Le Board of Public Utilities de Cheyenne a suspendu l’acceptation des eaux usées industrielles issues des centres de données. Goat Systems, le sous-traitant chargé du campus de Meta dans le Wyoming, a contaminé le réseau d’eau recyclée de la ville avec une bactérie résistante aux métaux.

Les data centers ne sont pas que gourmands en électricité et en eau. Ils la polluent aussi. Goat Systems LLC construit, pour le compte de Meta, un campus de centres de données prévu pour couvrir environ 7,5 hectares dans le parc d’activités High Plains, au sud de Cheyenne, dans le Wyoming. Le Project Cosmo coûte environ 740 millions d’euros. En février, le personnel du laboratoire municipal a détecté Cupriavidus gilardii, une bactérie résistante aux métaux, lors d’un prélèvement de routine. Le Board of Public Utilities, l’organisme municipal qui gère l’eau et l’assainissement de Cheyenne, a retracé l’origine de cette contamination jusqu’aux opérations de remplissage et de rinçage menées par Goat Systems sur le site Meta Cheyenne Datacenter CHY 1-2. Cette bactérie a perturbé le fonctionnement des stations d’épuration de Dry Creek et de Crow Creek pendant plusieurs mois.
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Goat Systems perd ses droits de rejet dans les égouts municipaux
Le Board a révoqué l’autorisation de rejet de Goat Systems pour les opérations de remplissage et de rinçage le 24 mars. Désormais, il étend cette restriction à tous les centres de données raccordés au réseau municipal, y compris ceux qui utilisent des systèmes de refroidissement en circuit fermé. Les équipes remplissent la tuyauterie d’un circuit de refroidissement, puis la rincent pour éliminer les débris avant la mise en marche du système. Elles envoient ensuite l’eau usée à l’égout. Goat Systems a versé cette eau, contaminée par Cupriavidus gilardii, dans le réseau d’égouts de Cheyenne.
Selon Frank Strong, responsable de la division ingénierie et ressources en eau du Board, Goat Systems avait acheté l'eau de remplissage auprès du Board lui-même. Le Board n’a pas identifié l’origine de la bactérie, mais son personnel de laboratoire l’a détectée en février lors d'un prélèvement de routine. « Ce n'est pas un type de bactérie que nous recherchons habituellement », a-t-il déclaré au Wyoming Tribune Eagle.
Cheyenne pulvérise ensuite ses eaux usées traitées sur les parcs et les terrains de golf de la ville, ainsi que sur d’autres espaces verts. Selon Frank Strong, l’irrigation avec une eau contaminée risque de disperser la bactérie sous forme d’aérosol. Cupriavidus gilardii n'est pas un contaminant réglementé, mais le rejet a suffisamment perturbé le traitement des eaux pour justifier une violation de non-conformité importante.
Meta a déclaré soutenir Fortis, son entrepreneur général, qui a cessé les rejets et a commencé à évacuer les eaux usées hors site. Selon un porte-parole de Meta, le service des eaux de Cheyenne a détecté la substance dans les eaux usées de la ville, et non dans l'eau potable. Un expert environnemental indépendant mandaté par Fortis n'a relevé aucune trace de la bactérie.
Pete Laybourn, conseiller municipal de Cheyenne, a réagi à l’annonce. « C'est une très, très mauvaise surprise », a-t-il déclaré au Cowboy State Daily. Patrick Collins, maire de Cheyenne, a lui aussi exprimé sa déception, tout en saluant le travail du Board pour détecter la contamination et remettre en service le système de réutilisation des eaux.
Les circuits fermés rejettent eux aussi de l’eau à la mise en service
Les opérateurs de centres de données d’IA adoptent rapidement les circuits de refroidissement liquide scellés, présentés par Microsoft et NVIDIA comme une alternative quasi sans eau au refroidissement par évaporation. Selon Microsoft, l’entreprise remplit ses systèmes une seule fois, lors de la construction, puis recircule la même eau. La plateforme Rubin de NVIDIA utilise, elle, un liquide composé à 75 % d’eau et à 25 % de propylène glycol. Ce remplissage unique laisse échapper malgré tout un rejet d’eau, avant que les équipes ne scellent le circuit.
Ailleurs aux États-Unis, des habitants et des élus contestent de plus en plus l’implantation de centres de données pour des raisons liées à l’eau, à l’énergie, au bruit ou au manque de transparence. En Europe, la Commission a présenté en juin un dispositif de notation de l’efficacité énergétique des centres de données qui intègre explicitement leur consommation d’eau. En France, un décret entré en vigueur le 1ᵉʳ janvier oblige les sites de plus de 500 kilowatts à déclarer chaque année leur consommation d'eau, une obligation encore absente de la réglementation américaine. À titre de comparaison, les centres de données d’Amazon ont nécessité près de 9,5 milliards de litres d'eau rien qu’en 2025, sans qu’aucune règle fédérale n’impose une telle transparence outre-Atlantique.
Le Board n’a pas communiqué les modalités de régulation future des eaux usées des centres de données, ni chiffré l’impact de la suspension sur les autres installations en construction à Cheyenne. Il n'a pas non plus établi les conséquences environnementales et sanitaires à long terme de l’incident.