Meta teste ses Community Notes dans 16 pays hispanophones d’Amérique latine, sans rendre les contributions visibles au public mais maintient son programme de vérification indépendante pendant cette phase. LatamChequea, réseau de 47 organisations de fact-checking, et le Conseil de surveillance de Meta demandent à l’entreprise de ne pas transformer ce test en remplacement du fact-checking professionnel.

Meta teste les Community Notes en Amérique latine, les fact-checkers craignent pour leur avenir - ©nikkimeel / Shutterstock
Meta teste les Community Notes en Amérique latine, les fact-checkers craignent pour leur avenir - ©nikkimeel / Shutterstock

Meta a lancé le 9 septembre un test de ses Community Notes dans 16 pays hispanophones d’Amérique latine, de l’Argentine au Venezuela, à l’exception du Brésil, pourtant premier marché de l’entreprise dans la région. Les internautes peuvent s’inscrire pour rédiger et noter des précisions sur des publications trompeuses, mais ces contributions ne sont pas visibles pour le public pendant cette phase. Meta a mis en place son programme de vérification indépendante en 2016, et celui-ci continue en parallèle dans la région.

Le test prend une tournure particulière pour les organisations qui vérifient aujourd’hui les contenus diffusés sur Facebook, Instagram et Threads dans ces pays. LatamChequea est un réseau de 47 organisations de vérification actives dans la région, et demande à Meta de ne pas transformer l’expérimentation en remplacement de la vérification professionnelle.

Meta teste ses Community Notes sans les publier

Pour devenir contributeur, un internaute doit avoir 18 ans révolus, un compte ouvert depuis plus de six mois sans infraction récente aux règles de la plateforme, et un numéro de téléphone vérifié ou une double authentification activée. Comme sur X.com ou TikTok, les contributeurs rédigent des notes de la communauté sur Facebook, Instagram et Threads, puis les évaluent entre eux. Meta a indiqué qu’elle publiera ces notes et engagera la transition de son programme de fact-checking tiers si les résultats du test la satisfont.

Aux États-Unis, Meta a lancé les Community Notes en mars 2025 et mis fin, trois semaines plus tard, à son programme de fact-checking dans le pays. En Amérique latine, la vérification indépendante est en revanche financée et active dans les 16 pays du test, aux côtés du nouveau dispositif.

Une note n’est publiée que si des contributeurs aux avis habituellement opposés la jugent utile l’un et l’autre. Pour cela, Meta reprend l’algorithme d’X.com, qui écarte tout simple vote majoritaire. Le dispositif diffère surtout du travail des fact-checkers professionnels. Ceux-ci vérifient une information à partir de sources primaires et de méthodes documentées, quand une note de contributeur dépend seulement de l’accord entre plusieurs internautes anonymes.

Les Community Notes dépendent encore du travail des fact-checkers

LatamChequea estime que les Community Notes sont insuffisantes dans les pays marqués par une forte désinformation, et demande à Meta de les présenter en complément de la vérification indépendante, jamais en remplacement. En outre, plusieurs organisations du réseau relèvent que les notes déjà publiées ailleurs citent fréquemment des vérifications produites par des professionnels. Leur travail en dépend.

Angie Drobnic Holan, directrice de l’International Fact-Checking Network, est elle aussi inquiète. Pour elle, le programme de notes communautaires n’est pas suffisant, à lui seul, pour réduire l’impact des fausses informations dangereuses sur les réseaux sociaux, en particulier dans des pays marqués par une forte polarisation politique.

Les coprésidents du Conseil de surveillance de Meta rappellent dans un communiqué que leur avis de mars soulignait des risques liés aux notes communautaires dans les régimes répressifs, les contextes électoraux à haut risque et les pays marqués par d’importants réseaux de désinformation, et ajoutent qu’une partie de ces facteurs est bien présente dans certains pays retenus pour le test.

Sur le fond, le Conseil demande un rapport pays par pays sur les critères de risque avant tout passage à un déploiement complet, mais n’a pour l’instant reçu aucun document de ce type. L’organe réclame aussi la publication des résultats obtenus aux États-Unis avant toute extension vers des pays jugés plus risqués.

Meta a par ailleurs indiqué au Conseil que les notes communautaires et la vérification indépendante poursuivent des objectifs différents. Les coprésidents estiment que toute décision de réduire la vérification indépendante ne devrait pas dépendre du succès des notes communautaires, puisque celles-ci puisent souvent dans les vérifications déjà publiées par des professionnels, et exhortent Meta à mobiliser tous les outils disponibles contre la désinformation, plutôt que de traiter les notes de la communauté en simple remplacement de la vérification des faits.