L'Agence spatiale européenne et Mistral ont signé une lettre d'intention pour explorer ensemble de nouveaux usages de l'intelligence artificielle dans l'ingénierie spatiale et l'observation de la Terre. Les deux parties veulent aussi encadrer le déploiement de ces technologies sur une infrastructure européenne.

Josef Aschbacher, directeur général de l'ESA, et Arthur Mensch, PDG de Mistral, ont signé cet accord qui prolonge une collaboration déjà en place entre les deux organisations. Soulignons qu'une lettre d'intention n'engage à rien de concret, mais elle pose un cadre de travail avant d'éventuels projets.
Trois chantiers pour faire entrer l'IA de Mistral dans l'ingénierie spatiale
L'accord couvre trois domaines. Le premier réunit l'observation de la Terre et l'ingénierie. Il s'agit de croiser les données recueillies par les satellites (climat, reliefs, activité humaine) avec les modèles de Mistral. Le deuxième vise à développer des capacités d'IA propres au secteur spatial. Le troisième porte sur la formation et le partage de compétences entre les équipes des deux organisations. Pour Josef Aschbacher, l'IA devient une capacité déterminante pour l'avenir du spatial, un domaine où l'ESA mène déjà des projets opérationnels et de recherche.
Dans les grandes lignes, l'IA doit surtout faciliter l'accès à des connaissances techniques, automatiser des tâches répétitives et appuyer des décisions d'ingénierie, sans se substituer aux humains qui les prennent. Ce travail s'appuie sur deux outils déjà en service. Orbit est un assistant IA sécurisé qui aide au quotidien les équipes d'ingénierie de l'ESA. EVE (Earth Virtual Expert), conçu par le Φ-lab de l'agence avec des partenaires européens, sert à interroger et interpréter les données d'observation de la Terre.
L'ESA et Mistral veulent aussi étudier comment déployer ces outils sur une infrastructure européenne, avec des garanties de sécurité, de résilience, de traçabilité et d'auditabilité, et une protection des données sensibles. Concrètement, la traçabilité permet de déterminer comment une IA est arrivée à un résultat, et l'auditabilité, de faire vérifier son fonctionnement par un tiers. Pour l'ESA, il s'agit surtout de garder la main sur l'infrastructure et les données, plutôt que de dépendre de fournisseurs extra-européens.
Arthur Mensch dit vouloir transformer les données de l'ESA en services utiles pour l'industrie spatiale, avec la technologie de Mistral, présentée par l'entreprise comme pouvant s'adapter à différents besoins. Mistral a multiplié ce genre d'accords ces derniers mois avec des acteurs français et européens. Nous rapportions fin mai un partenariat similaire avec Airbus, portant notamment sur l'aviation commerciale, la défense et l'espace. Avec l'ESA, la coopération reste pour l'instant au stade de l'exploration, aucun calendrier ni budget n'a été communiqué.