La brigade de lutte contre la cybercriminalité a sévi contre « Polocom », un site e-commerce qui vend des brouilleurs d'ondes, kits de crochetage et téléphones chiffrés à une clientèle majoritairement criminelle. Six personnes ont été arrêtées.

Officiellement spécialisé dans les outils pour serruriers, « Polocom » est en réalité une caverne d'Ali Baba numérique. On y retrouve plus de 250 produits, des kits de crochetage aux téléphones conçus pour résister à toute expertise judiciaire. La brigade de lutte contre la cybercriminalité (BL2C) a démantelé la plateforme lundi dernier, après plusieurs mois d'investigation, nous apprend Le Parisien. Derrière l'opération, œuvrait une micro-entreprise basée à Levallois-Perret et un chef de 21 ans qui avait tout orchestré... depuis sa cellule de prison. Sauf que le site est de nouveau accessible, avec les mêmes produits.
Comment la brigade cybercriminalité a fermé un site vendant des outils de cambriolage sur les réseaux sociaux
Ce qui surprend avant tout dans cette affaire, c'est le culot. Polocom ne se cache pas dans les recoins obscurs du dark web, ce réseau souterrain difficilement accessible au commun des mortels. La plateforme recrute sa clientèle au grand jour, à l'aide de vidéos promotionnelles diffusées en plusieurs langues sur YouTube, Instagram et Facebook. Ces vidéos renvoient vers un site présenté comme une boutique d'outils pour serruriers, une couverture qui s'effondre dès les premières secondes de visionnage.
Les vidéos promotionnelles ne laissent pas beaucoup de place à l'imagination d'ailleurs. Parmi elles, des tutoriels pour « contourner une serrure en crochetant une porte en moins de 20 secondes », la présentation du « meilleur outil pour cambu », comprenez cambriolage, ou encore d'un matériel présenté comme « utilisé par la mafia corse ». Une voix off synthétique, générée par intelligence artificielle, vante même un brouilleur d'ondes capable de neutraliser à distance les alarmes et systèmes de verrouillage électronique. Le tout avec ce slogan : « Pas de clé, pas de bruit, et pourtant tout s'ouvre. » Bon, au moins, on sait où on met les pieds.
Au catalogue figurent aussi des téléphones équipés de GrapheneOS, ce système d'exploitation alternatif installé à la place d'Android ou iOS, qui chiffre intégralement les données et les efface automatiquement si un mauvais code d'accès est saisi. Dans l'une des vidéos, une voix de voyou fictif s'en vante en expliquant que « même les experts en cybercriminalité n'ont rien pu faire. Ce téléphone, c'est la liberté dans ta poche. Un faux code, il se réinitialise tout seul. » Le site fonctionne en se livrant à du dropshipping, une pratique notamment répandue chez les influenceurs. Les produits sont expédiés directement par les fournisseurs, sans que Polocom ne stocke quoi que ce soit.
De la cyber-infiltration à la garde à vue, la chute de « Polocom »
Cette communication presque sans complexe sur les réseaux sociaux a mis la puce à l'oreille des cyberflics de la BL2C au mois de décembre. Pour consolider leur dossier, les enquêteurs sont passés en mode infiltration en se faisant passer pour des clients. Ils ont commandé eux-mêmes un brouilleur d'ondes multifréquences capable de neutraliser simultanément plusieurs types de signaux sans fil ; un boîtier OBD, ce petit dispositif qui se branche sur la prise de diagnostic d'un véhicule pour le déverrouiller et le démarrer sans clé ; ainsi qu'un téléphone sous GrapheneOS. Tout a été livré, et tout fonctionnait !
L'enquête a aussi dressé un portrait accablant de la clientèle de Polocom. Deux tiers des acheteurs avaient déjà un casier ou étaient fichés par les services de police, et près d'un sur cinq était connu pour vols aggravés, donc des vols commis avec violence ou par plusieurs personnes. L'un d'eux est même soupçonné d'avoir utilisé des balises GPS et des caméras miniatures achetées sur le site pour surveiller et cibler des joueurs de football professionnels, dans le cadre d'une affaire de vols en bande organisée.
Lundi dernier, six personnes ont été interpellées, quatre mises en examen, officiellement placées sous le statut de suspects dans le cadre d'une instruction judiciaire. Un jeune homme de 21 ans, chef présumé de l'opération avec une quinzaine d'affaires à son actif dont des tentatives de meurtre et des enlèvements, a été placé en détention provisoire. Son avocat a tenté de minimiser les faits, en affirmant qu'on peut retrouver, sur le site, « des produits qu'on peut acheter normalement, comme un pied de biche, qu'on peut trouver dès ce soir à Conforama. » Le procureur n'a pas partagé cet avis et estime bien que l'individu « a alimenté toute la délinquance ». Et malheureusement, tel un Zone Téléchargement, la plateforme ne cesse de renaître de ses cendres.