Huit ans après, le scandale Cambridge Analytica colle encore à la peau de Meta. L’entreprise se voit infliger l’une des amendes les plus lourdes de l’histoire des États-Unis.

Meta doit verser une somme colossale. ©Bangla press / Shutterstock
Meta doit verser une somme colossale. ©Bangla press / Shutterstock

Ce mercredi 21 octobre, un juge de l’État du Nouveau-Mexique a condamné le géant des réseaux sociaux à verser 25 milliards de dollars. Une décision choc qui conclut une enquête lancée en 2021, à la suite de l’un des plus importants scandales de l’histoire numérique. La société de Mark Zuckerberg est accusée d’avoir délibérément trompé les utilisateurs de Facebook sur la protection de leurs données personnelles. 

Une affaire qui colle à la peau de Meta

« L’ampleur du préjudice causé dans cette affaire est difficile à surestimer et touche au cœur même du modèle économique de Facebook », estimé le juge. Le « nombre extraordinaire de violations délibérées », qui se sont répétées pendant des années, « justifie l’application de la sanction la plus sévère », a-t-il poursuivi.

Souvenez-vous : en 2018, plusieurs médias ont révélé que la société britannique Cambridge Analytica a mis la main sur les données personnelles de jusqu’à 87 millions d’utilisateurs de Facebook via une application tierce. Elle s’en est ensuite servi pour établir le profil d’électeurs américains, c’est-à-dire cerner leurs goûts et leurs opinions afin de leur adresser des messages sur mesure. L’équipe de campagne de Donald Trump en 2016 a exploité ces informations pour cibler les électeurs.

De quoi susciter une véritable onde de choc. Facebook est alors accusée d’avoir laissé des tiers piocher dans les informations de ses utilisateurs, forçant Mark Zuckerberg à s’expliquer devant le Congrès américain. En 2019, la Federal Trade Commission, le gendarme américain de la consommation, inflige au groupe une amende de 5 milliards de dollars. Cambridge Analytica, elle, a depuis disparu.

Meta a tout fait pour tourner la page. En 2021, l’entreprise a abandonné le nom de Facebook en partie pour laisser derrière elle une réputation bien entachée. Et cette année, au mois d’août, elle a établi un accord à l’amiable avec la grande majorité des États américains ; celui-ci inclut aussi leurs plaintes liées à Cambridge Analytica. Mais le Nouveau-Mexique a refusé de transiger, et est allé jusqu’au procès. Il faut dire que l’État est devenu un redoutable adversaire de Meta. Il lui a déjà arraché 942 millions de dollars cette année, dans deux affaires liées à la sécurité des mineurs.

Déclarations trompeuses

Au fil des années, les dirigeants de Meta ont multiplié les déclarations publiques sur la confidentialité des données, mais aussi sur la lutte contre la haine et la désinformation. Sur 29 déclarations publiques de l’entreprise et de ses dirigeants, le jury a estimé que 26 étaient trompeuses. Le juge a d’ailleurs cité l’un des e-mails de Zuckerberg pour affirmer que Facebook savait que ses utilisateurs ne comprenaient pas ses paramètres de confidentialité, et en a profité.

Multipliées par le nombre de personnes touchées, elles représentent plus de 43 millions d’infractions à la loi sur la protection des consommateurs. Le tarif maximal a été appliqué à chacune d’entre elles, soit 5 000 dollars par infraction. Si le total dépassait les 219 milliards de dollars, le juge s’est finalement arrêté sur la somme de 25 milliards de dollars pour sanctionner un « schéma systématique de tromperie ».

Un verdict fermement contesté par Meta. Son directeur juridique, C.J. Mahoney, y voit une manière d’imposer « une taxe sur la parole » et promet de se battre : « Nous sommes confiants dans le fait de l’emporter en appel ». Pour rappel, le groupe, valorisé à environ 1 800 milliards de dollars, a dégagé 52,5 milliards de bénéfices sur les neuf premiers mois de l’année.

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