La realpolitik économique vient de frapper la Silicon Valley. Coincé par la pénurie, HP doit avaler une couleuvre diplomatique de taille : acheter sa mémoire vive en Chine, au nez et à la barbe des sanctions américaines.

Barrette de mémoire vive CXMT - © CXMT
Barrette de mémoire vive CXMT - © CXMT

On le sentait venir depuis des mois, la pénurie n'est plus une hypothèse, c'est un mur. Le géant américain HP n'a eu d'autre choix que d'officialiser des commandes massives de puces LPDDR5 auprès de ChangXin Memory Technologies (CXMT). Ce revirement stratégique intervient alors que les ténors habituels du secteur délaissent sciemment le marché grand public pour courir après les marges colossales de l'intelligence artificielle.

Quand l'intelligence artificielle assèche les stocks de RAM

Le mécanisme est d'une brutalité mathématique. Les lignes de production de Samsung, SK Hynix et Micron tournent pourtant à plein régime, mais pas pour équiper votre prochain ultraportable. Elles sont totalement monopolisées par la fabrication de mémoire HBM, l'or noir indispensable aux serveurs IA de Nvidia et consorts. En basculant leurs capacités industrielles vers ce secteur ultra-lucratif, les « Big Three » ont créé artificiellement une pénurie sèche de mémoire standard (LPDDR5 et DDR5) pour le marché PC.​

HP se retrouve donc le dos au mur. Pour continuer à livrer ses millions d'ordinateurs, le constructeur américain doit trouver des puces, et vite. C'est ici que CXMT entre en jeu. Le fabricant chinois, longtemps considéré comme une option de seconde zone, est aujourd'hui le seul à disposer des volumes nécessaires pour éviter la rupture de chaîne d'approvisionnement. Nous vous alertions déjà sur le fait que la DDR5 augmente et que la production chinoise était une des voies de secours pour les constructeurs, c'est désormais une réalité industrielle actée.

Une gifle de réalité pour l'administration américaine

Ce contrat dépasse largement le simple cadre d'une transaction commerciale ; c'est un camouflet pour la stratégie d'endiguement technologique de Washington. En voulant couper l'accès de la Chine aux technologies de pointe, les sanctions ont paradoxalement forcé Pékin à blinder son autonomie sur les technologies matures comme la DRAM. Résultat, CXMT ne sert plus de simple roue de secours, mais s'impose comme un pivot indispensable capable de livrer une qualité suffisante pour satisfaire les standards d'un géant américain.​

Barrette de mémoire vive CXMT - © CXMT
Barrette de mémoire vive CXMT - © CXMT

L'ironie de la situation est mordante. Alors que le gouvernement américain tente de découpler les deux économies, ses propres fleurons industriels sont contraints de financer la montée en puissance de leurs rivaux pour survivre à court terme. C'est exactement le scénario redouté où la Chine devient un acteur majeur de la RAM grâce à Samsung et ses concurrents, profitant du vide laissé par ces derniers pour s'installer durablement au cœur de nos machines occidentales.

Au jeu du chat et de la souris technologique, Washington pensait affamer Pékin, mais c'est finalement l'industrie américaine qui vient demander du rab à la cantine chinoise.

Source : WCCFTECH

À découvrir
Quelles sont les meilleures mémoires DDR4 ? Comparatif 2026
02 janvier 2026 à 17h07
Comparatif