X a envoyé le 24 août une mise en demeure au projet open source Nitter, qui permettait de lire ses posts sans compte ni application. Nitter.net est hors ligne. Le développement du projet est suspendu.

© Clubic/Shutterstock
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Depuis le rachat de Twitter par Elon Musk en octobre 2022, puis son passage sous le nom X en juillet 2023, lire un post sans s'y connecter est devenu progressivement plus difficile, entre connexions imposées, quotas de lecture et API payantes. Nitter, un projet open source lancé en juin 2019 par un développeur pseudonyme (Zedeus), avait survécu à chaque resserrement technique en se réinventant. Proposer la même chose pour Twitter (puis X) relevait d'un tour de force technique. La mise en demeure du 24 août 2026 change de terrain : fatigué de jouer à Tom & Jerry, X passe par la voie juridique.

Sept ans de chat-et-souris

Nitter s'était construit autour d'un principe hérité du projet Invidious pour YouTube : récupérer les posts publics de X depuis le backend, retirer les publicités, les cookies de traçage et le JavaScript, et restituer le tout dans une interface épurée (sans algorithme, sans compte requis, environ quinze fois plus légère que le site officiel d'après les mesures du projet). Là où Invidious survit toujours pour les vidéos, Nitter vient de recevoir la mise en demeure qu'il avait jusqu'ici esquivée.

© Nitter
© Nitter

« Mise en demeure

Le 24 août 2026, la société X Corp. a envoyé des lettres de mise en demeure exigeant le retrait définitif des instances de Nitter et du dépôt du projet.

nitter.net est hors ligne et le développement est suspendu pour le moment. Je sollicite actuellement un avis juridique et ne ferai pour l’instant aucun autre commentaire sur les détails de cette affaire.

Merci à tous ceux qui ont utilisé, hébergé, packagé, fait des dons et contribué à Nitter au cours des sept dernières années.

— zedeus, 25 août 2026 »

Le projet ne passait pas par l'API officielle de Twitter, ce qui lui avait permis de contourner les premières vagues de restriction. La monétisation agressive de l'API à partir de 2023, qui avait mis à genoux de nombreux développeurs tiers, n'avait pas directement touché Nitter. En janvier 2024, Twitter a supprimé la navigation en mode invité non authentifié, rendant Nitter inutilisable du jour au lendemain. Zedeus a déclaré le projet mort. Puis il l'a repris en février 2025 en trouvant de nouveaux jetons d'authentification, et le service a fonctionné dix-huit mois supplémentaires.

La société X a envoyé les mises en demeure le 24 août 2026, avec un ultimatum fixé à 17h heure de l'Est le lendemain. Zedeus a confirmé à TechCrunch que d'autres instances avaient reçu des courriers similaires. Selon le courrier consulté par TechCrunch, X accuse Nitter d'un usage illégal et d'un contournement de son API et des données associées. Le courrier affirme que le projet aurait accédé à des comptes X et à des jetons de session, en violation du Texas Harmful Access by Computer Act et du Lanham Act. Nitter.net était hors ligne avant l'ultimatum, et XCancel, l'un des services alimentés par le projet, également.

La porte qui ne rouvre probablement pas

Ce que Nitter représentait concrètement, c'est un accès à des posts volontairement rendus publics, sans que X puisse identifier le visiteur ni l'inciter à créer un compte. Pour qui avait quitté la plateforme mais suivait encore des comptes institutionnels, des journalistes ou des services publics via des fils RSS, c'était la seule voie praticable depuis que X avait imposé connexion obligatoire et quotas de lecture à l'été 2023.

Interface de Nitter © Nitter

La mécanique juridique est plus difficile à contourner que la mécanique technique. Bloquer un accès invité, c'est une ligne de configuration ; répondre à une mise en demeure, c'est engager des frais que peu de projets bénévoles peuvent assumer. Zedeus a précisé chercher un conseil juridique mais ne pas pouvoir s'exprimer sur les détails pour l'instant.

La question de fond soulevée par des observateurs européens est celle de l'accès aux données publiques : peut-on restreindre l'accès à des posts volontairement publiés sur une très grande plateforme au sens du DSA ? X est soumis aux obligations du DSA depuis 2023, mais l'interopérabilité obligatoire relève davantage du DMA. Or la Commission européenne a décidé le 16 octobre 2024 de ne pas désigner le réseau social de X comme contrôleur d'accès, estimant qu'il ne constituait pas un point d'accès majeur entre les entreprises et leurs utilisateurs. La porte juridique est, elle aussi, probablement étroite.

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