Un développeur a passé vingt ans à collectionner des systèmes d'exploitation. Le résultat : 570 OS, des pionniers de 1948 aux interfaces des années 2000, réunis dans une seule machine virtuelle à installer chez soi.

La nostalgie informatique a ses temples, et il vient d'en ouvrir un de plus. Baptisé Virtual OS Museum, le projet du développeur canadien Andrew Warkentin rassemble en un seul endroit plus de 570 systèmes d'exploitation que la plupart d'entre nous croyaient définitivement éteints. Vingt ans de collecte, condensés dans une machine virtuelle que chacun peut faire tourner sur sa propre machine.
1 700 installations, de la Manchester Baby aux bêtas de Windows Longhorn
Le musée recense plus de 1 700 installations, soit quelque 570 systèmes distincts répartis sur plus de 250 plateformes. La fourchette donne le tournis : on y croise aussi bien la Manchester Baby de 1948, l'un des tout premiers ordinateurs, que des bêtas de Windows Longhorn ou un Mac OS X 10.5 pour processeurs PowerPC. Il faudra passer par un outil de virtualisation pour lancer l'image téléchargeable depuis le site du projet. Un lanceur unifié permet de basculer d'un système à l'autre et de figer l'état d'une installation à la volée.

Le ticket d'entrée se paie en gigaoctets. Comptez 121 Go compressés (174 une fois décompressés) pour l'édition complète, ou une version allégée de 14 Go qui télécharge les systèmes à la demande. Le tout est l'œuvre d'un seul homme, distribué gratuitement, sans le moindre mécène à ce jour. Côté licence, le lanceur et les métadonnées relèvent d'un usage non commercial, tandis que les systèmes embarqués conservent les droits de leurs éditeurs d'origine. Une zone grise assumée, celle de l'abandonware, que le rappel à la loi sur l'émulation accompagne en général.
Au milieu des 570, des systèmes français qu'on avait rangés au grenier
Le catalogue ne se limite pas aux gloires américaines : parmi les centaines de plateformes figurent des machines européennes oubliées, jusqu'à la famille française Hector, conçue par Micronique. La France avait d'ailleurs pris date très tôt dans cette histoire, avec le Micral de la société R2E. Souvent présenté comme l'un des premiers micro-ordinateurs à microprocesseur, il sortait dès 1973, avant que la lignée de l'entreprise ne rejoigne plus tard le giron de Bull.

La préservation, en France, emprunte d'autres chemins. Là où un passionné canadien agrège seul des centaines de systèmes, c'est ici le tissu associatif qui porte le flambeau, à l'image de MO5.COM, fondée en 2003 et baptisée d'après le Thomson MO5 du « Plan Informatique Pour Tous » de 1985, en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France depuis 2005. Le musée fonctionne comme un conservatoire : on n'y rejoue pas vraiment, on y entretient une mémoire. Les amateurs noteront tout de même quelques absents de marque, à commencer par le Thomson MO5 lui-même et le Minitel, restés sur le quai. Pour les curieux qui préfèrent la légèreté, un projet comme EmuOS recrée une interface Windows rétro directement dans le navigateur, et le bon vieux DOSBox reste la porte d'entrée vers les jeux DOS.
Faire tourner BeOS ou Windows 1.0 sans risquer sa propre machine relève surtout du plaisir d'archéologue, mais le détour rappelle une évidence souvent zappée : la France aussi a écrit, à sa manière, quelques pages de cette histoire.