Apple n'obtient pas les conditions qu'elle cherche chez ses fournisseurs de mémoire coréens. Alors Cupertino regarde vers deux fabricants chinois. Ce que cette option implique politiquement pourrait faire bien plus de bruit que le prix d'un simple composant.

Siège de CXMT, Hefei, Anhui, Chine © CXMT
Siège de CXMT, Hefei, Anhui, Chine © CXMT

La mémoire est devenue le composant le plus disputé de toute l'industrie tech en 2026. La demande pour la mémoire HBM, indispensable aux serveurs d'intelligence artificielle, absorbe les capacités des fondeurs coréens et contracte l'offre de DRAM standard. Les prix ont parfois doublé en l'espace d'un seul trimestre. C'est dans ce contexte que le site ijiwei indique qu'Apple explorerait un partenariat avec deux fabricants chinois : YMTC (Yangtze Memory Technologies) et CXMT (Changxin Storage).

Apple, otage de ses propres fournisseurs

Apple s'approvisionne en DRAM auprès de trois acteurs : Samsung fournit environ 60% des volumes, SK Hynix et Micron assurent le reste. Pour la mémoire NAND, Samsung, SK Hynix et Kioxia partagent le marché. Cette concentration fragilise Cupertino lors des cycles de négociation trimestriels, où les fournisseurs fixent leurs tarifs sans pression particulière.

Clubic l'avait rapporté : Apple avait envoyé ses cadres s'installer à Séoul pour arracher des contrats de long terme à Samsung et SK Hynix. Les négociations semblent toujours bloquer. La raison est mécanique : les fondeurs coréens ont leurs lignes saturées par les commandes HBM des géants de l'IA, et Apple n'est tout simplement pas leur priorité.

Du côté chinois, YMTC et CXMT ont considérablement élargi leurs capacités de production. CXMT prépare notamment une mise en production de masse de puces HBM3. Leurs composants ne rivalisent pas encore techniquement avec les références coréennes, mais l'écart se réduit, particulièrement sur le segment NAND.

Un calcul industriel qui bute sur la géopolitique

Pour Apple, la logique semblerait évidente : diversifier ses sources, réduire la pression tarifaire des Coréens, retrouver du pouvoir lors des négociations. Deux obstacles sérieux se dressent pourtant.

Les fondeurs chinois sont dans le collimateur de l'administration Trump.  © Shutterstock
Les fondeurs chinois sont dans le collimateur de l'administration Trump. © Shutterstock

Le premier est réglementaire. YMTC et CXMT ont toutes deux figuré sur la liste des entreprises sous surveillance du Pentagone. Toute relation commerciale avec elles expose Apple à des risques de conformité difficiles à gérer, et potentiellement à des restrictions sur les marchés américains.

Le second est politique. Apple a promis 500 milliards de dollars aux États-Unis, en partie pour couper court aux surtaxes de Trump sur les semi-conducteurs étrangers. Tim Cook a soigneusement affiché son alignement avec Washington, jusqu'à accompagner le président à Tokyo pour des discussions sur les investissements stratégiques. Se fournir chez YMTC ou CXMT contredirait frontalement cette posture soigneusement construite.

Apple joue la carte chinoise pour faire peur aux Coréens, mais si elle la joue vraiment, c'est Washington qu'elle devra convaincre en premier.