Corsair, l'un des plus gros assembleurs de mémoire PC américain, utiliserait des puces DRAM du chinois CXMT dans ses modules DDR5. Quand la pénurie redistribue les cartes, les vieilles alliances passent à la trappe.

Pendant des années, acheter un kit de RAM Corsair, G.Skill ou Kingston revenait à faire confiance à un trio bien rodé : Samsung, SK Hynix, Micron. Ces trois-là contrôlaient environ 95 % de la production mondiale de DRAM, et personne n'avait de raison d'aller voir ailleurs. La pénurie qui frappe le secteur depuis la fin 2024 a sérieusement bousculé cette mécanique.
Les trois géants ont réorienté leurs lignes de production vers la mémoire HBM destinée aux accélérateurs IA (là où les marges sont les plus grasses), et la DDR5 grand public s'est retrouvée à la diète. Les prix ont suivi le mouvement : un kit 32 Go DDR5-6000, qu'on trouvait autour de 150 euros il y a un an, flirte aujourd'hui avec les 400 euros.
Corsair rejoint HP et Qualcomm dans la file d'attente chez CXMT
Des photos publiées le 22 mai par le leaker @wxnod montrent un die DRAM estampillé ChangXin Memory Technologies à l'intérieur d'un module DDR5 Corsair. Corsair n'a pas commenté (on les comprend), mais si l'information se confirme, ce serait la première fois qu'un grand assembleur américain de mémoire gaming intègre des puces chinoises dans ses produits. CXMT fabrique des dies DDR5 en densités de 16 Gb et 24 Gb, avec des vitesses allant jusqu'à 8 000 MT/s. C'est un cran en dessous des 32 Gb des leaders coréens, mais largement suffisant pour un kit destiné à votre carte mère.
Le mouvement prolonge une séquence qui s'accélère mois après mois. En janvier, HP officialisait des commandes massives de LPDDR5 auprès de CXMT pour ses ultraportables, brisant un tabou dans la Silicon Valley. En avril, Qualcomm entamait le développement de DRAM custom avec le fabricant chinois pour ses Snapdragon d'entrée de gamme. ASUS, Acer et Dell sondent également CXMT depuis le début de l'année. Chaque mois apporte un nom de plus à la liste, et chaque nom rend le suivant un peu moins embarrassant.
Les performances suivent, le flou réglementaire aussi
Sur le plan technique, la DRAM CXMT n'a plus grand-chose à prouver dans le segment grand public. En février, un kit KingBank DDR5-6000 CL36 basé sur des puces CXMT a été confronté à un G.Skill Trident Z5 Neo DDR5-6000 CL30 en dies SK Hynix, sur une configuration Ryzen 7 9800X3D et RTX 5090. Résultat : un écart inférieur à 2 % en gaming. La vidéo est consultable ici, si ça vous intéresse. Pour qui monte un PC en 2026, la DRAM chinoise n'est plus un pari exotique, c'est une option crédible.
La zone grise est réglementaire. CXMT n'est pas formellement inscrit sur l'Entity List américaine (contrairement à SMIC ou YMTC), mais reste soumis à la US Persons Rule. Le Council on Foreign Relations recommandait en novembre 2025 de durcir les restrictions. Début 2026, un document du Bureau of Industry and Security retirant CXMT de certaines listes a été publié puis supprimé en quelques heures. Autant dire que personne ne sait vraiment où poser le curseur. Fondée en 2016 à Hefei avec le soutien de Pékin, l'entreprise affichait un bénéfice de 4,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026 et prépare une entrée en bourse à Shanghai pour lever 4,2 milliards supplémentaires.
Pour le consommateur européen, l'arrivée de CXMT chez un acteur comme Corsair pourrait à terme desserrer l'étau sur les prix de la DDR5. Computex 2026 ouvre dans quelques jours, on verra bien si d'autres annonces suivent. Quand les trois rois de la mémoire préfèrent vendre de la HBM à NVIDIA plutôt que de la DDR5 à votre carte mère, il ne faut pas s'étonner que quelqu'un d'autre frappe à la porte.