Le LCD n’a pas dit son dernier mot, loin de là ! Alors que, pour beaucoup, l’OLED continue de s’imposer comme la référence sur le haut de gamme, de nombreux constructeurs poursuivent leurs efforts pour faire évoluer le MiniLED. En 2026, Hisense franchit une nouvelle étape avec le RGB MiniLED en lançant non pas une mais deux séries, les Hisense U9RS et UR8S avec une approche qui ne se contente plus d’améliorer le rétroéclairage… mais qui en change la nature même.

Sur le papier, Hisense avance des promesses concrètes avec un pic lumineux élevé, un volume colorimétrique élargi, et une reproduction des couleurs plus précise. Mais qu’en est-il réellement une fois face au téléviseur ? Invité par la marque, j’ai pu mesurer et observer le UR9S dans sa version 75 pouces ; je vous livre mon regard sur cette nouvelle itération du LCD.
Les conditions du test
Pour ce test, j’ai utilisé Calman Ultimate, associé à un générateur de mires Murideo Six-G et une sonde Konica Minolta CA-410. Les mesures ont été réalisées en mode Filmmaker, après réinitialisation complète du téléviseur et désactivation du capteur de luminosité ambiante.
Hisense UR9S : une vitrine technologique assumée
Alors, à quoi avons-nous à faire avec l'Hisense UR9S ? Sur le modèle 75 pouces que j’ai pu tester, Hisense annonce un pic de luminosité pouvant atteindre 4 000 cd/m², avec une couverture colorimétrique annoncée à 100 % du BT.2020. Sur le papier, c’est une promesse particulièrement ambitieuse. Le BT.2020 correspond en effet à un espace colorimétrique très large, bien au-delà du DCI-P3 utilisé aujourd’hui par la grande majorité des contenus HDR, qu’il s’agisse de Blu-ray 4K, de plateformes de streaming ou même de productions cinéma récentes.
En pratique, même les contenus les plus exigeants exploitent rarement plus de 90 à 95 % du DCI-P3, lui-même nettement plus restreint que le BT.2020. Autrement dit, atteindre une couverture complète de cet espace relève davantage d’un objectif technologique que d’un besoin immédiat côté contenus. Pour autant, cela n’est pas sans intérêt. Un téléviseur capable de s’approcher du BT.2020 dispose d’une réserve colorimétrique importante, qui lui permet de restituer plus fidèlement les teintes saturées, notamment dans les hautes lumières, et d’éviter les dérives ou la désaturation lorsque le signal HDR pousse la luminance.

| Diagonale | 75 pouces |
| Résolution d'écran | 3840 x 2160 pixels - 4K UHD |
| Technologie d'écran | Mini-LED |
| Compatibilité HDR | Dolby Vision, HLG, HDR10, HDR10+, HDR10+ Adaptive, Dolby Vision IQ, IMAX Enhanced |
| Fréquence de rafraîchissement | 180Hz |
| Fréquence de rafraichissement maximal | 330 Hz |
| Puissance des haut-parleurs (watts) | 90 |
| Système d'exploitation | Vidaa |
Pour le reste, ce modèle dispose d'une fiche technique en adéquation avec son positionnement premium. On retrouve une dalle HVA associée à un rétroéclairage RGB MiniLED, un traitement antireflets efficace, ainsi qu’une compatibilité HDR complète incluant Dolby Vision IQ, HDR10+ Adaptive et IMAX Enhanced.
Le téléviseur s’appuie également sur le processeur MT9655, chargé de piloter à la fois le traitement d’image et la gestion du rétroéclairage, un point particulièrement critique sur ce type de technologie. La prise en charge de Calman Ready est aussi à souligner, permettant une calibration avancée pour les utilisateurs les plus exigeants.
Côté gaming, la proposition est tout aussi solide, avec une connectique HDMI 2.1 complète, la prise en charge du VRR jusqu’en 4K 180 Hz, de l’ALLM, ainsi que la compatibilité AMD FreeSync Premium Pro, le tout accompagné d’un input lag très faible.
Enfin, Hisense ne néglige pas la partie audio, avec un système 4.1.2 canaux "Tuned by Devialet", compatible Dolby Atmos, qui vise à offrir une expérience plus immersive sans recourir immédiatement à une solution externe.
Sur le papier, tout est donc réuni pour en faire un téléviseur haut de gamme polyvalent, aussi à l’aise en cinéma qu’en gaming.
Nos mesures : un HDR spectaculaire, mais pas irréprochable
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est intéressant de s’attarder sur le comportement du téléviseur en SDR. Un exercice plus classique, certes, mais qui permet de juger la qualité de calibration de base et la cohérence globale de l’image, indépendamment des capacités HDR.
SDR : une base sérieuse, mais encore perfectible
Sur l’échelle de gris, le Hisense UR9S affiche des résultats globalement satisfaisants en sortie de carton, avec un DeltaE moyen autour de 2,5. Une valeur correcte pour un téléviseur de cette gamme, même si l’on reste légèrement au-dessus de ce que l’on attend d’un modèle premium parfaitement calibré.
Dans le détail, on observe une légère dérive dans les hautes lumières, avec une dominance du rouge qui vient déséquilibrer la neutralité du blanc. Rien de dramatique en usage réel, mais suffisamment visible pour être relevé. Bonne nouvelle en revanche : cette dérive se corrige très facilement. Une simple réduction du gain rouge — de l’ordre de -2 — permet déjà de retrouver un équilibre nettement plus juste.
Le gamma, mesuré autour de 2,45, donne une image légèrement plus dense que la norme 2,2, avec des noirs un peu plus appuyés. Un choix qui peut convenir à une utilisation cinéma dans un environnement contrôlé, mais qui pourra sembler un peu trop contrasté dans un salon lumineux.
Côté colorimétrie, les résultats sont solides sans être irréprochables. Le ColorChecker affiche un DeltaE moyen proche de 2, signe d’une bonne fidélité globale, notamment sur les teintes naturelles. Quelques écarts subsistent toutefois, en particulier sur certaines couleurs saturées et sur les hautes valeurs proches du blanc. Rien qui ne vienne réellement gâcher l’expérience, mais on reste dans une calibration "bonne" plutôt que de référence.
Le gamut SDR, lui, ne pose aucun problème particulier, avec une couverture proche de 100 % du Rec.709. Le téléviseur reproduit donc sans difficulté l’espace colorimétrique des contenus SDR.
Au final, le UR9S se comporte comme un bon élève en SDR. La base est saine, la calibration cohérente, mais quelques ajustements restent nécessaires pour en tirer le meilleur. Rien d’anormal, mais on sent déjà que ce n’est pas sur ce terrain que le téléviseur cherche à se démarquer.
HDR : une démonstration de force… mais pas sans compromis
C’est évidemment en HDR que le UR9S est attendu, et c’est aussi là que la technologie RGB MiniLED est censée faire la différence.
Dès les premières mesures, le téléviseur impose le ton. Sur une fenêtre de 10 %, j’ai relevé un pic de luminosité proche de 3 800 cd/m², avec une excellente tenue sur les fenêtres de 5 et 10 %. La promesse des 4 000 cd/m² n’est pas totalement atteinte, mais elle s’en approche suffisamment pour ne pas relever du simple argument marketing.
Plus intéressant encore, cette luminance s’accompagne d’un comportement globalement cohérent. La courbe EOTF est bien suivie sur la majeure partie du signal, signe que le téléviseur ne cherche pas à suraccentuer artificiellement l’image. On observe toutefois une très légère dérive en fin de courbe, avec des hautes lumières qui s’éloignent de la référence et perdent un peu en précision.
Ce constat se retrouve sur la balance des gris HDR. L’ensemble est bien maîtrisé sur la majorité de l’échelle, mais les très hautes lumières laissent apparaître une dominante rouge, accompagnée d’un recul du bleu. Là encore, rien de rédhibitoire, mais suffisamment présent pour être noté.
Côté colorimétrie, l'UR9S se montre convaincant. Les mesures de ColorChecker HDR affichent un DeltaE moyen très faible (avec 0,8), avec des couleurs bien positionnées et une excellente tenue des teintes réelles. Le ColorMatch confirme cette tendance : la fidélité chromatique est solide, et les écarts observés restent largement contenus avec un Delta E moyen de 1,22.
Les mesures de ColorChecker HDR, basées sur des couleurs issues de contenus réels, montrent une excellente fidélité globale. Le ColorMatch HDR, plus exigeant et orienté vers des références théoriques à différentes luminances, révèle en revanche quelques écarts supplémentaires, principalement liés à la gestion de la luminance.
La question du gamut mérite en revanche d’être abordée avec nuance. Hisense annonce une couverture pouvant atteindre 100 % du BT.2020, mais mes mesures sur ce modèle 75 pouces tournent autour de 92 %. Un résultat déjà très élevé, mais qui ne valide pas totalement la promesse initiale.
Dans les faits, cela reste largement suffisant, vu la couverture de l’espace DCI-P3 utilisé par la quasi-totalité des contenus HDR actuels, avec une marge très confortable. Le téléviseur dispose donc d’une réserve colorimétrique importante, même s’il n’atteint pas encore les limites théoriques du BT.2020.
Au final, le UR9S impressionne clairement en HDR. La luminance est élevée, la colorimétrie convaincante, et l’ensemble donne le sentiment d’un téléviseur capable de proposer une image riche et dynamique. Mais tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé : les très hautes lumières restent légèrement déséquilibrées, et la promesse d’un BT.2020 intégral demande encore à être nuancée.
Mes impressions sur le rendu à l'image : une évolution visible… mais pas une révolution
À l’écran, le UR9S impressionne par sa luminosité. Sur Mad Max Fury Road en Blu-ray 4K, les scènes les plus lumineuses gagnent en intensité, avec des explosions et des reflets qui prennent une dimension supplémentaire. Mais cette puissance reste maîtrisée : l’image ne donne jamais l’impression de saturer ou de brûler.
Les couleurs, elles, se montrent riches et denses. Le téléviseur propose une image agréable, bien calibrée, avec une bonne tenue des teintes naturelles. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une technologie RGB, le rendu ne bouleverse pas fondamentalement l’expérience par rapport à un MiniLED haut de gamme classique. Le gain est là, mais il reste subtil.
En revanche, voilà sans doute le point le plus intéressant de cette première prise en main : le blooming ! Comme sur les MiniLED classiques, le blooming est toujours présent dans certaines conditions, notamment sur des contenus HDR très contrastés. Mais ici, il s’exprime différemment.
Au lieu d’un halo blanc, comme c’est souvent le cas sur les téléviseurs MiniLED traditionnels, le UR9S génère un blooming coloré, directement lié à la nature de son rétroéclairage RGB. Un objet lumineux rouge produit un halo rouge, un objet bleu un halo bleuté. Ce comportement s’explique par l’organisation des LED en triplets RGB. Chaque zone de rétroéclairage émet une lumière colorée, qui peut se diffuser légèrement autour de l’objet affiché.
Face à l’écran, ce phénomène reste relativement discret. En revanche, il devient nettement plus visible en se décalant sur les côtés, où la combinaison entre la dalle HVA et la structure du rétroéclairage accentue la perception du halo. N'ayant eu que peu de temps pour diffuser des contenus sur le téléviseur, je préfère encore patienter afin d'effectuer quelques tests plus poussés avec mes scènes et Blu-ray habituels pour donner un avis plus précis.
Enfin, parmi les autres éléments notables, difficile de ne pas citer la présence d’un traitement anti-reflets mat particulièrement efficace. Dans les faits, la dalle mate atténue très bien les reflets, tout en conservant un bon niveau de contraste perçu. Contrairement à certaines implémentations plus agressives, l’image ne semble pas délavée. Le compromis est bien trouvé, et contribue à améliorer l’expérience en environnement lumineux.
RGB MiniLED : une avancée réelle, mais encore en transition
Avec le UR9S, Hisense propose une première démonstration sérieuse du RGB MiniLED. Les gains sont bien là : une luminance impressionnante, une colorimétrie solide en HDR, et un espace colorimétrique très large.
Mais cette évolution reste, pour l’instant, plus visible dans les mesures que dans l’expérience visuelle pure. Le téléviseur ne révolutionne pas le rendu de l’image, et conserve certaines limites inhérentes au LCD, à commencer par le blooming.
Le RGB MiniLED apparaît donc comme une étape supplémentaire, crédible et prometteuse, dans l’évolution du MiniLED. La technologie progresse mais ne change pas totalement les règles du jeu. Quoiqu'il en soit, on se donne rendez-vous lors de nos prochains tests pour tester un peu plus en profondeur les téléviseurs d'obédience RGB, qu'il s'agisse de références Hisense, TCL, Samsung, Sony, Philips et consorts.
RGB MiniLED : de quoi on parle ?
Tout le monde connait le MiniLED ? Bon, pour la faire courte, le MiniLED a été mis sur le marché depuis 2019, d'abord par l'entremise de TCL avec son X10, avant que la plupart des constructeurs suivent avec beaucoup de références lancées à partir de 2020/2021.
Le principe n’est pas seulement de miniaturiser les LED, mais surtout d’en augmenter drastiquement le nombre. On passe ainsi de quelques dizaines de zones de rétroéclairage sur un téléviseur LED traditionnel à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers sur les modèles MiniLED les plus avancés. Cette densification permet un contrôle beaucoup plus fin de la lumière, grâce au local dimming, en ajustant précisément l’intensité lumineuse selon les zones de l’image.
Dans la majorité des téléviseurs modernes, le rétroéclairage repose sur des LED bleues. Cette lumière est ensuite convertie pour obtenir un spectre plus large, soit à l’aide d’un phosphore, soit via un film de quantum dots. Cette lumière traverse ensuite plusieurs couches (filtres colorés, matrice LCD, polariseurs, etc.) avant de former l’image. Chaque sous-pixel agit alors comme un filtre, modulant cette lumière pour produire les composantes rouge, verte et bleue.
Et mine de rien, cette technologie MiniLED a très largement contribué aux progrès du LCD ces dernières années, elle implique néanmoins certaines limites… que le RGB MiniLED entend bien gommer.
Avec le RGB MiniLED, Hisense modifie ce schéma à la source. Le rétroéclairage n’est plus constitué de LED blanches ou bleues filtrées, mais de LED rouges, vertes et bleues, organisées en triplets, sans filtre de couleurs additionnels. Autrement dit, la couleur n’est plus "fabriquée" uniquement par filtrage : elle est déjà présente dans la lumière émise.
Concrètement, cela change plusieurs choses. D’abord, la lumière utile est mieux exploitée : en réduisant le recours aux filtres, on limite les pertes, ce qui permet d’atteindre des niveaux de luminosité plus élevés à consommation équivalente… ou, à l’inverse, de mieux exploiter la puissance disponible sur les contenus HDR.
Ensuite, chaque zone de rétroéclairage peut moduler indépendamment ses composantes rouge, verte et bleue. Cette granularité supplémentaire ouvre la voie à un volume colorimétrique plus large, mais aussi à une meilleure tenue des couleurs à forte luminance — un point crucial en HDR, où les teintes ont souvent tendance à se dégrader dans les hautes lumières.
Pour autant, il ne faut pas s’y tromper : le RGB MiniLED reste une technologie LCD. La dalle continue de filtrer la lumière et de structurer l’image finale, avec les avantages (mais aussi les limites) que cela implique, notamment sur la gestion des noirs, la diffusion lumineuse ou encore les angles de vision.