Apple fait pression sur l’administration Trump pour obtenir le droit d’acheter des puces mémoire auprès de CXMT, fabricant chinois blacklisté par le Pentagone. En cause : une flambée des prix de la RAM qui a déjà contraint la firme à relever ses tarifs sur plusieurs iPad et MacBook.

© Shutterstock
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Quelques jours après avoir annoncé des hausses de prix d’environ 20 % sur plusieurs de ses Mac et iPad, Apple joue une carte risquée. Selon The Verge, la firme de Cupertino aurait approché plusieurs agences fédérales et responsables de l’administration Trump pour obtenir une dérogation lui permettant d’acheter des puces mémoire auprès de ChangXin Memory Technologies (CXMT). Le problème : ce fabricant chinois figure sur la liste noire du Pentagone en raison de liens présumés avec l'Armée populaire de libération. Six personnes familières du dossier ont confirmé ces démarches au Financial Times, qui révèle qu’Apple a contacté le département du Commerce il y a environ un mois avant d’élargir ses efforts de lobbying.

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CXMT sur liste noire : une dérogation légalement possible, politiquement explosive

Acheter des puces chez CXMT n’est pas formellement interdit. Mais le faire sans aval gouvernemental exposerait Apple à un risque politique et réputationnel considérable. CXMT figurait sur une liste d’ajouts proposés à l’« Entity List » du département du Commerce, une procédure suspendue parce que la Maison Blanche était en pleine négociation commerciale avec Pékin. Autrement dit, le statut du fabricant reste en suspens, ce qui complique encore la demande d’Apple.

Ce n’est pas la première fois que Cupertino se retrouve dans cette position. En 2022, Apple avait déjà envisagé de se fournir auprès d’un autre fabricant chinois blacklisté, YMTC, avant que des membres du Congrès ne l’avertissent explicitement des conséquences législatives. CXMT soulève les mêmes préoccupations de sécurité nationale, et une approbation de l’administration Trump serait quasi certaine de déclencher une réaction similaire sur Capitol Hill.

La pénurie de RAM qu’Apple a, en partie, contribué à créer

Ce qui donne à cette affaire une ironie particulière, c’est le rôle qu’Apple a joué dans la situation qu’elle cherche aujourd’hui à contourner. Lors du dernier cycle baissier du marché mémoire, la firme avait utilisé son poids d’acheteur pour négocier des prix plancher, au point que le directeur commercial de Micron avait publiquement qualifié ces pratiques de « non constructives », estimant qu’elles décourageaient les investissements dans de nouvelles capacités de production. Les fabricants ont alors ralenti ou annulé leurs projets d’expansion. L’explosion de la demande liée à l’IA a fait le reste, transformant une pénurie prévisible en crise ouverte.

© CXMT

La pénurie de composants mémoire pousse Apple vers des fournisseurs alternatifs, mais CXMT ne produit que de la DRAM conventionnelle (DDR5, LPDDR5X), pas de mémoire HBM, le segment à haute valeur qui alimente les accélérateurs IA de NVIDIA. Concrètement, même si Washington accordait sa bénédiction, l’impact sur les grands acteurs du marché comme Micron resterait limité : leurs marges reposent sur la HBM, pas sur la DRAM de commodité que CXMT fabrique.

Tim Cook avait lui-même ouvert la porte lors d’un entretien au Wall Street Journal, déclarant qu’il fallait « tout mettre sur la table » concernant l’approvisionnement en mémoire. La démarche est cohérente avec la stratégie de diversification qu’Apple poursuit depuis des années, mais elle se heurte cette fois à un mur politique autrement plus solide que les habituelles négociations tarifaires. Reste à voir si les relations soigneusement entretenues par Tim Cook avec l’administration Trump pèseront plus lourd que les réticences du Congrès sur les questions de sécurité nationale.