Pour la première fois, la rotation d'un disque protoplanétaire a été filmée en direct. Une vidéo compilant quatre ans d'images du Very Large Telescope autour de l'étoile AB Aurigae, à 520 années-lumière de la Terre, a été publiée lundi.
C'est donc la première fois que l'on peut admirer la rotation d'un disque où naissent des planètes. L'Observatoire européen austral (ESO) a mis en vidéo quatre années d'observations de l'étoile AB Aurigae, capturées par l'instrument SPHERE du VLT (très large télescope) au Chili. Dans ce disque de gaz en rotation, des déformations trahissent la présence de planètes en cours de formation. L'étude associée, signée par des chercheurs français, est publiée dans la revue Astronomy & Astrophysics.
L'ESO filme pour la première fois la naissance de planètes autour de l'étoile AB Aurigae
Imaginez notre Soleil dans sa jeunesse, cerné d'un vaste disque de gaz et de poussière en rotation. C'est à peu de chose près ce que représente AB Aurigae. Cette étoile de la constellation du Cocher est encore très jeune, et son disque protoplanétaire, ce berceau où naissent les planètes, est toujours en pleine ébullition.
Dans la vidéo que vous avez pu regarder, deux phénomènes sautent aux yeux. Des déformations spiralées, d'abord. En s'alimentant en gaz et poussière, les planètes naissantes perturbent le disque et y laissent leur signature. Ensuite, des ombres en rayons, projetées par des amas de matière dense en orbite autour de l'étoile.
Comment SPHERE rend visible la formation planétaire
Au cœur de cette percée, on découvre un instrument qui doit répondre à la question suivante : comment observer le disque d'une étoile quand celle-ci est des millions de fois plus lumineuse que lui ? SPHERE (pour Spectro-Polarimetric High-contrast Exoplanet REsearch) installé sur le Very Large Telescope au Chili, masque précisément cette lumière aveuglante, comme on poserait son pouce devant un phare pour voir la route. Sans cette occultation, il est impossible de distinguer le disque qui l'entoure. Grâce à ses capacités en infrarouge proche, les structures les plus ténues deviennent visibles avec une précision assez exceptionnelle.

Cette découverte porte une belle signature française, puisque l'étude, publiée dans la revue scientifique Astronomy & Astrophysics, est conduite par Anthony Boccaletti, de l'Observatoire de Paris, avec des chercheurs du CNRS et de l'Université de Bordeaux. Leur objectif à long terme reste de percer enfin le secret de la façon dont les planètes se forment autour d'AB Aurigae, étoile par étoile, grain de poussière par grain de poussière.