Le New York Times rapporte que Binance a modifié sa politique de coopération avec la justice depuis avril 2025. Cette pratique compliquerait le travail de plusieurs services de police en Europe et aux États-Unis.

Mehaniq
Mehaniq

La plateforme d'échange de cryptomonnaies Binance traite des milliards de dollars de transactions chaque jour. L'entreprise route désormais une partie des demandes d'enquêteurs vers des agences gouvernementales étrangères, un circuit encadré par des traités d'entraide judiciaire. Ce changement ralentit des investigations en Europe et inquiète des procureurs américains.

Un circuit de transmission redirigé vers les Émirats arabes unis

Depuis avril 2025, Binance demande aux forces de l'ordre qui recherchent des informations sur un compte situé hors de leur pays de passer par un traité d'entraide judiciaire. Ce mécanisme est aussi utilisé par les banques pour organiser les échanges d'informations entre gouvernements. Cette procédure allonge les délais de réponse. Et la France n'est pas épargnée. Nous rapportions en janvier l'ouverture d'une information judiciaire pour blanchiment aggravé visant précisément Binance. Et les enquêteurs pointaient déjà des lacunes dans les procédures de vérification d'identité des clients.

Réunis le mois dernier lors d'une conférence aux Pays-Bas, des policiers venus de cinq pays européens indiquent obtenir difficilement des informations de Binance, sauf dans les dossiers liés à des contenus pédopornographiques, au terrorisme ou à une menace immédiate pour la vie d'une personne. Un responsable européen de la lutte contre la criminalité précise que la majorité des demandes sont transmises au gouvernement des Émirats arabes unis, là où Binance est régulée. Depuis l'obtention d'une licence à Abou Dhabi en décembre, certaines demandes passent par le gouvernement émirati.

Aux États-Unis, les forces de l'ordre sont en grande partie exemptées de cette obligation, même si certains procureurs d'État se voient parfois demander de faire suivre leurs requêtes par d'autres pays. Cela aurait freiné au moins deux enquêtes cette année. Alona Katz, procureure adjointe à Brooklyn, indique avoir généralement obtenu des réponses rapides de Binance, sauf pour des titulaires de comptes basés aux Émirats arabes unis. Ce printemps, un responsable de la conformité de Binance avait prévenu le ministère de la Justice qu'à partir du 8 juin 2026, cette obligation de passer par un traité serait étendue à un plus grand nombre de demandes américaines. Ses dirigeants ont finalement renoncé à ce projet avant son entrée en vigueur.

Des liens avec la famille Trump qui interrogent les autorités

Des responsables actuels et anciens dénoncent un conflit d'intérêts autour de ce circuit émirati. En effet, la société d'investissement MGX, financée par la famille royale d'Abou Dhabi, a utilisé une cryptomonnaie de World Liberty Financial (l'entreprise crypto de la famille Trump) pour prendre une participation dans Binance. Ces liens interviennent alors que Changpeng Zhao, le fondateur de Binance, a été gracié par Donald Trump. Il avait auparavant purgé quatre mois de prison après avoir plaidé coupable de manquements à la lutte contre le blanchiment. L'entreprise avait de son côté versé 4,3 milliards de dollars d'amende en 2023 dans le cadre du même dossier.

Binance affirme de son côté ne pas avoir ralenti sa coopération avec la justice et justifie ce changement par le respect des réglementations sur la protection des données personnelles. Le New York Times précise qu'aucun élément ne relie ce changement à l'assouplissement réglementaire de l'administration Trump sur le secteur crypto.

En 2025, l'entreprise a licencié ou suspendu plusieurs cadres de la conformité qui avaient signalé des transferts de 1,7 milliard de dollars vers des entités iraniennes. Binance conteste la validité de ces signalements et affirme que ces départs ne sont pas liés à leurs alertes. Cette vague de départs a en tout cas privé des enquêteurs de leurs interlocuteurs habituels.