La mémoire vive flambe depuis un an à cause de l'appétit des serveurs d'intelligence artificielle. AMD vient de racheter une jeune pousse qui promet d'en fabriquer, ou presque, à partir de stockage bon marché. Et toujours grâce à l'IA.

Depuis l'été 2025, la mémoire vive est devenue le composant le plus disputé de l'industrie tech. Les centres de données gavés d'intelligence artificielle en aspirent la production, les prix ont plus que triplé en France et les fabricants de PC parlent déjà d'une année difficile, marquée par des hausses de tarifs.
Le calendrier est déjà assez explicite : la production ne serait pas ajustée avant 2028, au mieux. Face à l'impasse, plusieurs solutions sont lancées contre le mur : mutualisation des pools de mémoire dans les datacenters, accès aux fabricants chinois. Du côté du stockage, on ose même imaginer le successeur de la mémoire flash. AMD vient ajouter sa pierre à cet édifice avec le rachat de Mext, une jeune pousse dont la technologie promet, cette fois-ci, de faire passer du stockage flash pour de la mémoire vive.
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Quand le stockage se déguise en mémoire vive
Fondée en 2023 à Santa Clara, Mext développe un logiciel répondant au doux nom de Predictive Memory. Son principe tient en une illusion bien orchestrée. La technologie repère les données rarement consultées, dites froides, et les déplace discrètement de la coûteuse DRAM vers de la mémoire flash NAND, jusqu'à cinquante fois moins chère par unité de capacité. Un moteur de prédiction, nourri à l'apprentissage automatique, anticipe ensuite quelles données seront bientôt réclamées et les rapatrie dans la DRAM avant même que l'application ne les demande.
Le principe ressemble à ce que le covoiturage fait aux places de parking : en gardant au plus près seulement ce qui sert vraiment, on libère un espace précieux sans construire de nouveau bâtiment. Aux yeux du système d'exploitation, tout se passe comme s'il disposait de bien plus de mémoire vive qu'il n'en possède réellement. Mext revendique une capacité utile multipliée par deux à quatre, et des coûts d'infrastructure réduits de moitié.
Le tout fonctionne sans matériel supplémentaire, en pur logiciel, et s'ajoute à l'existant sans rien remplacer. AMD n'a pas communiqué le montant de l'opération. Le titre, déjà porté depuis des mois par l'engouement autour de l'IA, a encore gagné près de 7 % le jour de l'annonce, dans un marché technologique alors en pleine euphorie.
Pourquoi votre prochaine barrette n'en profitera pas tout de suite
La technologie de Mext vise les centres de données, pas le PC monté dans votre salon. Ce sont les opérateurs de serveurs, étranglés par le coût de la DRAM, qu'AMD cherche à soulager en premier. L'effet sur le prix de votre future barrette de mémoire reste donc indirect. Si les grands opérateurs consomment moins de DRAM parce que leur flash fait le travail, une partie de la production pourrait se libérer pour l'électronique grand public. Pourrait. Car rien ne garantit que ce desserrement arrive vite, ni qu'il se répercute sur les étiquettes.
Intel pousse depuis des années le standard matériel CXL, qui mutualise la mémoire entre plusieurs machines, et NVIDIA mise sur la mémoire HBM, ultra-rapide et ultra-chère, pour ses accélérateurs. Mext propose une troisième voie, purement logicielle, qui se glisse entre la DRAM et le stockage classique sans rien changer au matériel existant. Une rallonge intelligente, en somme.
De son côté, AMD prévoit d'intégrer la technologie de Mext à sa gamme pour serveurs, sans date précise.