L’ancien animateur de NPR David Greene accuse Google d’avoir copié sa voix pour l’un des deux hôtes virtuels de NotebookLM. La justice californienne a rejeté chacune des objections de l’entreprise, et le procès peut donc avancer, sans que le tribunal ait encore dit si la voix vient bien de lui.

Tout a commencé par l'e-mail d’un ancien collègue de David Greene, qui lui demandait s’il avait prêté sa voix à Google - ©DCStockPhotography / Shutterstock
Tout a commencé par l'e-mail d’un ancien collègue de David Greene, qui lui demandait s’il avait prêté sa voix à Google - ©DCStockPhotography / Shutterstock

AI killed the radio star. NPR, pour National Public Radio, est la radio publique américaine. Ses journaux et magazines sont diffusés par plus d’un millier de stations locales à travers les États-Unis, dont Morning Edition, sa matinale d’information. David Greene a présenté cette émission pendant près de dix ans, puis le podcast quotidien Up First, après quatre années passées à suivre la Maison-Blanche pour la radio publique. Il anime aujourd’hui Left, Right & Center et d’autres podcasts. En janvier, il a porté plainte contre Google en Californie, convaincu que l’hôte masculin des résumés audio de NotebookLM parle avec une voix fabriquée à partir de ses enregistrements.

Les quatre griefs de David Greene maintenus par la justice

Après le dépôt de la plainte, le 23 janvier, devant la cour supérieure du comté de Santa Clara, Google a obtenu son transfert vers un tribunal fédéral. Un magistrat du district nord de la Californie a renvoyé l’affaire devant la justice de l’État le 23 juillet. David Greene invoque quatre fondements, dont le droit d’exploiter son nom, son image et sa voix prévu par l’article 3344 du Code civil californien, la concurrence déloyale et l’enrichissement sans cause. Il réclame des dommages et intérêts, la restitution des bénéfices tirés de sa voix et l’arrêt de son utilisation.

Google a tenté de faire écarter ces griefs avant tout examen sur le fond. Dans une ordonnance du 23 octobre, Shella Deen, magistrate de la cour supérieure du comté de Santa Clara, a rejeté sa demande sur chacun d’eux. D’après Google, le public connaissait le travail du journaliste, et non sa voix. La magistrate a écarté cet argument dans le cas d’un homme de radio. « Un animateur radio touche son public par sa voix », écrit-elle, avant de conclure qu’il est raisonnable de supposer cette voix largement connue.

Shella Deen a aussi refusé d’appliquer la loi fédérale sur le droit d’auteur, que Google opposait à la plainte. Une voix ne peut pas être protégée par le droit d’auteur, rappelle-t-elle, et David Greene conteste ce que produit NotebookLM, non les données utilisées pour entraîner l’outil. À ce stade de la procédure, le tribunal tient pour vrais les faits avancés par le plaignant, sans se prononcer sur leur véracité.

Pour Google, la voix de NotebookLM appartient à un comédien rémunéré

Depuis septembre 2024, les utilisateurs de NotebookLM peuvent transformer leurs documents en conversation façon podcast entre deux voix de synthèse, l’une masculine, l’autre féminine. Selon la plainte, Google commercialise l’outil par des abonnements, dont la formule Google One AI Premium à 19,99 dollars par mois, et s’est servi de cette voix masculine lors d’un partenariat avec Spotify en décembre 2024. Tout a commencé par l'e-mail d’un ancien collègue de David Greene, qui lui demandait s’il avait prêté sa voix à Google. Des auditeurs lui ont ensuite écrit que l’hôte virtuel avait exactement sa voix, et un cabinet d’expertise en reconnaissance vocale a trouvé un taux de correspondance compris entre 53 et 60 %.

Pour Google, ces accusations sont sans fondement. En février, son porte-parole José Castañeda a expliqué au Washington Post que l’entreprise avait engagé et rémunéré un comédien professionnel pour enregistrer la voix masculine de NotebookLM. Shella Deen voit dans l’origine de la voix une question de fait, à examiner lors du procès. Google a-t-il fabriqué son hôte virtuel à partir des enregistrements du journaliste, ou à partir d’une autre personne dont la voix ressemble à la sienne ? La magistrate reconnaît aussi appliquer à l’IA générative une loi californienne écrite bien avant son apparition.

Aux États-Unis, aucune loi fédérale ne protège encore la voix d’une personne contre sa copie numérique. Au Congrès, la proposition de loi NO FAKES Act, qui créerait un droit fédéral sur les copies numériques d’une voix, est bloquée depuis octobre, et aucun vote n’est attendu avant la reprise de la session, après les élections de mi-mandat. En France, les comédiens de doublage passent directement par les tribunaux pour défendre leur voix. On vous avait d’ailleurs déjà parlé de Richard Darbois et d’autres doubleurs français, qui ont assigné en justice deux plateformes de clonage vocal.