Le Japon vient de lancer MMX, une mission inédite pour ramener sur Terre des morceaux de Phobos, l’une des deux lunes de Mars. À son bord, le petit rover franco-allemand, IDEFIX, jouera un rôle crucial.

Mars n’est pas seule : notre voisine est accompagnée de deux petites lunes, Phobos et Deimos. Découvertes en 1877 par l’astronome américain Asaph Hall, elles ressemblent à deux gros cailloux difformes, souvent comparés à des pommes de terre.
Phobos, la plus grande, mesure environ 22 kilomètres de large. Et elle se rapproche inexorablement de Mars et finira, dans 50 millions d’années, par s’écraser sur la planète ou se disloquer en anneau. Deimos, elle, atteint 15 kilomètres seulement. Leur origine reste, à ce jour, un mystère : sont-elles les débris d’un impact géant sur Mars, ou des astéroïdes capturés par sa gravité ?
IDEFIX, un éclaireur sur Phobos
C’est justement la question à laquelle va tenter de répondre la mission MMX de la JAXA, l’agence spatiale japonaise. Elle a décollé ce 19 octobre à bord d’une fusée H3, depuis le centre spatial de Tanegashima, dans le sud-ouest de l’archipel.
La sonde va voyager environ dix mois dans l’espace pour rejoindre la planète rouge, où elle doit arriver en août 2027. Elle se placera ensuite autour de Phobos et y restera près de trois ans. C’est à ce moment-là qu’IDEFIX entrera en scène. Ce petit rover a été conçu par l’agence spatiale allemande (DLR) et le CNES. De la taille d’une caisse de boissons, il pèse 25 kilos sur Terre. Mais sur Phobos, où la gravité est infime, il ne fera plus que 15 grammes.
Largué fin 2028 ou début 2029, il tombera de 40 à 100 mètres, rebondira tout doucement, puis se redressera tout seul. Pendant 100 jours, il parcourra le sol pour repérer les deux sites où la sonde pourra se poser. Un éclaireur, en somme.

Comprendre l’origine de Phobos
Une fois que les sites seront choisis par IDEFIX, MMX viendra se poser à deux reprises sur Phobos, sur la face tournée vers Mars, puis sur celle qui y est opposée. Deux outils lui permettront de prélever de la matière : un carottier pour creuser sous la surface, puis un échantillonneur pneumatique, qui va soulever la poussière grâce à un jet de gaz. L’objectif est de récupérer plus de 10 grammes de roche.
La sonde embarque également l’instrument MEGANE de la NASA, un spectromètre à rayons gamma et neutrons qui doit repérer la présence d’éléments légers comme l’hydrogène. Ce point est crucial, et doit nous éclairer sur les origines de Phobos. En effet, ces éléments s’évaporent facilement quand la température monte.
Si la lune est née d’un impact géant, les débris projetés dans l’espace auraient été portés à très haute température, ils auraient donc presque tous disparu. À l’inverse, un astéroïde venu des confins du Système solaire en contiendrait beaucoup plus. Cette mesure devrait donc nous éclairer sur les origines de la lune
Une première mondiale
Le retour de MMX vers la Terre est prévu en novembre 2030, et la capsule doit atterrir en Australie en 2031. Ce sera une première : jamais un échantillon d’une lune martienne n’aura été ramené. Il pourrait même contenir des fragments de Mars, projetés dans l’espace puis tombés sur Phobos. De quoi mieux comprendre l’histoire de la planète rouge et, peut-être, l’origine de son eau.
Une course effrénée : la mission Tianwen-3 de la Chine, prévue pour 2028, doit rapporter des roches directement depuis la surface de Mars en 2031.