La protection des mineurs a un prix. Pour Roblox, il se chiffre en milliards.

Depuis janvier 2026, tout utilisateur de Roblox qui souhaite accéder au chat doit scanner son visage devant sa caméra. La plateforme, qui revendique 132 millions d'utilisateurs quotidiens, a déployé cette vérification d'âge à l'échelle mondiale après des années de pressions judiciaires et politiques. Résultat comptable du premier trimestre : un chiffre d'affaires de 1,44 milliard de dollars (en hausse de 39 %), mais des prévisions annuelles amputées de près d'un milliard. L'action a plongé de 18 % le 1er mai, effaçant plus de 7 milliards de capitalisation boursière en quelques heures.
146 procès, 35,8 millions de dollars d'accords et une Haut-commissaire qui ne mâche pas ses mots
Le contexte judiciaire explique en grande partie l'empressement de Roblox. Un tribunal fédéral californien a centralisé 146 plaintes pour exploitation sexuelle de mineurs dans un dossier unique (MDL 3166) en décembre 2025. En avril 2026, trois États américains ont obtenu des accords amiables totalisant 35,8 millions de dollars : 12,5 millions pour le Nevada, 12,2 millions pour l'Alabama, 11,08 millions pour la Virginie-Occidentale. Chaque accord contient une clause de nation la plus favorisée et prévoit 5 millions de pénalités supplémentaires en cas de manquement.

- Des dizaines de milions de jeux disponibles dans le catalogue.
- Les échanges de messages et d'objets virtuels entre utilisateurs.
- La possibilité de créer des jeux sans compétence avancée de codage.
En France, la Haut-commissaire à l'Enfance Sarah El Haïry a qualifié Roblox de « repaire de pédocriminels » en janvier 2026. Une formule qui tranche avec la prudence habituelle des responsables politiques sur ce type de sujet. En parallèle, deux pétitions citoyennes concernant la sécurité des enfants sur Roblox (l'une lettone, l'autre grecque) ont été déclarées recevables par la commission des Pétitions du Parlement européen le 20 mars 2026.
Le Sénat français a voté fin mars une proposition de loi instaurant une liste noire de réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans, sur avis de l'Arcom. TikTok, Instagram, Facebook et Snapchat sont nommément visés. Roblox, en revanche, n'apparaît pas dans la liste. La plateforme se présente comme un « moteur de jeux » et non comme un réseau social, une distinction juridique qui pourrait l'exempter du dispositif. L'Arcom a pourtant documenté l'ampleur du problème dans une enquête publiée en septembre 2025 : les jeux en ligne y étaient explicitement cités, aux côtés des réseaux sociaux et des plateformes de vidéos en ligne.
Le dilemme qui attend les régulateurs européens
Roblox a revu ses prévisions annuelles de réservations de 8,28-8,55 milliards à 7,33-7,60 milliards de dollars. La plateforme anticipe même une baisse séquentielle du nombre d'utilisateurs quotidiens au deuxième trimestre, une première dans son histoire. BofA a dégradé le titre et divisé son objectif de cours par plus de trois, de 165 à 48 dollars.
Ce que montrent ces chiffres dépasse le cas Roblox. Depuis que le Parlement européen a voté pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en novembre 2025, la question qui se pose est pragmatique : imposer une vérification d'âge stricte aux plateformes fréquentées par des enfants a un coût mesurable. Roblox vient d'en fournir le premier cas chiffré à grande échelle.
En avril 2026, la plateforme a annoncé trois catégories de comptes : Roblox Kids (moins de 9 ans), Roblox Select (9-15 ans) et la version standard à partir de 16 ans. 50 % des utilisateurs mondiaux et 65 % des américains ont déjà complété la vérification faciale. Reste que la SEC mène parallèlement sa propre enquête sur l'entreprise, et que 146 familles attendent toujours un procès au fond. Pour les parents français, la question reste entière : si Roblox n'est pas un réseau social au sens de la loi, alors qu'est-ce que c'est ?