Trois semaines après la France, un nouveau piratage de frigos de supermarchés touche la Belgique, le Luxembourg et la Suède. Carrefour, Delhaize ou ICA signalent des incidents sur leurs installations frigorifiques, avec des tonnes de nourriture gâchée à la clé.

Des vitrines réfrigérées vidées de leurs produits, une scène devenue familière dans les supermarchés visés par les cyberattaques contre les installations frigorifiques. © Alexandre Boero / Clubic
Des vitrines réfrigérées vidées de leurs produits, une scène devenue familière dans les supermarchés visés par les cyberattaques contre les installations frigorifiques. © Alexandre Boero / Clubic

Une nouvelle cyberattaque a visé les frigos de supermarchés en Europe dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 novembre. En Belgique, au Luxembourg et en Suède, Carrefour, Delhaize, Intermarché, ICA ou encore Coop ont constaté une remontée des températures ou des incidents sur leurs installations frigorifiques. L'attaque rappelle évidemment celle qui avait frappé des centaines de magasins français le 12 octobre, et elle a encore une fois conduit à jeter des tonnes de denrées, rapporte Le Figaro.

Trois semaines après la France, les frigos des supermarchés européens se mettent à chauffer

C'est en Belgique que les enseignes sont les plus nombreuses à se manifester. Carrefour a confirmé une cyberattaque, similaire à celle subie par de nombreux magasins en France, qui a fait remonter les températures dans une quinzaine de ses quelque 700 magasins, a précisé son porte-parole Mich Vergauwen à l'AFP. Delhaize (quelques dizaines de points de vente), Intermarché (une quinzaine) et Colruyt (cinq) signalent aussi des incidents survenus la même nuit, sans prononcer, pour l'heure, le mot « cyberattaque ».

En Suède, ICA et Coop font état d'incidents similaires. Dans un magasin, frigos et congélateurs avaient été programmés à 50 °C, la consigne exacte relevée en France. « Quand nous avons ouvert les congélateurs, il faisait vraiment chaud », a confié un gérant à la télévision publique SVT. À son arrivée, son frigo affichait 38 °C. ICA confirme un incident nocturne sur ses systèmes de réfrigération et de congélation, limité selon elle à un nombre restreint de magasins.

Au Luxembourg comme en Belgique, Ahold Delhaize évoque un simple « incident informatique » qui touche les frigos de plusieurs supermarchés. Sur le terrain, il n'y a souvent pas d'autre choix que de sortir les sacs-poubelle. La télévision locale suédoise a par exemple montré des magasins se débarrasser de dizaines de sacs de denrées devenues invendables.

Intermarché fait partie des enseignes visées par la cyberattaque des frigos, en France en octobre puis en Belgique ce lundi. © Alexandre Boero / Clubic
Intermarché fait partie des enseignes visées par la cyberattaque des frigos, en France en octobre puis en Belgique ce lundi. © Alexandre Boero / Clubic

L'ombre du précédent français

En France, on a déjà vu ces scènes, hélas un peu trop récemment. Souvenez-vous, dans la nuit du 11 au 12 octobre, quelque 300 Intermarché et Netto, une centaine de magasins U et plusieurs Leclerc, selon BFMTV, avaient vu leurs frigos détournés. Le cycle de dégivrage, normalement d'environ deux heures par jour, avait été transformé en dégivrage continu à 50 °C. Des départs de feu avaient même été signalés. À Wasselonne (Bas-Rhin), la perte d'un seul Leclerc était estimée à 220 000 euros, et la facture totale se compte en millions.

Mais une question évidente peut vous venir à l'esprit : pourquoi un frigo de supermarché est-il relié au réseau ? En fait, il s'agit d'assurer le suivi horodaté des températures et les alarmes qu'exige la réglementation européenne, et aussi permettre une maintenance à distance. Dans les magasins français touchés, ce rôle revenait à des contrôleurs du danois Danfoss. Selon le fabricant, certains étaient obsolètes et d'autres pas à jour, et il a renvoyé la responsabilité aux frigoristes. Vincent Strubel, directeur de l'ANSSI, avait de son côté évoqué des « défauts de sécurisation élémentaire ».

Les magasins belges, luxembourgeois et suédois utilisent-ils le même matériel ? Rien ne permet de l'affirmer à ce stade. Dès le 13 octobre, Sud Radio estimait pourtant la Belgique particulièrement exposée, la majorité de ses chaînes du froid dépendant d'un seul et même fournisseur. En France, l'enquête du parquet de Paris a été confiée à l'Office anticybercriminalité, et aucune revendication n'avait été rapportée.