Bruxelles lance sa plateforme européenne de conception de puces, dotée de 525 millions d’euros. Les start-up avancées pourront décrocher jusqu’à 16 millions d’euros de subventions, alors que l’Europe pèse moins de 1 % du marché mondial du design.

© Steerlight
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Le chiffre résume l’ampleur du retard : selon la Commission européenne, les entreprises européennes de conception de puces réalisent moins de 1 % du chiffre d’affaires mondial du secteur. La nouvelle « European Chip Design Platform » vise à combler ce fossé, au moment où l’IA tire la demande de semi-conducteurs. La conception de puces est le maillon que l’Europe a le plus négligé, et c’est aussi celui qui conditionne le reste de la chaîne.

Une enveloppe de 525 millions d’euros, dont 440 millions de subventions

C’est Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée de la souveraineté technologique, qui a annoncé le montant au lancement de la plateforme, rapporte Heise. La Commission et les États membres apportent 440 millions d’euros d’argent public sous forme de subventions. S’y ajoutent 85 millions d'euros pour l’infrastructure cloud de la plateforme, les services d’accompagnement et le développement d’outils de conception open source.

Concrètement, les entreprises auront accès à des outils de conception, à des services de support, à des blocs de propriété intellectuelle (IP) et à des capacités de fabrication. Start-up et entreprises pourront y déposer des demandes de financement. Les plus avancées toucheront jusqu’à 16 millions d’euros pour absorber les coûts très élevés du développement d’une puce.

Sans designers européens, les usines n’ont pas de clients

La logique de Bruxelles est celle de la demande. Virkkunen affirme que stimuler un écosystème de conception dynamique fera mécaniquement monter les besoins en capacités de production. La Commission est plus directe : de nouvelles usines en Europe ne sont durables que s’il existe une demande, et celle-ci doit largement venir de concepteurs européens.

La plateforme est l’un des piliers du Chips Act adopté en 2023. © Errin
La plateforme est l’un des piliers du Chips Act adopté en 2023. © Errin

Autrement dit, subventionner des fabs sans clients locaux revient à construire des autoroutes sans voitures… La plateforme est l’un des piliers du Chips Act adopté en 2023, censé renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et accroître la part de l’UE dans la production mondiale. Reste que la promesse est d’abord celle de l’institution : aucun calendrier de résultats n’accompagne l’annonce.

Un Chips Act 2.0 déjà en préparation

Cette plateforme s’inscrit dans une séquence plus large. Début juin, l’UE a présenté son paquet sur la souveraineté technologique, qui comprend un « Chips Act 2.0 » destiné à soutenir la demande de puces et la production de puces avancées sur le continent. À la mi-juillet, la Commission a par ailleurs validé les aides allemandes à quatre installations de semi-conducteurs, pour 659 millions d’euros au total.

Le contraste est parlant : l’argent a d’abord été investi dans les usines, avant d'arriver seulement maintenant vers les bureaux d’études. Avec 16 millions d’euros maximum par start-up, la facture d’une puce avancée ne sera pas couverte seule, mais l’aide donne au moins un point d’entrée. Reste à voir si l’Europe saura transformer ces subventions en champions, et pas seulement en dossiers bien remplis.