Si vous dirigez un cabinet comptable ou un cabinet d’expertise comptable, votre système d’information rassemble l’identité, les comptes bancaires et la situation fiscale de l’ensemble de vos clients. Les groupes de ransomware vous surveillent particulièrement à cause de cette concentration de données, et selon plusieurs baromètres sectoriels, la profession est pourtant mal équipée pour s’en protéger.

Le Conseil national de l’ordre des experts-comptables a rejoint, le 7 mars 2024, le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr. Cette plateforme réunissait jusque-là surtout des éditeurs de logiciels et des fournisseurs d’accès. Votre cabinet traite, pour chacun de vos clients, des informations qu’aucune autre profession ne réunit à ce degré, l’identité, le patrimoine, les comptes bancaires et la situation fiscale complète. Le groupe de ransomware Everest a revendiqué, le 20 août dernier, le piratage du cabinet d’expertise comptable, d’audit et de conseil Experts Entreprendre. Il a affirmé détenir 1,13 To de données, réparties dans plus de 2,6 millions de fichiers, dont des comptes annuels, des déclarations fiscales, des bulletins de paie, des contrats et des pièces d’identité de clients. Vous l’aurez compris, vous pouvez donner accès à l’ensemble des données de votre portefeuille clients en une seule intrusion si vous n’êtes pas assez protégé.
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Vous détenez l’identité et les finances de vos clients, et ces données sont très sensibles et prisées des cybercriminels
Pour chaque client que vous suivez, vous détenez des pièces d’identité, des relevés bancaires, des données fiscales et parfois des numéros de sécurité sociale. Vous conservez aussi la comptabilité complète des entreprises accompagnées, soldes, comptes clients, comptes fournisseurs et bulletins de paie compris.
Un attaquant peut, à partir de ces éléments, usurper l’identité d’un client, ouvrir un compte bancaire à son nom ou détourner des virements vers un compte tiers. Et en dehors des métiers bancaires et juridiques, vous êtes les seuls à conserver autant de données personnelles et financières.
Un cybercriminel peut aussi se servir de votre cabinet comme porte d’entrée vers vos clients, en envoyant, depuis une adresse de messagerie piratée, de fausses factures qui reprennent votre mise en forme. Un client pressé va alors croire que ces messages proviennent directement de vous, et exécuter le paiement demandé. C’est le principe de la fraude au faux fournisseur. Les fraudeurs détournent des virements vers des comptes tiers, souvent situés à l’étranger, en profitant des périodes de fin de mois ou de congés pour contourner les vérifications habituelles. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, le nombre de faux ordres de virement signalés a progressé de 29 % en 2024, et les demandes d’assistance liées à ce type de fraude ont bondi de 93 % sur la même période. D’après le cabinet Trustpair, moins d’une entreprise sur deux vérifiait, en 2024, les coordonnées bancaires de ses fournisseurs par une procédure automatisée.
C'’est ce qui est arrivé bien malgré lui à un comptable salarié d'une PME industrielle qui a, le 12 janvier dernier, ouvert la porte à une attaque de type ClickFix. Des attaquants ont affiché, dans son navigateur, un faux message d’erreur. Ils lui ont indiqué de coller un code dans PowerShell pour résoudre un prétendu bug. Une fois ce code exécuté, ils ont exfiltré l’ensemble des identifiants bancaires de l’entreprise. Le poste disposait toutefois d'un pare-feu, d'un outil de détection et d'une authentification à plusieurs facteurs. L’équipe informatique a dû couper à distance l’accès VPN de toute l’entreprise pour limiter les dégâts, avant de reconstruire une partie du système.
Vous êtes beaucoup de comptables et d’experts-comptables à accéder aujourd’hui à vos logiciels de comptabilité depuis un portail distant, accessible directement depuis internet. Là encore, un attaquant est capable, à l’aide d'un mot de passe faible ou réutilisé sur ce type de portail, d’ouvrir l'accès à des dizaines de dossiers clients en une seule intrusion. Selon le baromètre du CESIN, 55 % des entreprises françaises visées par une cyberattaque en 2025 l’ont été par hameçonnage, par spear phishing ou par smishing.
Vous êtes encore peu de comptables et experts-comptables à protéger vos données
Toujours selon ce baromètre, 40 % des entreprises françaises ont subi une cyberattaque significative en 2025, contre 65 % en 2019. Les incidents sont cependant moins nombreux mais plus graves, et 81 % des organisations touchées par une attaque significative en 2025 ont subi un impact direct sur leur activité et un tiers des entreprises attribuent plus de la moitié de leurs incidents à un prestataire ou à un fournisseur. Vous êtes aussi concernés lorsque vous déléguez l’hébergement de vos logiciels à un prestataire externe.
Mais il y a un autre risque à ne pas se protéger assez, c’est mal se protéger. Les assureurs durcissent en conséquence leurs clauses et conditions avant d’accepter un contrat cyber. Ils réclament désormais l’authentification à plusieurs facteurs, des sauvegardes déconnectées du réseau, un outil de détection avancé et des campagnes de sensibilisation à l’hameçonnage, quand ils ne refusent pas purement et simplement les cabinets jugés trop peu préparés.
La CNIL a enregistré, en 2025, 6 167 violations de données personnelles, en hausse de 9,5 % par rapport à 2024. La moitié de ces violations résultait d’un piratage, et la CNIL a prononcé cette année-là 83 sanctions pour un montant cumulé de 487 millions d’euros, tous secteurs confondus.
Si votre cabinet est un jour touché par une fuite de données personnelles, vous devrez notifier la CNIL dans les 72 heures suivant la découverte de l’incident, sous peine d’une amende pouvant atteindre 20 000 euros par violation en procédure simplifiée. Depuis avril 2023, vous devez également déposer plainte dans les 72 heures suivant la découverte d'une cyberattaque, en application de la loi Lopmi.
Réduisez ces risques en vous protégeant efficacement et complètement
Vérifiez systématiquement, par un appel téléphonique au numéro habituel de votre contact, toute demande de changement de coordonnées bancaires émanant d’un client ou d'un fournisseur, même si le message reprend votre mise en forme habituelle. Formez vos collaborateurs à reconnaître les tentatives d’hameçonnage, ainsi que des techniques comme ClickFix. Avec cette méthode, les attaquants imitent un message d’erreur système pour faire exécuter un code malveillant. Organisez, au besoin, des campagnes de simulation régulières.
Activez l’authentification à plusieurs facteurs sur votre messagerie professionnelle, votre portail comptable et vos consoles d’administration. Limitez les accès à votre logiciel de comptabilité selon les besoins réels de chaque collaborateur, plutôt que d’accorder des droits d’administration par défaut. Adoptez un gestionnaire de mots de passe pour vos équipes, avec un mot de passe unique et complexe pour chaque service utilisé.
Respectez la règle dite du 3-2-1 pour vos sauvegardes. Conservez trois copies de vos données, sur deux supports différents, dont une copie hors ligne. Installez sans délai les mises à jour de sécurité de vos logiciels et de vos postes de travail, y compris ceux utilisés par vos prestataires externes. Équipez les postes de votre cabinet d'un outil de détection et de réponse aux menaces, et envisagez une surveillance continue si les moyens de votre cabinet le justifient.
Échangez les documents les plus sensibles par un espace de dépôt sécurisé plutôt que par une pièce jointe classique. Rédigez à l’avance un plan de réponse à incident, pour savoir qui prévenir et dans quel ordre en cas d’attaque avérée, votre assureur et vos clients les plus exposés compris. Rapprochez-vous du dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr, que votre ordre professionnel a rejoint, pour obtenir un diagnostic ou une liste de prestataires qualifiés. Étudiez une cyberassurance adaptée à la taille de votre cabinet. Les assureurs conditionnent de plus en plus leurs garanties aux mesures de sécurité que vous aurez mises en place. Déposez plainte dans les 72 heures si votre cabinet est touché, et prévenez sans attendre les clients dont les données pourraient avoir été exposées.