Si la fibre optique est vendue comme une technologie relativement propre, l'ARCEP a publié, pour la première fois, l'empreinte environnementale des câbles vendus en France. Et les chiffres données bousculent les idées reçues.

Des câbles de fibre optique par dizaines. © Alexandre Boero / Clubic
Des câbles de fibre optique par dizaines. © Alexandre Boero / Clubic

Depuis sa création en 2022, l'enquête annuelle de l'ARCEP, le régulateur des télécoms, mesure l'empreinte environnementale du numérique en France. La cinquième édition, publiée le 21 mai 2026, a permis pour la première fois de passer au crible les câbles de fibre optique. Depuis plusieurs années, la fibre optique a progressivement supplanté le cuivre, avec 91 % du territoire couvert fin 2024, et des abonnements à l'internet fixe largement majoritaires sur cette technologie. Sauf que derrière la « success story » se cachent une consommation d'énergie, d'eau et un bilan carbone que l'on ignorait jusqu'ici, faute de données.

La fibre optique pollue plus qu'on l'imagine en France

L'ARCEP nous apprend qu'en 2024, quelque 330 000 km de câbles en fibre optique ont été vendus en France, de quoi faire huit fois le tour de la Terre. Pour les produire, les fabricants ont consommé 170 GWh d'énergie, soit l'équivalent de 26 % de la consommation annuelle de l'ensemble des réseaux fixes français. Et ce n'est que le début du calcul.

La fabrication de la fibre commence par une préforme en silice pure, obtenue par procédés chimiques à haute température. Cette préforme est ensuite portée à environ 2 000 °C et étirée pour former un fil de verre ultrafin, le fameux fibrage. Le câble est alors assemblé couche par couche, le tubage, puis arrive celle du gainage, pour former le câble final. Ce qui est certain, c'est que chaque étape mobilise des équipements industriels particulièrement énergivores.

L'eau entre vite dans l'équation. En 2024, la fabrication de ces câbles a nécessité 66 000 m³ d'eau directement prélevée. Cela équivaut à environ 200 litres par kilomètre, ce qui est légèrement supérieur à la consommation quotidienne moyenne d'un habitant en France. En y ajoutant l'eau indirectement consommée pour produire l'électricité utilisée, la facture hydrique grimpe à 1 300 litres par kilomètre. Oui, c'est colossal, et en utilisant notre box internet, on ne s'en rend pas forcément compte.

© ARCEP
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À quoi ressemble un câble de fibre optique dans le détail

Mais comment est formé un câble de fibre optique ? Coupé en deux, il ressemble à une sorte d'oignon un peu high-tech. Selon sa conception, un élément central de renfort peut rigidifier l'ensemble et absorber les contraintes mécaniques. Autour, se trouvent les brins de fibre optique, des fils de verre ultrafins qui transportent la lumière, et donc vos données, brins regroupés dans de petits tubes ou gainés individuellement.

Une protection étanche, sous forme de gel ou de ruban, tient l'humidité à distance. Des fibres d'aramide, le même matériau que dans les gilets pare-balles, assurent la résistance à la traction. Le tout est enfin protégé par une gaine extérieure en plastique, véritable bouclier contre les chocs, l'abrasion et les variations de température. Un câble résidentiel peut ne contenir que 4 brins ; ceux des data centers en alignent plusieurs centaines.

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De 100 à 2 500 kg de CO2 par kilomètre, l'empreinte carbone des câbles fibre explose avec le nombre de brins

Au total, fabriquer les câbles en fibre optique vendus en France en 2024 a généré 108 000 tonnes équivalent CO2, du carbone émis avant même que le premier octet ne transite. C'est 50 % de plus que l'empreinte de fabrication de l'ensemble des équipements de réseaux mobiles vendus la même année, antennes comprises ! Difficile, dès lors, de continuer à parer la fibre optique de toutes les vertus écologiques, en dépit de son utilité et de ses qualités.

Tout dépend ensuite du type de câble, et plus précisément du nombre de fils de fibre qu'il contient. Un câble résidentiel classique, à 1-4 brins, émet environ 100 kg de CO2 par kilomètre. Un câble intermédiaire de 6 à 72 brins en émet quatre fois plus. Et pour les costaud, ceux de plus de 288 brins, qui relient les data centers entre eux, on atteint 2 500 kg par kilomètre, soit vingt-cinq fois l'empreinte du plus modeste.

Il existe pourtant un paradoxe. Plus un câble contient de brins, plus son empreinte carbone par kilomètre est élevée, mais en réalité, comme cette empreinte se répartit sur un grand nombre de fils, chaque fibre individuelle devient moins polluante. Le câble le plus dense est donc, oui, le plus vertueux à l'unité. Un raisonnement qui pèsera lourd avec l'essor de l'IA et la construction de nouveaux data centers en France, car c'est précisément ce type de câbles haute capacité dont la demande va exploser.

L'ARCEP annonce que sur la prochaine édition, attendue au printemps 2027, elle intégrera pour la première fois les données des géants du cloud. Autant dire que le tableau, déjà chargé, pourrait encore s'alourdir.