Un ingénieur d’OpenAI a été arrêté aux États-Unis, soupçonné d’avoir caché un enregistreur audio dans une salle de réunion de sa direction, à San Francisco. L’entreprise affirme que ses propres modèles d’IA ont aidé à l’identifier.

Chez OpenAI, un ingénieur est soupçonné d’avoir posé un micro espion dans la salle de réunion de la direction. © s880 / Shutterstock
Chez OpenAI, un ingénieur est soupçonné d’avoir posé un micro espion dans la salle de réunion de la direction. © s880 / Shutterstock

L'histoire sur laquelle OpenAI a dû s'exprimer mardi 13 octobre a des airs de roman d'espionnage, mais version Silicon Valley. Un ingénieur d'OpenAI, de nationalité saoudienne, a en effet été arrêté pour avoir, selon la justice américaine, dissimulé pendant plusieurs jours un enregistreur audio branché sur un port USB dans une salle de réunion fréquentée par la direction de la firme qui propulse ChatGPT, à San Francisco. L'appareil, emmailloté dans du papier toilette et branché derrière une télévision, a été découvert fin septembre par des salariés. Selon la plainte des procureurs fédéraux, le dossier contre cet ingénieur, depuis licencié, repose notamment sur des images de vidéosurveillance, un second enregistreur retrouvé dans un sac contenant ses papiers et des requêtes adressées à un robot conversationnel.

OpenAI découvre un enregistreur caché dans la salle de ses dirigeants

L'histoire commence le 30 septembre, lorsque des employés d'OpenAI repèrent le mouchard, branché sur un port USB derrière la télévision. D'après l'entreprise, il avait été installé quelques jours plus tôt, peut-être autour du 28 septembre, et son contenu était chiffré. Les procureurs fédéraux du district nord de Californie expliquent que la salle dans laquelle le dispositif a été repéré accueillait régulièrement des discussions sur des recherches confidentielles, les futurs produits, la stratégie, les partenariats commerciaux et les relations avec les pouvoirs publics.

Les caméras de surveillance ont ensuite beaucoup compté. Car avant la découverte, elles montrent l'ingénieur à plusieurs reprises aux abords de la pièce, alors qu'il n'avait ni l'autorisation d'y entrer ni celle d'assister aux réunions qui s'y tenaient. Le 5 octobre, cinq jours après la découverte, il y pénètre et semble regarder derrière la télévision. Le même jour, la sécurité trouve un sac laissé sans surveillance, avec son portefeuille, ses papiers d'identité… et un second enregistreur du même type.

Le mouchard découvert le 30 septembre : dissimulé dans du papier toilette sur un port de la télévision (à gauche), il se résume à un petit module électronique équipé d’une antenne 2,4 GHz (à droite). © U.S. v. Abdulrahman Alfozan, 3:26-mj-71329
Le mouchard découvert le 30 septembre : dissimulé dans du papier toilette sur un port de la télévision (à gauche), il se résume à un petit module électronique équipé d’une antenne 2,4 GHz (à droite). © U.S. v. Abdulrahman Alfozan, 3:26-mj-71329

La piste numérique est celle qui nous apporte le plus d'informations. Les enquêteurs se sont penchés sur des recherches effectuées dans un outil de productivité au sujet des adresses des bâtiments, des salles de réunion, des agendas et des lieux de rendez-vous des dirigeants comme des partenaires extérieurs. Surtout, un compte de chatbot associé à son épouse, mais partageant des identifiants avec le sien, aurait demandé comment fabriquer et dissimuler un enregistreur audio fonctionnant en continu, lui ajouter le Wi-Fi, l'écouter à distance et chiffrer sa carte mémoire. Les 27 et 28 septembre, certaines questions citaient même l'identifiant réseau unique de l'appareil retrouvé.

Image versée au dossier : le 5 octobre, cinq jours après la découverte du mouchard, l’ingénieur jette un œil derrière la télévision où l’appareil avait été branché, d’après les procureurs. © U.S. v. Abdulrahman Alfozan, 3:26-mj-71329

OpenAI tente de reprendre son avantage, en affirmant que c’est son IA qui l’aide à trouver le suspect

En cause, donc, il y a cet homme, Abdulrahman Alfozan, âgé de 35 ans et ressortissant saoudien, qui a été interpellé le vendredi 9 octobre, avant de comparaître pour la première fois devant un tribunal fédéral le mardi 13. Il reste en détention. On sait qu'il est arrivé chez OpenAI en juillet 2025, et son profil LinkedIn fait apparaître la mention de responsable d'ingénierie. Le même profil mentionne d'ailleurs des expériences chez Meta et Nash. Aujourd'hui, il est poursuivi pour usage ou tentative d'usage d'un dispositif d'interception de communications orales, il risque jusqu'à cinq ans de prison, 250 000 dollars d'amende et trois ans de liberté surveillée.

De son côté, OpenAI a sans surprise licencié l'employé et transmis le dossier au FBI, en saluant la rapidité des agents et des procureurs. L'entreprise affirme surtout avoir utilisé ses propres modèles pour analyser ce dispositif, qu'elle qualifie de sophistiqué, et identifier l'employé qui l'avait installé quelques jours plus tôt. À tort ou à raison, l'incident devient ainsi une vitrine pour OpenAI, qui le présente comme un exemple de la manière dont l'intelligence artificielle peut aider à contrer ce type de menaces.

Évidemment, du côté d'OpenAI, on s'inquiète de ce que le micro a pu capter, et où ces enregistrements ont pu aller. La firme californienne indique seulement n'avoir aucun signe d'accès inapproprié ou d'exfiltration des poids de ses modèles, de son code source ou des données clients. L'entreprise essaie aussi d'élever le débat en présentant la protection de sa technologie comme une question d'importance nationale face à des menaces allant des risques internes aux cybercriminels et aux États-nations. Elle n'accuse personne pour autant. Le mobile n'a pas été rendu public, l'enquête du FBI se poursuit et l'ingénieur reste, à ce stade, présumé innocent.