En Suisse, la Confédération lance un projet pilote pour évaluer des logiciels libres en remplacement de Microsoft 365 sur une partie de son parc informatique. Le test cible en priorité les agents qui traitent des données sensibles, dont celles du Conseil fédéral.

Maria Alam Sraboni / Shutterstock
Maria Alam Sraboni / Shutterstock

Le Conseil fédéral a présenté ce projet la semaine dernière. Si les résultats sont concluants, la bascule complète des postes concernés doit être achevée d'ici fin 2027.

Une migration vers openDesk et une facture de 9,5 millions d'euros

Le pilote reprend les conclusions d'un test préalable, baptisé PoC BOSS, mené auprès de 172 employés de la Chancellerie fédérale. Ces derniers ont utilisé openDesk, une suite collaborative open source développée en Allemagne, pour leurs tâches courantes. Le traitement de texte et la messagerie ont donné de bons résultats, contrairement à la visioconférence à grande échelle, encore assurée par Teams et jugée perfectible. Le projet passe donc à une échelle un peu plus large avec 3 000 postes, soit environ 7% des effectifs fédéraux, pour un budget de 9 millions de francs suisses (soit environ 9,5 millions d'euros). Microsoft 365 restera actif en parallèle pendant toute la durée du test.

Les raisons de cette migration, rapportées par RTS, sont relativement classiques. D'abord, les lois américaines peuvent contraindre les entreprises du pays à ouvrir un accès aux autorités, même quand les données sont hébergées en Europe. D'autre part, la dépendance à un seul fournisseur étranger crée aussi un risque en cas de changement de ses conditions d'accès. Enfin, les frais de licence augmentent chaque année sans que la Suisse ait de marge de négociation.

Ce pilote découle de la loi EMBAG, entrée en vigueur en 2024, laquelle impose aux services fédéraux de publier par défaut en open source les logiciels qu'ils développent. En décembre 2025, le Conseil fédéral a fait de la souveraineté numérique un axe prioritaire, définie comme la capacité de l'administration à remplir sa mission sans dépendre d'un fournisseur ou d'un pays extérieur. Le volet militaire a pris de l'avance sur le volet civil : Cyber Command, l'unité de cyberdéfense de l'armée suisse, doit remplacer intégralement Microsoft 365 par openDesk d'ici… au mois prochain !

Bien évidemment la Suisse n'est pas le seul pays à avoir amorcé sa transition. En France, une partie des postes de l'administration a basculé sous Linux. Le CNRS a choisi de migrer vers LaSuite, la suite bureautique développée par la Dinum. De son côté, le Danemark a abandonné Windows et Office au profit du logiciel libre. En Allemagne, le Land de Schleswig-Holstein a déjà retiré les logiciels Microsoft de quatre postes de travail sur cinq. Microsoft met en avant son offre Sovereign Cloud. Celle-ci promet de garder les données en Europe, avec un chiffrement sous le contrôle du client. Reste que l'entreprise reste américaine, et donc soumise au Cloud Act. La firme de Redmond investit par ailleurs plus de 325 millions de francs suisses dans ses infrastructures IA et cloud du pays, en partie pour désamorcer cet argument de souveraineté.