaussures, une tâche ingrate qui pourrait être accomplie par des robots ? ©Mathieu Grumiaux pour Clubic

Vous avez comparé il y a quelques mois les aspirateurs robots actuels à l’iPod, et décrit un futur robot domestique doté de bras articulés comme un possible « moment iPhone ». À quoi cela ressemblerait-il concrètement dans nos maisons ?

JZ : Je pense que le premier moment iPhone de la robotique à bras ne sera pas humanoïde. Ces robots restent encore loin d’un produit capable d’entrer réellement dans les foyers. Il y a la question du coût, mais aussi celles de la qualité, du logiciel et du risque de blesser quelqu’un. Récemment, en Chine, un humanoïde a frappé une personne et lui a fait perdre deux dents. Le premier moment iPhone viendra donc de robots plus petits, sans jambes, capables de ranger et de nettoyer les surfaces verticales : les toilettes, les tables. Des machines plus stables, moins chères, que davantage de gens pourront s’offrir. Ce serait, en gros, le premier iPhone mis sur le marché. Et c’est ce sur quoi nous travaillons en ce moment.

Dans les dix prochaines années ?

JZ : Oui. Et il ne faudra pas attendre dix ans. (rires)

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