Son fils est mort il y a un an. Un clone IA a pris sa place dans les appels vidéo. L'octogénaire ne sait toujours rien.

En Chine, une industrie du « fils numérique » prospère sur le deuil des familles © Shutterstock
En Chine, une industrie du « fils numérique » prospère sur le deuil des familles © Shutterstock

Dans la province du Shandong, une femme de plus de 80 ans, atteinte d'une maladie cardiaque, discute chaque jour avec son fils unique par visio. Elle lui demande de manger à l'heure, de prendre soin de lui. Il répond qu'il travaille dans une autre ville et qu'il reviendra bientôt. En réalité, ce fils est mort dans un accident de la route il y a plus d'un an. C'est le South China Morning Post, relayant le média chinois Litchi News, qui révèle l'affaire. La famille a préféré lui cacher la nouvelle. Elle a confié à Zhang Zewei, technicien basé dans le Jiangsu voisin, le soin de créer un double numérique du défunt. Photos, vidéos et enregistrements vocaux ont servi de base à la reconstruction. Le principe existe aussi en France, où la start-up HER propose déjà de cloner ses proches via un boîtier dédié.

Un marché du clone funéraire déjà bien installé

L'avatar reproduit le visage, la voix et même la posture penchée en avant qu'adoptait le fils quand il parlait. C'est le petit-fils du défunt qui a commandé la prestation. Zhang Zewei, qui opère dans ce secteur depuis trois ans, ne cache pas la nature de son travail. Auprès de Litchi News, il reconnaît « tromper les émotions des gens » pour, dit-il, « réconforter les vivants ».

Ce cas n'est pas isolé. En Chine, la « grief tech » est un marché en pleine croissance. Dès juillet 2024, NPR documentait une situation quasi identique. Yang Lei, habitant de Nankin, avait commandé un avatar de son oncle décédé pour épargner sa grand-mère malade. La start-up Silicon Intelligence, cofondée par Sun Kai après la mort de sa propre mère en 2019, propose ce type de service à grande échelle. Deux entreprises chinoises cumulaient déjà plus de 2 000 clients en 2024. Le prix d'entrée est tombé à environ 150 dollars, contre plus de 1 000 quelques années plus tôt. Le phénomène dépasse d'ailleurs la Chine : fin 2023, un Américain avait ressuscité la voix de son père décédé d'un cancer pour un cadeau de Noël, et les technologies de clonage vocal comme celle de Hume AI rendent désormais la démarche accessible à tous.

Quand le deuil se passe du consentement

Ce qui distingue l'affaire du Shandong des autres cas documentés, c'est que la mère ignore tout du dispositif. Elle croit parler à son fils. Le défunt, lui, n'a jamais autorisé la création de son double numérique. D'un côté, une famille organise une tromperie par amour filial. De l'autre, une femme est privée de son droit au deuil. Entre les deux, un mort dont l'image est exploitée sans son accord. Sur les réseaux sociaux chinois, les deux camps s'affrontent. Certains y voient un acte de piété. D'autres estiment que la révélation fera plus de mal que la vérité initiale.

En Chine, aucune loi ne régule spécifiquement les avatars de personnes décédées. Les entreprises du secteur se contentent d'obtenir le feu vert des proches. La grief tech fonctionne dans un vide juridique que la demande comble bien plus vite que les législateurs.

Côté sources, une prudence s'impose. Futurism, qui a relayé l'histoire en Occident, précise ne pas avoir pu localiser le reportage original de Litchi News. Les affirmations de Zhang Zewei n'ont pas été vérifiées non plus. Le média appartient à la Jiangsu Broadcasting Corporation, troisième groupe audiovisuel chinois, ce qui lui confère une certaine crédibilité. Les faits du cas précis restent néanmoins au conditionnel.

Netflix a provoqué un tollé en clonant la voix d'une victime de meurtre pour un documentaire. Ici, c'est une famille entière qui fait parler un mort pour protéger sa mère. La question du consentement, elle, ne parle à personne.