xAI exploite 46 turbines à gaz à Southaven, dans le Mississippi, sans permis air. Le Mississippi Department of Environmental Quality (MDEQ) considère ces unités « mobiles » parce qu'elles reposent sur des remorques. La NAACP, principale organisation américaine de défense des droits civiques afro-américains, a saisi un tribunal fédéral.

xAI a installé 19 unités supplémentaires entre le 25 mars et le 2 mai 2026, dont 8 après le dépôt de la plainte d'avril - ©24K-Production / Shutterstock
xAI a installé 19 unités supplémentaires entre le 25 mars et le 2 mai 2026, dont 8 après le dépôt de la plainte d'avril - ©24K-Production / Shutterstock

Le site alimente Colossus 2, le second data center d'Elon Musk à Memphis. 46 turbines au gaz naturel tournent juste de l'autre côté de la frontière entre le Tennessee et le Mississippi sans permis air.

Le MDEQ classe ces unités « temporary-mobile » parce qu'elles sont posées sur remorques. Cette classification autorise un fonctionnement sans permis pendant un an. Le Southern Environmental Law Center (SELC) attaque cette interprétation devant la justice fédérale au nom de la NAACP.

Le Clean Air Act définit une turbine stationnaire comme « non auto-propulsée », même montée sur un véhicule. xAI a installé 19 unités supplémentaires entre le 25 mars et le 2 mai 2026, dont 8 après le dépôt de la plainte d'avril. Le MDEQ n'exige aucune déclaration préalable.

Le scénario Memphis se rejoue à 30 kilomètres plus au sud

xAI a déjà mené cette opération une première fois. À South Memphis, Colossus 1 a fonctionné dès juin 2024 avec jusqu'à 35 turbines au gaz, sans aucun permis. Le SELC avait obtenu le retrait des unités illégales après une mise en demeure au titre du Clean Air Act. Quinze turbines restantes ont finalement reçu un permis en juillet 2025. Des responsables de xAI ont alors annoncé vouloir « copier-coller » leur stratégie pour Colossus 2. Le mot apparaît dans la lettre d'intention de poursuite envoyée par la SELC et la NAACP en février 2026.

Et c'est bien ce qui s'est produit. Mêmes turbines sur remorques, toujours pas de permis et autant de nuisances comme nous le rapportions. Avec une variante. La frontière administrative permet désormais de placer la centrale dans un État, le Mississippi, et le data center dans un autre, le Tennessee.

Donc, pour une seule installation, on cadre sur deux juridictions et régulateurs. 27 turbines à l'origine, puis 33, puis 46 selon le décompte confirmé par le MDEQ.

Les chiffres d'émissions cités dans la requête de la NAACP rapportent 2 508 tonnes d'oxydes d'azote par an pour 33 turbines. 236 tonnes de particules fines. 25 tonnes de formaldéhyde, classé cancérogène. Avec 46 unités, l'installation dépasse vraisemblablement tout autre site industriel de l'aire métropolitaine de Memphis pour les NOx. L'aéroport international de Memphis culminait jusqu'ici à 1 077 tonnes selon le dernier inventaire EPA.

Boxtown, quartier majoritairement afro-américain de Memphis-Sud, présente selon ProPublica un risque cancérigène 4,1 fois supérieur au seuil acceptable de l'EPA - Capture d'écran ©TechCrunch / Clubic
Boxtown, quartier majoritairement afro-américain de Memphis-Sud, présente selon ProPublica un risque cancérigène 4,1 fois supérieur au seuil acceptable de l'EPA - Capture d'écran ©TechCrunch / Clubic

Recettes fiscales d'un côté, « F » de l'American Lung Association de l'autre

La mairie de Southaven publie ses prévisions. La ville attend plus de 20 millions de dollars (environ 18,5 millions d'euros) de recettes supplémentaires dès 2028, soit une hausse de 24,27% par rapport au budget actuel. Avec le comté et le district scolaire, le total dépasse 60 millions de dollars (environ 55,5 millions d'euros). xAI a aussi racheté un bâtiment de 75 hectares sur Stateline Road pour y installer un troisième centre, Macrohardrr. La municipalité y voit potentiellement « le plus grand investissement économique de l'histoire du Mississippi ».

À 1 kilomètre des turbines vivent des familles. Plus loin, des écoles, des églises. DeSoto County, qui abrite Southaven, a obtenu un « F » de l'American Lung Association pour la pollution à l'ozone en 2026. Shelby County, juste de l'autre côté de la frontière, également. Memphis est l'une des « capitales de l'asthme ». Boxtown, quartier majoritairement afro-américain de Memphis-Sud, présente selon ProPublica un risque cancérigène 4,1 fois supérieur au seuil acceptable de l'EPA. 39,3% des habitants de Southaven sont afro-américains selon le dernier recensement. Pour la NAACP et Abre' Conner, sa directrice de la justice environnementale, xAI suit « un schéma familier et honteux » consistant à reproduire deux fois de suite l'implantation de ses turbines dans des communautés noires déjà surexposées à la pollution industrielle.

On voit donc bien où se situent les intérêts des uns et des autres. D'un côté, des prévisions de recettes municipales et une promesse de meilleurs services publics. De l'autre, des seuils de pollution déjà dépassés et un cluster industriel qui s'agrandit chaque mois.

Tout le litige porte sur une lecture du droit fédéral. Le Clean Air Act qualifie de stationnaire toute turbine qui ne se propulse pas elle-même et qui ne se déplace pas pendant son fonctionnement, même si elle peut être montée sur un véhicule pour la portabilité. Pour le SELC, le texte ne laisse aucune ambiguïté. Pour le MDEQ, la classification « mobile » est valable tant que les unités restent sur remorques. L'agence dit « évaluer la situation » et indiquera à xAI « quand elle ne pourra plus ajouter de turbines ».

Ben Grillot, avocat senior au SELC, parle d'une « centrale personnelle ». xAI répond que ses data centers servent à des outils d'IA « essentiels » aux États-Unis. Le juge fédéral doit statuer sur la demande d'injonction préliminaire déposée le 6 mai 2026.

Source : TechCrunch