Les États-Unis vont relancer trois centrales nucléaires fermées, dont une déjà en cours de démantèlement. Un pari inédit, dicté par l’appétit insatiable de l’intelligence artificielle (IA) pour l’électricité.

Les géants de l'IA se ruent sur l'énergie nucléaire. ©Walt Bilous / Shutterstock
Les géants de l'IA se ruent sur l'énergie nucléaire. ©Walt Bilous / Shutterstock

Car les data centers qui font tourner l’IA ne peuvent pas s’arrêter. Ils ont besoin de courant jour et nuit. Le nucléaire répond parfaitement à cette problématique, puisqu’il produit en continu, contrairement au solaire ou à l’éolien. Mais construire un nouveau réacteur peut prendre une dizaine d’années, alors que le temps presse pour les géants de la tech. Ils se ruent alors vers des dispositifs déjà existants.

Trois réacteurs, 2,25 GW à remettre sur le réseau

Ensemble, ils doivent redonner 2,25 GW au réseau, de quoi alimenter environ 2 millions de foyers et d’entreprises. Tous ont été arrêtés avant la fin de leur licence, car leur électricité coûtait alors trop cher.

Le projet le plus avancé est celui de Palisades, dans le Michigan. En service de 1971 à 2022, le site avait été racheté par l’entreprise Holtec qui avait commencé à le démonter. C’est du jamais-vu : aucun réacteur commercial n’est connu pour avoir redémarré après le début de son démantèlement. Et le chargement du combustible a démarré en août pour une remise en service prévue en mars 2027.

Deux autres réacteurs vont suivre. En Pennsylvanie, c’est l’unité 1 de Three Mile Island, rebaptisée Crane, qui s’apprête à renaître après un arrêt en 2019, faute de rentabilité. Elle doit fournir 835 MW à Microsoft dès 2027, à condition d’obtenir le feu vert de l’autorité de sûreté américaine. Car cette centrale a un lourd passif : son unité 2 a été détruite lors d'un accident en 1979.

Puis dans l’Iowa, le réacteur de Duane Arnold est attendu en 2029. Fermé en 2020 après des dégâts causés par une tempête, il devrait alimenter Google avec 615 MW.

Ce n’est que le début

Il ne s’agit que du début. Google vient en effet de signer un contrat avec le fournisseur Constellation pour moderniser 11 réacteurs avec plus de 4,3 milliards de dollars d’investissements à la clé. Même son de cloche chez Amazon, qui multiplie les accords clés pour alimenter ses data centers AWS avec de l’énergie nucléaire.

Les efforts de Meta sont, eux aussi, notables. En janvier, la firme a dévoilé des accords censés soutenir jusqu’à 6,6 GW d’ici à 2035, soit l’équivalent de la consommation d’environ 5 millions de foyers. Premier volet : la firme Vistra lui vendra pendant 20 ans toute la production de deux centrales de l’Ohio, Perry et Davis-Besse, soit plus de 2,1 GW. Meta financera aussi l’augmentation de puissance de ces deux sites et de celui de Beaver Valley, en Pennsylvanie, pour 433 MW de plus dès le début des années 2030. Selon le groupe, ce sont les plus importantes améliorations de ce type financées par un client privé aux États-Unis.

Il soutient TerraPower, la société fondée par Bill Gates, qui développe des réacteurs d’un nouveau genre : les Natrium, refroidis au sodium, de 345 MW chacun, et s’est associé à Oklo pour créer un complexe de réacteurs avancés dans l’Ohio. Cette électricité doit nourrir ses data centers, dont Prometheus, un site d’1 GW en construction dans le même État.

D’autres initiatives vont très certainement voir le jour, tant l’appétit de ces géants pour l’IA est insatiable. Leurs dépenses exorbitantes pour la développer le prouvent.

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Pourquoi les data centers d’IA recherchent-ils une énergie « pilotable » 24/7 plutôt que du solaire ou de l’éolien ?

Une énergie pilotable est une production électrique qu’on peut maintenir et ajuster à la demande, y compris la nuit et lors des pics de charge. Les infrastructures d’IA (serveurs, stockage, réseaux) tournent en continu et tolèrent mal les coupures ou les fortes variations, car l’arrêt/redémarrage a un coût technique et opérationnel. Le solaire et l’éolien sont dits intermittents : leur production dépend de la météo et du cycle jour/nuit, ce qui impose des solutions d’équilibrage (batteries, hydraulique, gaz, importations). Le nucléaire fournit généralement une production stable sur de longues périodes, ce qui colle bien à un besoin « base-load » des grands data centers.

Que signifie redémarrer un réacteur nucléaire après une fermeture, et pourquoi est-ce plus complexe qu’une simple remise en route ?

Redémarrer un réacteur implique de repasser une chaîne complète d’étapes techniques et réglementaires : inspections, remise à niveau des systèmes de sûreté, qualification d’équipements, puis rechargement en combustible et essais avant couplage au réseau. Après une longue mise à l’arrêt, certains matériels peuvent avoir vieilli ou avoir été modifiés, ce qui impose des contrôles et parfois des remplacements lourds. Si le démantèlement a déjà commencé, la difficulté augmente : des équipements peuvent avoir été retirés, des circuits déconnectés, et la configuration du site peut ne plus correspondre à l’état requis pour l’exploitation. Dans tous les cas, l’autorité de sûreté doit valider que le réacteur respecte les exigences actuelles, pas seulement celles en vigueur lors de sa fermeture.