Les épisodes de chaleur extrême posent aussi une menace pour les data centers. Car ces gigantesques entrepôts numériques, qui alimentent l’intelligence artificielle (IA) et nos usages quotidiens, sont très sensibles à la montée des températures.

Tandis que la France vient de traverser un épisode de canicule historique, les scientifiques sont formels : ces phénomènes vont se multiplier et s’intensifier avec le réchauffement climatique.
Dans le même temps, la demande en data centers explose, portée par l’essor fulgurant de l’IA. Il y a quelques jours, SoftBank annonçait par exemple un investissement de 75 milliards d’euros dans des centres de données au sein de l’Hexagone. Et ces deux tendances ont de quoi poser de sérieuses questions.
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Les data centers doivent constamment être refroidis
Car, on le sait désormais, les data centers sont de véritables mastodontes énergétiques. Ces installations fonctionnent en permanence, et leurs serveurs génèrent une chaleur considérable qu’il faut constamment évacuer. Ainsi, le refroidissement représente à lui seul environ 40 % de leur consommation électrique totale, rapporte CNBC. Une part colossale pour des infrastructures qui figurent déjà parmi les plus énergivores de la planète.
Pire encore, l’explosion des usages liés à l’IA nécessite des puces toujours plus puissantes, qui dégagent, elles aussi, une chaleur accrue. Dans ce contexte, refroidir ces équipements représente un défi, même par temps clément.
Et dès lors que les températures s’envolent, cette consommation grimpe encore : les systèmes de refroidissement doivent redoubler d’efforts pour maintenir les serveurs à température acceptable. Problème, c’est précisément à ce moment-là que le réseau électrique est le plus sous tension en raison, notamment, de climatiseurs allumés à plein régime, provoquant des pics de consommation domestique et industrielle.
Le secteur tente de s’adapter, comme il peut
Les conséquences sont concrètes. Lorsque le réseau électrique est saturé, les risques de pannes augmentent. Et une coupure de courant, même brève, peut suffire à provoquer une surchauffe des équipements, des interruptions de service, voire des dommages matériels coûteux. En mai dernier, des pics de chaleur à plus de 38 degrés Celsius à Turin, en Italie, ont par exemple mis les câbles souterrains sous tension thermique, provoquant des pannes à répétition.
Selon une étude du cabinet First Street, 79 % des data centers dans le monde sont exposés à des aléas climatiques graves, comprenant les inondations, les vents violents et les incendies. Le secteur n’a d’autre choix que de réagir, certains opérateurs repensant la conception même de leurs installations.
C’est le cas de NVIDIA, qui a annoncé que ses nouveaux serveurs IA peuvent désormais faire circuler leur liquide de refroidissement à 45 degrés Celsius. De quoi réduire les coûts énergétiques liés au refroidissement d’environ 4 % par degré gagné. Des adaptations certes nécessaires, mais qui rappellent également que la trajectoire actuelle n’est pas tenable sur le long terme.
Le PUE mesure l’efficacité énergétique d’un data center en comparant l’énergie totale consommée par le site à celle utilisée uniquement par l’informatique (serveurs, stockage, réseau). Plus le PUE est proche de 1, moins il y a de « surcoûts » liés aux équipements de support, dont le refroidissement. Or les serveurs convertissent une grande partie de l’électricité en chaleur, et cette chaleur doit être évacuée en continu pour éviter pannes et vieillissement accéléré. Quand il fait chaud dehors, les systèmes de climatisation ou de refroidissement doivent travailler davantage, ce qui dégrade le PUE et augmente la facture électrique.
Pourquoi les serveurs dédiés à l’IA chauffent-ils plus que les infrastructures classiques ?Les charges IA (entraînement et inférence) sollicitent intensément des GPU/accélérateurs, avec des consommations électriques élevées concentrées sur une faible surface de puce, donc une densité thermique importante. Cette chaleur est plus difficile à extraire qu’avec des serveurs généralistes, car elle se concentre dans des « hotspots ». En pratique, cela pousse les data centers à augmenter la capacité de refroidissement par rack et à revoir l’architecture des salles (flux d’air, confinement, distribution électrique). Plus la densité par rack monte, plus l’air devient limité, d’où l’intérêt croissant pour le refroidissement liquide.
Que change le refroidissement liquide “à 45 °C” annoncé pour des serveurs IA ?Un refroidissement liquide à température plus élevée signifie que le fluide caloporteur peut circuler plus chaud tout en restant efficace pour capter la chaleur des composants. Cela réduit la dépendance à la production de « froid » (groupes frigorifiques), car on peut davantage utiliser du free cooling ou des échangeurs plus simples, surtout quand la température extérieure le permet. L’intérêt est double : baisse de la consommation électrique dédiée au refroidissement et meilleure stabilité à forte densité de calcul. En contrepartie, cela impose une conception adaptée (matériaux, pompes, raccords, détection de fuite) et une chaîne de maintenance plus exigeante qu’un simple refroidissement à air.