L’intelligence artificielle générative ne sert plus seulement à produire quelques vidéos expérimentales. En Chine, elle alimente désormais une véritable industrie de la fiction courte, avec des centaines de milliers de séries mises en ligne en quelques mois. Un mouvement que les autorités cherchent à la fois à développer et à encadrer.

La Chine donne un aperçu assez spectaculaire de ce que pourrait devenir une partie de la production audiovisuelle à l’ère de l’IA. Selon la National Radio and Television Administration (NRTA), environ 430 000 micro-séries ont été mises en ligne durant les huit premiers mois de 2026, soit treize fois plus que sur l’ensemble de l’année précédente. Plus de 90 % d’entre elles auraient été produites à l’aide de technologies d’intelligence artificielle.
Le chiffre recouvre cependant des usages très différents, depuis une assistance à certaines étapes de fabrication jusqu’à des productions presque entièrement générées. Ces « micro-dramas », principalement conçus pour le smartphone, toucheraient déjà plus de 800 millions de spectateurs en Chine. Leur marché domestique aurait dépassé les 100 milliards de yuans en 2025, soit près de 15 milliards de dollars.
Quand production, contrôle et diffusion avancent en même temps
L’IA intervient désormais dans la création des images et décors, l’animation, l’écriture, les voix ou encore le montage. Le phénomène commence même à sortir du format ultra-court.
Le 31 août, The Later Journey to the West, une série de 30 épisodes d’environ 40 minutes produite sans acteurs filmés, a ainsi été lancée sur Mango TV et dans la grille de Hunan Satellite TV. Elle adapte une suite de Journey to the West écrite à la fin de la dynastie Ming, avec une intrigue située environ mille ans après les évènements du roman original.
Plus intéressant encore, la production expérimente un fonctionnement où fabrication, examen réglementaire et diffusion se déroulent en parallèle. Les épisodes suivants peuvent ainsi continuer d’évoluer pendant que les premiers sont déjà diffusés, notamment en fonction des retours des autorités et du public.
Cette accélération ne règle toutefois pas la question économique. Si l’IA permet de réduire les coûts et les délais, la capacité des longues séries générées à devenir durablement rentables reste encore à démontrer. Un analyste cité par Yicai souligne justement que de bonnes audiences ne suffisent pas encore à valider le modèle économique de ces productions.
La Chine pousse l’IA, mais veut préserver les tournages réels
Cette explosion n’est pas simplement subie par les autorités chinoises. Le 15e plan quinquennal 2026-2030 classe pour la première fois les micro-dramas parmi les nouvelles activités culturelles à développer activement. Le régulateur souhaite également utiliser l’IA pour renforcer leur expansion internationale.
Selon la NRTA, les productions chinoises seraient désormais présentes dans plus de 200 pays et régions et représenteraient plus de 80 % du marché international des micro-dramas. Dans le même temps, Pékin ne veut pas voir disparaître les tournages traditionnels. Le 17 septembre, Wang Xiaoliang, responsable au sein de la NRTA, a affirmé que les séries avec de vrais acteurs devaient rester le socle des productions de qualité. Les autorités prévoient d’inciter les plateformes à leur consacrer des espaces spécifiques et d’apporter un soutien financier aux œuvres jugées de qualité.
L’encadrement des productions IA s’est également renforcé. Depuis le 1ᵉʳ septembre, un nouveau cadre de gestion des micro-dramas est entré en vigueur avec un système d’étiquetage unifié. Les plateformes doivent aussi vérifier les autorisations liées à l’utilisation des visages et des voix.
Ainsi, depuis le début de l’année, 68 000 micro-dramas ont été retirées et les plateformes ont été invitées à agir contre plus de 1 200 comptes. La stratégie chinoise apparaît ainsi assez nette : industrialiser une production audiovisuelle dopée à l’IA sans laisser disparaître les tournages avec acteurs.