Stellantis a annoncé mardi la cession de Free2move à la holding allemande Mutares. L'opération, qui doit se conclure d'ici la fin de l'année, qui interroge une nouvelle fois la viabilité économique de l'autopartage en France et en Europe.

C'est officiel depuis ce mardi 28 juillet 2026, Stellantis vend l'intégralité de sa participation dans l'autopartage en libre-service de Free2move à Mutares, une holding d'investissement basée à Munich. La transaction, encore soumise à plusieurs feux verts réglementaires, devrait se boucler avant la fin de l'année. Forcément, à l'heure où le secteur automobile est en recul sur le Vieux continent en 2026, cette annonce nous incite à nous poser une question plus globale : et si l'autopartage, tel qu'on le connaît, n'était finalement pas viable ?
Un divorce à l'amiable entre Stellantis et sa filiale mobilité Free2Move
Fondée en 2016 par l'ex-Groupe PSA, et lancée à Paris en 2018, Free2move gérait jusqu'ici des flottes en libre-service dans 14 villes d'Europe et des États-Unis. À l'époque, la marque visait large et imaginait 15 millions d'utilisateurs et 2,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, parmi les objectifs du plan Dare Forward 2030. C'était ô combien ambitieux, et beaucoup y croyaient au départ, sauf que la réalité du terrain n'a, semble-t-il, jamais été alignée avec ces ambitieux.
Avec cette cession, Stellantis se désengage totalement d'une activité jugée éloignée de son cœur de métier automobile. Le constructeur invoque le lien avec son plan stratégique FaSTLAne 2030, qui impose une discipline stricte sur l'allocation du capital : place désormais aux marques et technologies jugées les plus prometteuses, quitte à sacrifier au passage certains paris de mobilité partagée. C'est assumé.
L'entité à l'origine du rachat, Mutares, une holding d'investissement munichoise cotée à la Bourse de Francfort, s'est exprimée en marge de l'annonce. L'un de ses dirigeants, Johannes Laumann, évoque une marque reconnue à l'international, dotée d'un « réel potentiel d'amélioration opérationnelle », et promet une flotte progressivement électrifiée. Les deux groupes restent en revanche muets sur les modalités financières de l'opération, dont le montant n'a pas été dévoilé.
L'autopartage, un modèle toujours en quête d'équilibre
Le retrait du service de location de voitures en libre-service Zity à Paris début 2024, puis à Milan et Madrid plus récemment avait déjà donné le ton. Malgré les ambitions et l'intérêt écologique, l'autopartage et Free2move n'ont jamais vraiment décollé commercialement, freinée par la densité urbaine, la fragmentation du marché et le poids de coûts fixes très lourds, difficiles à amortir.
Dès octobre 2025, Stellantis aurait discrètement confié à la Société Générale le soin de piloter la recherche d'un repreneur, écrivait au même moment L'Essentiel de l'Éco. Un signal plutôt bien accueilli en Bourse à l'époque, où le titre Stellantis avait bondi de 4,6 %, preuve que les investisseurs voyaient déjà cette cession d'un bon œil.
Cette vente coïncide donc avec le plan de redressement mené par le PDG Antonio Filosa. Le groupe a fixé une nouvelle règle du jeu : chaque filiale doit désormais rapporter au moins 12 % de ce qu'elle coûte à financer, un indicateur que les financiers appellent le ROCE (rendement du capital employé). Une barre que l'autopartage, activité gourmande en véhicules et lente à devenir rentable, semble avoir eu bien du mal à franchir. Reste à savoir si Mutares réussira là où un constructeur automobile en partie français a préféré passer la main.