McKinsey vient de publier son baromètre annuel sur l'IA en entreprise. Bientôt quatre ans après ChatGPT, 37 % des dirigeants sondés déclarent un impact sur leurs profits, proportion quasi-identique à 2025.

En décembre 2025, les experts tablaient encore sur 2026 pour que l'IA générative devienne enfin rentable. McKinsey vient de publier The State of AI 2026, son baromètre annuel fondé sur 1 719 répondants dans le monde. Le cabinet, qui vend des missions de transformation IA aux grandes organisations, formule son verdict avec le soin qu'on lui connaît : l'IA serait enfin « sur la route du retour sur investissement ».
37 % : un chiffre qui n'avance pas
Selon le rapport, 37 % des sondés déclarent attribuer « au moins un » impact EBIT à leur usage de l'IA, une proportion qualifiée d'« à peu près identique » à celle de l'édition 2025, qui était de 39 %. Le léger recul reste dans la marge de variation normale d'une enquête déclarative, mais la formulation mérite attention : la majorité de ces 37 % déclarent un impact inférieur à 5 % de leur EBIT. Ces entreprises ont trouvé quelque chose d'intéressant avec l'IA, sans que ça change encore la trajectoire de leurs comptes.
Du côté de l'usage, l'accélération ne fait aucun doute : l'édition 2025 du même baromètre relevait 88 % de répondants déclarant un usage régulier de l'IA dans au moins une fonction, mais seulement 7 % d'organisations l'ayant pleinement déployée à l'échelle. Le fossé entre adoption et impact financier reste donc l'objet central du rapport, un problème que Gartner avait déjà signalé deux ans plus tôt en anticipant l'abandon d'un tiers des projets IA. The Register, qui a relayé les résultats, a sollicité le cabinet et mis à jour son article en fin de journée avec une déclaration de McKinsey.
Le baromètre français est plus précis
Les données françaises permettent de contextualiser avec des bases plus solides. En juillet 2026, l'INSEE a publié les résultats de son enquête TIC 2025 : 18 % des entreprises implantées en France déclarent utiliser au moins une technologie d'IA, soit 8 points de plus qu'en 2024. La France reste deux points en deçà de la moyenne européenne, qu'Eurostat fixe à 20 %, en progression depuis 13,5 % seulement douze mois plus tôt.
La ventilation par taille d'entreprise est parlante : le taux atteint 58 % chez les entreprises de 250 salariés et plus, et 59 % dans le secteur de l'information et de la communication. Parmi les non-utilisatrices, 71 % déclarent ne pas en voir l'utilité, et 54 % invoquent un manque d'expertise. Sur l'investissement, l'enquête SAFE de la BCE au quatrième trimestre 2025, conduite auprès de 4 968 entreprises dont 625 françaises, place les entreprises françaises à 7,2 % de leur investissement total prévu consacré à l'IA, contre 9,1 % en moyenne dans la zone euro. L'écart de 1,9 point correspond peu ou prou aux deux points d'écart d'adoption : il n'est pas alarmant, mais il est constant.
Ces enquêtes reposent sur des périmètres différents et ne s'additionnent pas, mais elles dessinent un tableau cohérent. L'adoption française est dans la norme européenne, l'effort financier légèrement en retrait, et l'impact sur les profits reste encore à démontrer pour la grande majorité des entreprises.
En décembre 2025, les experts promettaient la rentabilité IA pour 2026. McKinsey, le cabinet qui a vendu à beaucoup de ses clients une partie de ces projets, mesure quelques mois plus tard un recul de deux points par rapport à l'édition précédente et maintient que l'IA est « sur la bonne route ». La route est longue.
Participer à la discussion
Partagez votre avis avec la communauté Clubic.