Après plusieurs semaines de teasing, YggTorrent devait officiellement « renaître de ses cendres » le 1ᵉʳ septembre. À minuit, pas de tracker BitTorrent ni de nouvelle équipe : les anciens domaines ont simplement commencé à rediriger vers un site de chat vidéo apparu quelques heures plus tôt.

Le grand retour d'yggtorrent cachait tout autre chose. © Clubic
Le grand retour d'yggtorrent cachait tout autre chose. © Clubic

Le retour avait pourtant été soigneusement mis en scène. Depuis début août, plusieurs noms de domaine associés à YggTorrent renvoyaient vers une page annonçant une remise en service pour le 1ᵉʳ septembre 2026 à minuit. Une mystérieuse « nouvelle équipe » affirmait avoir repris la plateforme et promettait de faire revivre son catalogue et sa communauté. Une FAQ avait même été publiée pour détailler le projet.

L'annonce avait de quoi surprendre. Le 1er juillet, la Gendarmerie nationale avait annoncé avoir mis fin à la structure pilotant YggTorrent, à l'issue d'une enquête menée par les cybersenquêteurs de l'antenne UNCyber de Montpellier. Douze personnes avaient été mises en cause depuis fin 2023 et les enquêteurs considéraient alors la structure historique du site comme « désormais inopérante ».

À minuit, YggTorrent s'est transformé en site de chat vidéo

Le compte à rebours est finalement arrivé à son terme dans la nuit du 31 août au 1ᵉʳ septembre. Mais aucun tracker n'est apparu. À la place, yggtorrent.to et d'autres domaines utilisés pour annoncer ce prétendu retour redirigent désormais leurs visiteurs vers Sheez, un service de chat vidéo aléatoire dans la veine d'Omegle ou Chatroulette. Au final, cette opération n'aura servi qu'à une opération promotionnelle ayant profité de la notoriété de l'ancien tracker.

Pour autant, il est impossible d'affirmer à ce stade que les responsables de Sheez sont ceux qui ont organisé toute l'opération. On ignore toujours qui contrôle réellement les anciens domaines de YggTorrent et l'antenne UNCyber de Montpellier n'a pas répondu à nos sollicitations. Avant cette mystérieuse renaissance, un portefeuille comprenant une soixantaine de noms de domaine liés au site avait été proposé à la vente pour 700 000 dollars. Rien ne permet cependant d'établir publiquement qu'une vente a effectivement eu lieu, ni d'identifier un éventuel acquéreur.

Sheez.io n'existait même pas deux jours avant le « retour »

La chronologie rend l'histoire encore plus étrange car, selon les données WHOIS, le domaine sheez.io a été enregistré le 30 août 2026 à 23 h 41 UTC, soit moins de deux jours avant l'échéance du compte à rebours de YggTorrent. Son propriétaire réel n'est pas publiquement identifiable : l'enregistrement passe par un service permettant de masquer l'identité du détenteur d'un nom de domaine.

Le grand retour d'Yggtorrent débouche finalement ... sur un site de discussion vidéo. © Clubic
Le grand retour d'Yggtorrent débouche finalement ... sur un site de discussion vidéo. © Clubic

Sheez indique par ailleurs dans sa politique de confidentialité être exploité par une société britannique baptisée « Sheez Ltd ». Une entreprise portant ce nom a bien existé au Royaume-Uni, mais elle a été dissoute en octobre 2023. Le site ne fournit aucun numéro d'immatriculation permettant d'établir qu'il s'agit de la même société. Autre curiosité : les conditions d'utilisation et la politique de confidentialité de Sheez sont toutes deux datées du 20 juin 2026, soit plus de deux mois avant l'enregistrement de sheez.io.

Aucun de ces éléments ne permet, à lui seul, de démontrer une escroquerie ou même que Sheez était prévu dès le lancement du compte à rebours. Le service a pu être développé auparavant sous une autre adresse, tandis que les domaines YggTorrent ont pu changer de mains ou simplement faire l'objet d'un accord de redirection.

Une certitude demeure en revanche : le YggTorrent annoncé pour le 1er septembre n'est jamais revenu. Après le piratage qui avait précipité sa fermeture, le démantèlement revendiqué par la Gendarmerie et maintenant cette fausse renaissance, le nom YggTorrent semble surtout être devenu un actif suffisamment connu pour que d'autres cherchent encore à exploiter son immense notoriété.