Au deuxième trimestre 2026, il y a eu moins de nouveaux locaux raccordables à la fibre qu’à aucun autre moment depuis 2014. Pour l’association de collectivités Avicca, une partie des habitants des grandes villes devront patienter au moins quatre ans avant d’avoir accès à la fibre, et ceux de certaines zones moins denses jusqu’au printemps 2028.

À ce rythme d'à peine 8 000 locaux par mois, l'Avicca estime qu'il faudra au moins quatre ans pour achever la couverture des grandes villes - ©Michael Derrer Fuchs / Shutterstock
À ce rythme d'à peine 8 000 locaux par mois, l'Avicca estime qu'il faudra au moins quatre ans pour achever la couverture des grandes villes - ©Michael Derrer Fuchs / Shutterstock

En juin, l’Avicca avait tiré la sonnette d’alarme sur un premier trimestre à 346 494 nouveaux locaux raccordables. Entre avril et juin, il n’y en a eu que 273 000, contre 521 000 un an plus tôt. « C’est une douche froide ! », a réagi l’association le 16 septembre, dans son analyse des chiffres trimestriels de l'Arcep. Au 30 juin, 43,1 millions de logements et de locaux professionnels étaient raccordables, soit 95,3 % du parc, et il en manquait encore 2,1 millions, d’après le bilan publié par le régulateur le 10 septembre. Les collectivités assurent l’essentiel des nouveaux raccordements dans les campagnes, alors que les opérateurs privés ont nettement levé le pied dans les grandes villes et dans les zones dont ils ont la charge.

Au moins quatre ans de travaux en vue dans les grandes villes

Dans les zones très denses, où l’Arcep a regroupé les grandes métropoles et leurs communes les plus peuplées, chaque opérateur a le droit de tirer sa fibre jusqu’au pied des immeubles. Il y a eu 48 000 nouveaux locaux raccordables dans ces quartiers au deuxième trimestre, autant qu’un an plus tôt, mais Free avait construit la moitié de ces prises bien avant. Ses points de mutualisation, où chaque opérateur branche ses abonnés au réseau partagé, étaient dans un tel état que ses concurrents ne parvenaient plus à raccorder leurs clients. Fin 2025, l'Arcep a mis en demeure sa filiale Réseau Optique de France de remettre ces équipements en état, et a gelé en attendant 81 000 prises, soit plus d’une prise sur quatre de Free. L’opérateur a obtempéré et remet ces prises sur le marché depuis le début de l’année.

Sans elles, il n’y a eu que 25 000 locaux réellement nouveaux, dont 23 000 chez Orange et 2 000 chez SFR. À ce rythme d’à peine 8 000 locaux par mois, l’Avicca estime qu’il faudra au moins quatre ans pour achever la couverture des grandes villes. Aucune nouvelle commune n’a d’ailleurs été entièrement fibrée au deuxième trimestre.

Orange a prévu de fermer tout son réseau cuivre d’ici 2030 et a coupé fin janvier celui d’Ajaccio. Avec ses 76 000 habitants, Ajaccio est la première grande ville passée entièrement à la fibre. « Aucune réclamation n’est remontée à l’ARCEP, ni auprès des opérateurs », a indiqué Laure de La Raudière, présidente du régulateur. Orange doit aussi prévenir ses abonnés et maintenir l’ADSL pendant douze mois après la fin de sa commercialisation. Dans les grandes villes, plusieurs communes et métropoles comptent demander une nouvelle fois au gouvernement de ne pas fermer le cuivre tant que tous leurs locaux ne seront pas raccordables à la fibre, selon l’Avicca.

Il y a eu 48 000 nouveaux locaux raccordables dans ces quartiers au deuxième trimestre, autant qu'un an plus tôt, mais Free avait construit la moitié de ces prises bien avant - ©HJBC / Shutterstock

Hors des métropoles, les collectivités devancent les opérateurs privés

Dans les communes moyennes, Orange et SFR ont promis à l’État de déployer la fibre à leurs frais, dans le cadre de l’appel à manifestation d’intention d’investissement, ou AMII. Au 30 juin, les deux opérateurs n’avaient toujours pas commencé les travaux pour 28 % des adresses de ces zones. Pour l’Avicca, plus personne ne peut obliger Orange à rendre des comptes depuis que le gouvernement a renégocié ses engagements, et l’association regrette le silence de l'État sur le sujet.

Ailleurs, des départements ont confié le chantier à des opérateurs privés contre des engagements de délais, au travers d’appels à manifestation d’engagements locaux (AMEL). Ces opérateurs doivent encore raccorder environ 73 000 locaux, mais il n’y a eu qu’à peine plus de 10 000 nouveaux locaux raccordables par trimestre en moyenne sur les trois derniers trimestres. L’association, qui prévoyait la fin des travaux pour l’été 2026, la repousse donc au printemps 2028 et déplore que l’Arcep n’ait prononcé aucune sanction, alors que ces engagements sont sanctionnables.

Les départements et les régions ont lancé leurs réseaux d’initiative publique, ou RIP, dans les territoires ruraux où les opérateurs privés refusaient d’investir. Sur les 273 000 locaux du trimestre, 153 000 étaient situés sur ces réseaux publics, soit près des deux tiers des déploiements une fois retirées les prises de Free remises sur le marché. La Vendée et les Pyrénées-Atlantiques ont achevé leur réseau, si bien que 30 RIP sont couverts à plus de 99 %, et l’Orne et la Vienne ont rejoint les 67 RIP couverts à plus de 95 %. La Bretagne garde un rythme soutenu, avec 4 % de locaux raccordables en plus en un trimestre dans les Côtes-d’Armor et l’Ille-et-Vilaine, et 3,5 % dans le Finistère et le Morbihan.

Il reste moins d’un million de locaux à raccorder sur ces réseaux publics, et à ce rythme, l’Avicca ne prévoit pas la fin des chantiers avant fin 2027. « Une chose est sûre avec les collectivités : c’est que toutes les zones même les plus rurales seront desservies », conclut malgré tout l’association.